Matthieu, xxv
282 LES OCCIDEIfTAUX
mort. Son sang a été le prix de notre rançon, et iî n'a pris ce sang qu'afin de le répandre pour nous racheter. Si vous le voulez, le sang de rotre Seigneur a été versé pour vous ; il ne l'a pas été si vous ne le voulez pas. Vous me direz peut-être : Mon Dieu avait à sa disposition le sang qui devait servir à me racheter ; mais il Ta répandu tout entier dans sa passion, que lui reste-t-il maintenant à donner pour moi ? Voici la grande merveille : le Sauveur n'a versé son sang qu'une fois, et il l'a versé pour tous. Le sang de Jésus-Christ est votre salut, si vous le voulez ; il est votre supplice si vous le refusez. Vous donc qui avez horreur de la première mort, pourquoi hésiter à vous affranchir bien plutôt de la seconde ? Or vous en serez déhvré, si vous voulez prendre votre croix et suivre le Seigneur, parce que c'est en portant sa croix qu'il a cherché son serviteur.
Les fins dernières. (Enchiridion S 109-114).
Pendant le temps qui s'écoule entre la mort de l'homme et la résurrection générale, les âmes sont enfermées dans des lieux qui nous sont inconnus et où chacune, d'après son mérite, est placée dans le repos ou dans la peine, selon ce qu'elle a mérité pendant sa vie dans le corps qu'elle animait.
On ne peut cependant pas nier que les âmes des morts ne reçoivent quelque soulagement, par suite de la piété des parents qu'elles ont laissés sur la terre, quand on offre pour elles le saint sacrifice du Médiateur, ou qu'on répand en leur intention des aumônes dans l'assembléedes fidèles. Mais cela ne peut servir qu'à ceux qui, pendant leur vie, ont mérité que ces offrandes leur fussent
1. Ce mot, qui veut dire Manuel, désigne un abrégé rédigé par saint Augustin de l'ensemble du dogme chrétien. Ce petit livjpe » eu dans la suite un« très grande influence sur les destinées de la théologie.
utiles. Il y a des hommes dont la vie n'a été ni assez bonne, pour n'avoir pas besoin de semblables secours après leur mort, ni assez mauvaise, pour n*en tirer aucun soulagement. Il y en a d'autres dont la vie a été assez bonne pour qu'ils puissent s'en passer, ou tellement mauvaise qu'ils ne peuvent en tirer aucun profit quand ils ont passé de la vie à la mort. C'est donc sur la terre que chacun amasse ce qui peut lui mériter ou un soulagement ou une aggravation à la condition où il se trouve après cette vie. Mais que personne n'espère, quand il sera sorti de ce monde, trouver auprès de Dieu ce qu'il aura négligé de se préparer sur la terre.
Tout ce que l'Éghse observe et pratique pour recommander à Dieu les âmes des morts, n'a rien de contraire à la parole de l'Apôtre, lorsqu'il dit : « Nous comparaîtrons tous dei>ant le tribunal de Jésus-Christ^ afin que chacun reçoive ce qui lui sera dû, selon le bien ou le mal quHl aura fait pendant qu'il était revêtu de son corps. »^ Chacun, en effet, a amassé pendant sa vie la somme de mérites nécessaire, pour que les bonnes œuvres faites en sa faveur puissent lui être de quelque utilité. Cependant elles ne servent pas indistinctement à tous. Quelle en est la raison, sinon la différence de vie que chacun a menée, lorsque son âme était encore unie à son enveloppe mortelle ? Quoi qu'il en soit, les sacrifices du saint autel, les aumônes offertes en mémoire de tous les fidèles trépassés et munis du sacrement de baptême, sont pour les bons et les justes des actions de grâces ; pour ceux qui ne sont pas entièrement justes, des offrandes propitiatoires ; et pour ceux qui sont criminels, sinon du secours après leur mortj du moins des consolations pour ceux qui leur survivent. A l'égard de ceux auxquels ces actes pieux sont utiles, ils en retirent cet avantage ou de recevoir pleine et entière rémission de leurs fautes,