ACTE V
disiez que vous m'aimiez, et ce calme si plein pour moi de foudres et d'éclairs où vous me dites que vous ne m'aimez plus, quel obstacle insurmontable s'est donc élevé ?
LE ROI. x
Quel obstacle s'est élevé, Marie? je vais vous le aire... Un souffle a passé sur le miroir de notre amour, et Ta terni; une pierre a été jetée dans le lac limpide "où nous cherchions cette belle perle qu'on appelle le bonheur, et l'a troublé ! Oh ! pour un cœur virginal, pour un amour entièrement à moi, Marie, Dieu m'est témoin que j'eusse tout combattu, et qu'avec l'aide de Dieu et "de la flamme divine qui est en moi, j'eusse triomphé de tout !
MARIE
Mais cette flamme divine, est-elle donc éteinte?
LE ROI
Hélas! vous-même avez soufflé dessus, Marie !
MARIE
Oh ! je ne comprends pas.
LE ROI
' Rappelez -vous, dans tous ses détails, la nuit qui vient de s'écouler; repassez-en un à un tous les incidents dans votre mémoire. Où étiez-vous un peu après minuit? Pour qui s'ouvrait cette fenêtre de votre chambre qui donne sur la cour de l'orangerie? Qui attendiez-vous à
cette fenêtre? qui s'en est approché? qui a causé un quart d'heure avec vous? à qui avez-vous remis ses lettres? à qui avez-vous redemandé les vôtres?
MARIE
Oh! mon Dieu!...
LE ROI
A M. de Guiche, n'est-ce pas?
MARIE
Malheureuse !... Oui, je ne le nie pas, à M. de Guiche.
LE ROI
Non, Marie, non, vous vous trompez; ce n'est pas à M. de Guiche, c'est à moi-même... A moi! à moi! Ah! vous souffrez, dites-vous? Souffrez, souffrez, Marie, et vous n'arriverez jamais à souffrir ce que j'ai souffert!
MARIE
Mais, si c'était vous, sire, vous avez dû entendre, vous avez entendu tout ce que j'ai dit ; alors, vous savez que rien de flétrissant pour mon honneur n'est sorti de ma houche. Pauvre, isolée, abandonnée depuis mon enfance, pour mes sœurs, plus âgées et plus belles que moi, j'attendais mon tour d'entrer dans* la vie, demandant, comme fait la fleur, de l'air et du soleil; je me suis tour* née à la voix de M. de Guiche du côté de l'amour; je l'ai aimé... ou j'ai cru l'aimer, c'est vrai; mais celui pour qui je rompais avec M. de Guiche, celui que j'aimais