LA SECONDE ÉCOLE D^ANTIOCHE
Lorsque vous avez offensé un homme qui a du pouvoir et du crédit, vous priez ses amis, ses proches, ses domestiques même, vous leur donnez beaucoup, vous passez plusieurs jours à redoubler vos prières. Quand celui que vous avez offensé vous rejetterait une fois, deux fois, mille fois même, vous ne vous rebutez pas et vous renouvelez au contraire vos importunités et vos instantes prières. Et quand nous avons irrité contre nous le Dieu de rUnivers, nous continuons à notre ordinaire à passer le temps, dans les divertissements, dans ks délices, dans la bonne chère, et nous ne changeons rien à notre genre de vie accoutumé. Est-ce là le moyen de nous le rendre favorable ; et ne l'irritons-nous pas plutôt encore davantage contre nous ? Cette insensibilité que nous témoignons après avoir péché, l'offense beaucoup plus que le péché lui-même. Nous devrions nous enfouir sous terre, ne plus oser ni regarder le soleil, ni respirer, nous qui, ayant un si bon Maître, osons l'irriter et qui n'avons même aucun regret des offenses par lesquelles nous l'irritons. Et pourtant lui, quand il s'irrite contre nous, bien loin de nous haïr, il ne le fait que pour nous attirer à lui par ses menaces. Lorsque vous l'outragez par vos crimes, s'il continuait de vous témoigner de l'amour, ne vous porteriez-vous pas à le mépriser de plus en plus ? Pour éviter donc un si grand mal, il vous témoigne de l'aversion pour un peu de temps, afin de vous sauver pour jamais.
Ayons donc confiance en sa miséricorde et témoignons par nos actions que nous nous appliquons sérieusement à la pénitence, avant que nous ne soyons surpris par ce jour effroyable où elle ne nous servirait de rien. Maintenant en effet tout dépend encore de vous ; mais alors l'arrêt sera irrévocable et il ne dépendra que de votre Juge. Prévenons-le donc^ comme dit l'Écriture, en confessant nos péchés^ pleurons et soupirons en sa
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présence^. Si nous savons fléchir à présent notre Juge, le porter à nous pardonner avant qu'il prononce la sentence, nous n'aurons plus besoin ensuite d'intercesseur auprès de lui.Au contraire si nous négligeons cet avertissement, il nous fera paraître un jour en présence de toute la terre, il examinera toutes nos fautes aux yeux de l'univers, et il ne nous restera plus alors aucune espérance de pardon. Si nous ne nous guérissons maintenant de nos péchés, nous ne pourrons pas éviter alors d'en être punis...
C'est pourquoi, mes frères, conjurons le libérateur de nos âmes, de rompre nos liens et d'éloigner de nous le tyran cruel, afin que, nous ayant dégagés de ses pesantes chaînes, il donne des ailes à notre âme pour élever à lui toutes nos pensées. Et en lui offrant nos prières, offrons-lui également tout ce qui dépend de nous : zèle, conscience, bonne volonté. C'est ainsi que nous pourrons nous délivrer en peu de temps des misères qui nous retiennent, que nous reconnaîtrons enfin dans quel triste état nous avons été, que nous jouirons enfin de cette liberté divine, où je prie Dieu de nous établir par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soient gloire et puissance dans les siècles des siècles. Amen.
L'institution de la sainte Eucharistie. {Hom. in Maith.,
Lxxxii, 5-6.)
Croyons toujours à ce que Dieu dit ; ne lui résistons jamais quoique notre esprit, notre jugement ait peine à se rendre à ce qu'il nous dit, et que sa parole soit audessus de notre sens et de toutes nos lumières. Agissons ainsi tout particulièrement, dans nos mystères sacrés, ne regardant pas seulement ce qui se présente à no» yeux, mais nous attachant surtout aux paroles du Sei-