ACTE I
MAZARIN
Etde qui, ze vous prie?
POQUELIN
De M. Bonteraps, valet de chambre de Sa Majesté, qui est venu me trouver, et qui m'a ordonné, de la part du roi, de ne rien négliger pour que l'appartement de mademoiselle de Mancini fût convenable.
' MAZARIN
Ah! ah!
POQUELIN
Oui, monseigneur.
MAZARIN
Bontemps ! ce brave Bontemps ! de la part de Sa Mazesté !
POQUELIN
C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire.
MAZARIN, à part, se frottant les mains.
Per Bacco ! Ze m'étais bien aperçou que le roi s'occoupait de ma nièce!... (Haut.) Très-bien, monsou Poquelin! très-bien! Ze vous passe celle-là encore; mais c'est sour le reste que nous allons avoir à cicaner, ze vous en préviens... Houm! «Cambre à coucer des demoiselles d'honnour : doux mille livres. » Doux mille livres, cer monsou Poquelin, pour de semblables péronnelles?
POQUELIN
Elles sont six, monseigneur... C'est trois cent trentetrois livres six sous huit deniers par tête.
MAZARIN
Eh ! mordiou ! il fallait les faire coucer doux dans la même cambre! Vous nous rouinezî Ah !... (Écrivant.) Doux mille livres ! « Enfin, pour la salle dou conseil : quatorze cent quarante livres. Total : vingt-doux mille quatre cent quarante. » Pecaïre ! comme vous y allez, monsou Poquelin ! Par bonhour pour vous, comme ze souis pressé, nous mettrons tout cela, pour faire oun compte rond, à vingt mille livres.
POQUELIN
Mais réfléchissez donc, monseigneur... impossible!
MAZARIN
C'est convenou. Vous viendrez cercer votre ordonnance dans houit zours.
POQUELIN
Monseigneur, si c'était un effet de votre bonté...
MAZARIN
Ma bonté ! ma bonté ! ze sais bien qu'elle est grande... Voyons, mon cer Poquelin, que loui' demandez - vous, à ma bonté?
POQUELIN
Puisque Votre Éminence a le crayon à la main, il ne lui en coûterait pas plus...
MAZARIN
Eh bien, c'est ce qui vous trompe, mon cer Poquelin, il m'en coûte touzours !