ACTE I
MOLIÈRE
Salomon avait demandé la sagesse.
LE ROI
Mais, moi, je ne veux pas faire ce qui a été fait avant moi, fût-ce par le roi Salomon.
MOLIÈRE
Eh bien, sire, k connaissance la plus précieuse poui un roi serait celle de la vérité.
LE ROI
Oui, mais le moyen de connaître la vérité?
MOLIÈRE
Eh ! sire, c'est parfois de faire semblant de la savoir.
LE ROI
Faites-moi toucher du doigt ce que vous me dite?.
MOLIÈRE
Hélas ! sire, je ne suis qu'un pauvre poète comique, et ne puis, par conséquent, vous offrir qu'un moyen de comédie.
LE ROI
Offrez, monsieur Molière; il sera le bien reçu.
MOLIÈRE
Eh bien, sire, supposez, par exemple, que le hasard vous ait rendu maître d'un secret...
LE ROI
Le hasard a mieux fait, monsieur Molière ; car, aujourd'hui même, il m'en a livré deux, et des plus importants !
-MOLIÈRE
Alors, le hasard vous traite en enfant gâté, et cela prouve son intelligence. Eh bien, le roi^m'a fait l'hon- - neur de rester seul un quart d'heure avec moi...
LE ROI
Oui.
MOLIÈRE
Personne ne m'a vu entrer, personne ne me verra sortir; eh bien, sire, que le ro^ dise que, ce quart d'heure, il l'a passé avec un agent secret qui lui rend compte de tout ce qui se fait, se dit, se pense même à la cour; qu'il glisse la connaissance des deux secrets qu'il a dans l'oreille des deux personnes qui croient ces secrets connus d'elles seules; que ces personnes racontent ce qui vient de leur arriver chacune à un ami ou à un confident, et... et je connais les hommes de cour, sire ; chacun viendra vous dire le secret de son voisin, et peut-être même le sien, de peur que votre agent secret ne vienne vous le dire avant lui.
LE ROI-
Oh! par le ciel! monsieur Molière, voilà une plaisante idée, et je l'adopte I