I Corinthiens, xi
restre qui ne peut se perfectionner que par des retouches, que dis-je, par des corrections successives I Or que disent les oracles divins : Ne déplace point les bornes qu'ont placées tes pères ^ ; ne juge pas ton juge ^ ; celui qui renverse unemur aille sera mordu par le serpent^ ; et surtout cette parole de FApôtre qui décapite et décapitera toujours à la manière d'un glaive spirituel les nouveautés criminelles de toutes les hérésies : 0 Timothée, garde le dépôt confiéy en évitant les nouveautés profanes et tout ce qu^ oppose une science qui n^en mérite par le nom ; quelques-uns pour en ai'oir fait profession ont erré dans la foi.,, *
Mais il vaut la peine de reprendre d'une manière fort attentive toutes les paroles de l'Apôtre... Qui donc est Timothée aujourd'hui, sinon en général l'ensemble de l'Église, et plus spécialement le corps tout entier des pasteurs qui doivent posséder pouf leur compte toute la science du culte divin et la distribuer aux autres. Et que signifie : garde le dépôt. Garde-le, dit l'Apôtre, de peur que les voleurs, les ennemis, pendant le sommeil des serviteurs, ne viennent semer l'ivraie par-dessus la bonne semence que le fils de l'homme avait semée dans son champ. Garde-le dépôts dit l'Apôtre. Le dépôt qu'estce à dire ? C'est à-dire ce qui t'a été confié, non ce que tu as trouvé par toi-même ; ce que tu as reçu, non ce que tu as imaginé ; ce qui est affaire non d'esprit personnel, mais d'enseignement, non d'entreprise privée, mais de tradition publique ; une idée venue jusqu'à toi, non point émise par toi ; une chose dont tu dois être non point l'auteur, mais le gardien, non point l'inventeur mais le sectateur ; non point le maître, mais le serviteur. Garde le dépôt, dit l'Apôtre : conserve hors d'atteinte, conserve sans tache le talent de la foi catholique. Ce
1. Deutéronome, xix, 14. — 2. Ecclésiastique, vin, 17. — 3. Ecclésiaste, x, 8. — 4. I Timothée. vi, 20-21.
qui t'a été confié, garde-le près de toi, pour le transmettre tel que tu l'as reçu. Tu as reçu de l'or ; rends do l'or ; je ne veux point que tu substitues un métal à un autre ; je ne veux point qu'au lieu d'or tu livres par je ne sais quelle impudence du plomb, par je ne sais quelle fraude de l'airain ; je ne veux point l'apparence de l'or, j'en veux la réalité.
Le progrès de la vérité religieuse. (Co/wmo/itWiMm, 23.)
Mais, dira peut-être quelqu'un : N'y a-t-il donc dans l'Eglise du Christ aucun progrès de la vérité religieuse ? Il y en a un, et très grand. Quel est l'homme assez ennemi de ses frères, assez hostile à Dieu, pour prétendre l'empêcher ? Encore faut-il que ce soit un véritable progrès de la foi et non point un changement. L'idée de progrès implique qu'une chose se développe tout en restant ellemême ; l'idée de changement ; qu'une chose se transforme en une autre. Que donc l'intelligence, la science, la sagesse croissent et progressent grandement, pour chacun et pour tous, pour chaque homme et pour l'ÉgUse entière, dans la marche des âges et des siècles, mais exclusivement selon la nature propre de la foi catholique, c'est-à-dire dans le même dogme, le même sentiment, la même pensée. Que la vérité religieuse des âmes imite la manière des corps. Ceux-ci avec le progrès des années croissent et se développent, ils demeurent néanmoins ce qu'ils étaient autrefois. Quelle différence entre la fleur de l'enfance et la maturité de la vieillesse ; et pourtant ce sont bien les mêmes qui étaient des adolescents et qui sont devenus des vieillards ; l'état, l'extérieur d'un seul et même homme a changé, et néanmoins c'est bien une seule et même nature, une seule et même personne. Les membres des nourrissons sont petits, ceux des jeunes gens sont grands ; ce sont pourtant les mêmes
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membres. Pas plus dé membres dans Fhomme qii*il n'y en avait dans Penfent ; et si l'on en voit paraître de nouveaux au moment du complet développement, ils existaient déjà en germe, auparavant. Il n'y a rien dan» le vieillard, qui n'ait existé, au moins à l'état latent, dans l'enfant. Ainsi, à n'en pas douter, la loi du véritable progrès, la règle d'une croissance belle et ordonnée, c'est que toujours l'âge développe dans les adultes les membres et les formes que la sagesse du Créateur avait préparés dans les enfants. Si l'apparence humaine se changeait par la suite en un aspect d'un autre genre, ou plus simplement si un membre quelconque apparaissait ou disparaissait, il s'ensuivrait ou bien la destruction même de tout le corps ou, tout au moins, une difformité, un affaiblissement. De même il convient que le dogme chrétien suive ces lois de la croissance ; que les années l'affermissent, que le temps le fasse grandir, que l'âge ajoute à sa taille, et qu'il demeure néanmoins sans changement, sans corruption. Je veux voir dans sa stature, dans ses membres, dans ses sens, l'achèvement, la perfection, mais qu'il ne change pas, qu'il ne soit pas altéré, qu'il ne varie jamais. Un autre exemple. C'est le pur froment, la bonne semence de la foi, que nos pères ont autrefois semé dans le champ de l'Église, quelle iniquité, quelle faute à nous leurs descendants de mettre à la place du bon grain de l'authentique vérité, l'ivraie de l'erreur. Au contraire notre devoir, notre intérêt, c'est qu'il n'y ait point de différence entre le commencement et la fin, c'est que nous puissions recueilHr à la moisson un froment excellent. Et quand le temps aura fait son œuvre, quand le grain se sera développé, alors la tige s'élèvera joyeuse, nous verrons l'épi se dessiner sous sa forme définitive, mais ce sera toujours un épi de blé ; autre est l'apparence, la forme, la port, mais la nature intime n'a pas varié... De même il est bien permis
de creuser avec le temps les antiques enseignements de notre céleste philosophie, pour exprimer des concepts plus achevés ; mais c'est un crime de les changer, de les tronquer, de les mutiler. Qu'on les mette en évidence, en lumière, en distinction ; mais qu'on n'aille pas leur ôter leur plénitude de vérité et leur inviolable intégrité. Car si une fois la fraude sacrilège pouvait se glisser au sein de nos dogmes, je verrais avec terreur le temple de la religion s'écrouler et disparaître pour toujours. Laissez tomber une parcelle du dogme catholique, bien^ tôt une autre et puis une autre encore s'en détachera, comme par une pente toute naturelle. Et en les jetant ainsi pièce à pièce, il arrivera qu'il n'en restera plus rien. D'un autre côté, si les nouveautés trouvent libre accès dans le domaine du dogme antique, si l'élément étranger se mêle à nos biens de famille, si le profane est confondu avec le sacré, cette funeste habitude aura bientôt tout envahi. Et dès lors dans l'Église, plus de dogme intact, pur, intègre, immaculé, mais partout un débordement d'erreurs impies et honteuses, là où se trouvait le sanc" tuaire de la chaste et pure vérité. Ah ! que la divine Bonté éloigne de ses fidèles l'esprit d'innovation. Laissons aux impies cette fureur insensée. L'Église du Christ, vigilante et prudente gardienne des dogmes qu'elle reçut en dépôt, n'y change jamais rien, n'y ajoute rien, n'en retranche rien. Elle ne touche pas à ce qu'ils ont d'essentiel, elle ne les embarrasse point de superfétations. Elle garde son bien, et ne porte pas la main sur la propriété d'autrui. Toutes les ressources de son génie sont em^ ployées à une seule fin : étudier l'antique doctrine dans la fidéhté et la sagesse ; et quand elle y rencontre des germes, des ébauches, en provoquer par ses soins le développement, l'achèvement ; consolider et affermir ce j qui est arrivé au développement complet ; conserver 1 enfin, avec un soin jaloux, ce qui est affermi pour toujours par une définition.
LES CONTROVERSES CHRISTOLOGIQUES
Le concile de Constantinople avait depuis 381 rendu la paix à l'Orient chrétien. Il s'en fallait cependant que Funité de pensée et de sentiment fût parfaite entre les diverses écoles théologiques qui se partageaient le monde grec. A diverses reprises des incidents significatifs vinrent manifester les divergences qui séparaient les docteurs d'Alexandrie, étroitement fidèles à la pensée et même à la terminologie déjà un peu vieillie de saint Athanase, et les théologiens d'Antioche et du Diocèse d'Orient^ moins mystiques en leurs spéculations, plus préoccupés d'exégèse littérale et, pour tout dire, pénétrés d'un rationalisme quelquefois un peu inquiétant. De lamentables questions de personne, des discussions où chacune des métropoles de l'Orient, Constantinople, Antioche, Alexandrie, tiendra à assurer son hégémonie, viendront un jour compliquer à plaisir des problèmes déjà suffisamment embrouillés par eux-mêmes.
De toute antiquité le peuple clirétien avait reconnu dans la personne sacrée du Sauveur le double élément, divin et humain, qui constitue l'Homme- Dieu : Jésus- Christ est Dieu, il est homme aussi. Toutes les tentatives faites pour diminuer ou annihiler un de ces éléments au profit de l'autre, depuis leDocétisme qui niait la réalité du corps de Jésus, jusqu'à l'Apollinarisme qui lui refusait une âme humaine, toutes ces tentatives avaient échoué devant la vigilance de l'Eglise et le zèle orthodoxe des docteurs et du peuple chrétien. Mais comment
l;Le mot « diocèse » désigne ici une de ces circonscripiions civiles, en lesquelles, depuis Diocletien, étaient partagées les grandes divisions de l'Empire Romain.
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fallait-il concevoir le rapport entre l'élément divin du Christ et son éléments humain ? C'est ici que commençaient à se manifester les divergences entre les théologiens. A Antioche, par suite même des tendances générales de l'école, on était porté à accentuer la distinction, l'indépendance de ces deux éléments ; de là à parler de deux personnalités distinctes, celle du Verbe de Dieu et celle de l'homme Jésus, il n'y avait qu'un pas, et dans quelques circonstances ce pas fut franchi ; c'est ainsi que prit naissance le Nestorianisme, encore que la doctrine de Nestorius, patriarche de Constantinople, n'ait jamais pris la forme absolument tranchée que nous venons d'indiquer. A Alexandrie, une erreur diamétralement opposée menaçait au même moment de compromettre le caractère unique, singuher de la personnalité du Sauveur. A force d'insister sur l'union intime en sa divine personne de l'élément divin et de l'élément humain, on finissait presque par absorber et par confondre l'humanité en la divinité. Le Christ Jésus ne touchait plus à la terre, il s'évanouissait en un être qui n'avait plus d'humain que l'apparence ; par un chemin détourné on revenait au Docétisme du premier siècle. Les chefs mêmes de la rude campagne menée par Alexandrie contre Nestorius ne surent pas toujours éviter ces excès de langage et de pensée. Un jour vint où l'Église, après avoir condamné le Nestorianisme qui niait l'unité de la personne du Sauveur (Concile d'Éphèse, 431), dut condamner plusieurs des adversaires de Nestorius, partisans du monophysisme, la doctrine d'une seule natmre dans le Christ (Concile de Chalcédoine, 451). C'est alors que se révéla toute la puissance arbitrale de l'Éghse Romaine, qui, par la plume de saint Léon, imposa aux discussions de l'Orient la formule définitive du dogme de l'Incarnation : deux natures parfaites dans l'unité d'une personne. — Hélas les passions humaines avaient déjà accompli leur œuvre de division ; ces lamentables controverses venaient* de détacher pour toujours de l'unité ecclésiastique un tiers au moins des chrétiens de l'Orient.