‹ Le docteur ServansChapitre 190 sur 201 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

véritablement, — et de cet amour-là j'en suis sûre, car il est sacré de mes larmes I — celui que j'aimais véritablement, c'est vous, sire! c'est vous seul! celui que j'aimerai toujours, c'est vous ! Qu'y a-t-il donc de changé dans le ciel de notre amour, parce qu'un nuage y a passé cette nuit qui à l'aurore était emporté par le vent?

LE ROI

Oui, Marie; mais ce nuage a été signalé, vu, reconnu par d'autres que moi; ce nuage ferait une tache au soleil de la royauté. César répudiait sa femme sur un soupçon, car la femme de César ne devait pas même être soupçonnée !

MARIE

Oh ! oui, mais César n'aimait point sa femme, et vous m'aimez; César ne pleurait pas en la quittant, et vous

pleurez, VOUS! (Elle lui arrache la main dont il couvrait son visage.)

Voyez plutôt!

LE ROI

Oh! Marie! Marie!

MARIE

Vous êtes roi, vous pleurez, et je pars! oh !...

LE ROI

Marie, voici vos lettres que vous avez redemandées à M. de Guiche.

MARIE

C'est bien... Tout est fini, sire! mais, avant de vous quitter pour toujours ...

Pour toujours, oui !

MARIE

Laissez-moi vous dire une chose... Vous me sacrifiez, non pas à votre jalousie : oh ! vous savez bien, sire, que cet amour pour M. de Guiche n'était, de ma part, qu'un revc d'enfant; seulement, ce rêve vous sert de prétexte ! Vous me sacrifiez, non pas à votre jalousie, mais à cette cruelle divinité des rois qu'on appelle la raison d'État... Vous me repoussez hors de votre cœur, non point parce que j'en aime un autre, vous savez bien que c'est vous seul que j'aime, mais parce que je ne suis ni soeur ni fille de roi !

LE ROI

Marie !

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