ACTE V
de lours„ vaisseaux, si ze trouve moyen d'économiser assez d'af zent pour aceter des clous !
' 11 me semble, monsieur, que ce moment est venu, grâce aux trente-neuf millions tieux cent soixante mille livres...
MAZAR1N.
D'abord, sire, il n'y a plous que trente-houit millions doux cent soixante mille livres, attendou que z'ai donné hier oun million à Votre Mazesté ; pouis, sire, ces trentehouit millions doux cent soixante mille livresne m'appartiennent plous, et il se peut, quand l'houre dont nous parlons arrivera, que ze sois mort, et que mon héritier, que ze crois oun peu prodigue, les ait dépensés.
LE ROI
Vous avez disposé de ces trente-huit millions par testament? Et en faveur de qui, monsieur?
MAZARIN
En favour de celoui au service de qui ze les ai gagnés, sire... Tenez, veuillez zeter oun regard sour ce testament ; il n'est pas fait depouis hier, pouisqu'il est de l'écritoure de monsou Colbert, mon premier commis, qui est à Lyon depouis deux mois.
LE ROI, après avoir lu.
Comment, moi, votre unique héritier, Votre légataire
universel ? Cest à moi que vous voulez laisser toute votre fortune?
MAZARIN
Cet arzent n'est-il pas le vôtre ? n'est-ce pas à votre service que ze l'ai gagné? Pauvre ze souis venou sour la terre de France; ze n'ai donc à demander a la terre de France qu'oune tombe à ma taille, et, dans cette tombe, le repos éternel.
LE ROI
Mais votre famille, monsieur de Mazaiin ?
MAZARIN
Ze n'ai que des nevoux et des nièces, sire, et parfois Votre Mazesté m'a fait la grâce de m'appeler son père... D'aillours, ze connais le cour de Votre Mazesté : Votre Mazesté ne laissera pas dans la misère les parents dou bon servitour qui aura passé toute sa vie à son service et à celoui de la France.
LE ROI, le regardant avec élounement.
Oh!... (silence d'un instant.) Eh bien, écoutez, monsieur de Mazarin, comme ministre et comme père, je vais vous consulter sur la plus importante action de ma vie. Monsieur de Mazarin, j'aime votre nièce, mademoiselle Marie de Mancini.
MAZARIN
Oh ! mon roi ! mon cer roi !