Philippiens, ii
Que dirons-nous donc ? Que le Fiis de Dieu n'a pas craint de descendre de sa dignité. Comme il n*avait pas considéré la divinité comme une proie, il ne pouvait craindre que personne ne lui enlevât sa nature, sa dignité. Aussi Ta-t-il déposée, bien sûr de la reprendre ; il l'a dissimulée, estimant que cela ne l'amoindrissait en rien. Aussi Tapôtre n'a-t-il pas dit de Jésus-Christ qu'il n'a pas usurpé, mais bien qu'il n'a pas cru usurper. Sa souveraineté en effet ne venait ni de la rapine, ni même de donation faite par autrui, elle était sa nature et par suite immuable et assurée. Aussi n'hésitc-t-il pas, roi suprême, à revêtir l'extérieur d'un de ses sujets. Le tyran craint de dépouiller à la guerre son manteau de pourpre ; le roi le dépose en toute sécurité. Pourquoi ? Parce qu'il n'a pas usurpé le commandement. Il n'est point comme l'usurpateur, qui ne s'en dépouille jamais ; il peut le dissimuler, le cacher parce qu'il le possède par nature et qu'il ne peut le perdre. Ainsi du Christ ; l'égalité avec Dieu n'était pas pour lui une usurpation, mais bien sa nature même, aussi s'est-il anéanti.
Mais où sont ceux qui prétendent qu'il subit alors une nécessité, qu'il fut contraint à se soumettre ? // s'est dépouillé lui-même, dit saint Paul ; il s^est humilié, il s^est fait obéissant jusqu^à la mort. Comment s'est-il dépouillé ? En prenant la forme de V esclave, en dei^enant semblable aux hommes, en se montrant sous V apparence de V homme. L'apôtre vient d'écrire : Que chacun croie les autres au-dessus de soi ; aussi ajoute-t-il : il s'est anéanti. En effet s'il avait subi l'abaissement, mais non spontanément, mais non d'après sa volonté même, ce n'eût pas été un acte d'humilité... D'autre part les Marcionites *, saisissant le texte avec empressement : Voyez,
1. Secte Knostique du second siècle, qui, fortement organisée, subsista jusqu'au v« siècle. Comme les docôtes, ils refusaient de croire à la nature humaine de Jésus.
312 LA SECONDE ÉCOLE d'aKTIOCHE
disent-ils, il ne s'est pas fait homme ; il est venu dans la ressemblance de Vhomme, Mais comment pourrait-on être fait à la ressemblance de l'homme ? En revêtant une vaine ombre ? Dès lors c'est un fantôme, ce n'est plus rien de semblable à l'homme. Le semblable de l'homme, c'est un autre homme D'ailleurs que répondrcz-vous au texte de saint Jean : Le Verbe s^est fait chair? Et pourtant le bienheureux apôtre dit ailleurs qu'il est venu dans la ressemblance de la chair de péché'^. Il s^est montré sous V apparence de Vhomme, Voilà bien, disent-ils encore, ce que nous-mêmes nous prétendons. Être comme un homme, être un homme par l'apparence, c'est tout autre chose qu'être un homme par nature. — Vous voyez, mes frères, avec quelle simphcité je vous rapporte les objections de nos adversaires. C'est que la i victoire ne peut être splendide et surabondante qu'à la la condition de ne rien dissimuler de la difRculté. Dissimuler, ce serait une ruse, non une victoire. Que disentils donc ; ne craignons pas de le répéter : Être homme par l'apparence ce n'est point l'être par nature ; être comme un homme, à la ressemblance d'un homme, ce n'est point être un homme. — Je réponds. Donc aussi prendre ; la forme de l'esclave, ce n'est pas prendre la nature d'esclave... Mais quel est donc le sens véritable de ces mots : il s^est montré sous Vapparence de Vhomme ? Il» marquent que le Fils a eu plusieurs choses de nous et qu'il n'en a pas eu plusieurs autres choses, comme d'être né par le commerce charnel, comme surtout d'avoir commis le péché. Voilà ce qui lui est propre, à lui, et à lui seul. Il n'était pas seulement ce qu'il paraissait être, il était encore Dieu. Il apparaissait avec la nature de l'homme ; mais quoique semblable à nous par la chair, il différait de nous par beaucoup de points. Ces paroles indiquent dès lors qu'il n'était pas purement et simplement un