ACTE I
POQUELIN, feignant de ne pas entendre.
II n'en coûterait pets plus à Votre Érainence d'ordonnancer cette petite somme tout de suite; et, en considération de ce que je toucherais de l'argent comptant, je consentirais à la réduction imposée par monseigneur.
MAZAR1N.
Et sour quoi ordonnancer? ze n'ai point d'état.
POQUELIN
Monseigneur, je me contenterai de ce bout de papier... La signature de monseigneur est bonne , et pourvu que sa signature y soit...
MAZARlN. *:'■*•
> Bonne! bonne! ce n'est pas ce que disaient vos Parisiens, quand ils la déciraient au bas de mes ordonnances.
POQUELIN
Oui, mais ils ne l'eussent pas déchirée au bas de vos billets; et, au lieu que monseigneur mît là : a Bon pour vingt mille livres, » je voudrais qu'il y mit : « Bon pour un million. »
MAZARIN
Bon pour oun million ! Et où voudriez-vous donc que ze le prisse? mais il me faudrait vendre zousqu'à ma barrette, cer monsou Poquelin, pour payer oun million, et encore! (n «gne.) Tenez, pouisque vous le vouiez assolou-
ment... mais, en vérité, ze souis d'une- faiblesse pour tous!...
(il prend le chiffon de papier et le lui donne.) POQUELIN, ouvrant le papier et lisant.
Oh! monseigneur!
MAZARIN
Monsignor! monsignor! Quoi encore?
POQUELIN
Mais J/otre Ëminence a remis le payement à une année... Voyez : « 25 septembre 1659. »
MAZARIN
Ai-ze remis a oune année?
POQUELIN
Mais oui.
MAZARIN
Ze me souis trompé, alors : ze croyais avoir mis à doux années... Rendez-moi ce papier, monsou Poquelin... Oh ! cette maudite Fronde ! cette maudite Fronde ! elle nous a rouinés de fond en comble.
POQUELIN, retirant ie papier.
Eh bien, monseigneur, je consentirai à attendre... si Son Éminence veut m'accorder une grâce...
Oune grâce? non!