Romains, viii
homme ; et Tapôtre dit avec raison : à la ressemblance des hommes. Nous sommes corps et âme ; lui, iî est Dieu, âme et corps. Aussi Paul écrit-il : A noire ressemblance. Craignant d'ailleurs qu'ayant entendu ces mots : // s^est anéanti lui-même nous n'allions croire d'après ces mots à la dégradation, à la perte de la divinité dans le Fils, il semble ajouter que demeurant ce qu'il est... il a pris ce qu'il n'était pas, et que s'étant fait chair il continue à être le Verbe divin.
La même raison qui fait dire à saint Paul que le Christ est devenu semblable aux hommes, lui fait ajouter que celui-ci s'est montré sous V apparence de V homme. Sa nature première n'a pas dégénéré ; elle ne s'est pas confondue avec la nôtre, sinon par l'apparence, (par l'extérieur) seulement... Ayant dit plus haut que le Christ avait pris la forme de l'esclave, l'apôtre pouvait dire maintenant qu'il avait pris l'apparence de l'homme ; ses premiers mots fermaient la bouche à toute difficulté. Et quand il disait ailleurs que le Christ était venu dans la ressemblance de la chair du péché, il ne niait pas pour cela que ce fût une vraie chair, mais seulement que cette chair eût péché, bien qu'elle fût semblable à une chair pécheresse. En quoi semblable ? par la nature, et non par la malice ; et dès lors, semblable à notre chair pécheresse. Eh bien, comme l'apôtre se servait alors de cette expression de ressemblance, parce que, de fait, il n'y avait pas entre notre chair et la sienne complète égalité, de même ici la ressemblance est encore mentionnée pour rappeler qu'il n'est pas en tout notre égal : par sa naissance, par l'absence en lui du péché, par le fait qu'il n'est point simplement un homme. Les paroles de l'apôtre sont donc bien exactes : le Christ n'était pas l'un d'entre nous, mais comme l'un d'entre nous. Le Verbe divin n'a pas dégénéré en homme, sa substance n'a pas été changée mais il s'est montré comme un homme, sans
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toutefois nous tromper par un corps fantastique, mai» pour nous apprendre l'humilité. Ainsi quand Paul écrit : comme un homme ; son intention est claire ; car en plus d'un autre passage il l'appelle homme expressément, comme dans ce passage : Il n'y a qu'un Dieu^ et qu'un seul médiateur homme, Jésus-Christ^, — - Voilà ce que nous avions à dire contre les adversaires du corps de Jésus- Christ. Quant à ceux qui nient qu'il ait pris une âme avec ce corps, il suffît de leur dire : Si la forme de Dieu est un Dieu parfait, la forme de l'esclave est aussi l'esclave parfait.
Revenons maintenant aux Ariens : Étant en forme de Dieu, dit saint Paul, il n'a pas regardé comme une proie son égalité avec Dieu. Dès qu'il parle de la di\'inité du Fils, Paul ne se sert jamais des expressions : il est devenu, il a pris. Mais plus loin : il s^est dépouillé luimême, prenant la forme de V esclave, devenant semblable à Vhomme ; il s'agit ici de l'humanité, et Paul emploie les mots : il a pris, il est devenu. Il est devenu ceci ; il a pris ceci ; mais il était cela. Ne confondons point (les natures), ne divisons point (la personne) ^ En lui, un seul Dieu, un seul Christ, le Fils de Dieu ; « un » vous diraî-je, mais par union (des natures) non par un mélange, ni une confusion ; la nature divine ne s'est pas transformée en nature humaine, elle lui est simplement unie ^.
// s''est humilié lui-même, s''étant fait obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. Voyez, disent les hérétiques, il s'est fait obéissant ; il n'était donc pas l'égal de celui à qui il obéissait. — 0 stupides et insensés, comme si cette obéissance diminuait le Fils. Nousmêmes, nous obéissons à nos amis, et cela ne nous
1. L Timothée, ii, 5. — - 2. Les deux expressions nature et personne ne sont point employées ici par saint Chrysostome ; mais elles rendent au mieux sa pensée. — ' 3. En ce passage, saint Chrysostome est presque arrivé à la précision des termes| qu'établira définitivement le Concile de Chalcédoine.
diminue pas. Semblablement, c'est en toute spontanéité que le Fils se soumet à son Père ; loin d'être servile, cette obéissance est glorieuse et parfaitement convenable à la dignité du Fils unique, tout en rendant à son Père un incomparable honneur. Il honore son Père ; oui, mais garde-toi de le déshonorer lui, ce Fils véritable de Dieu, aime plutôt à le vénérer davantage, à reconnaître d'autant mieux son titre de Fils, que lui-même honore plus admirablement ce Père de toutes choses. Jamais Dieu n'a eu un tel adorateur. Plus sa dignité était subhme, plus son humilité a été profonde. Si rien ne l'égale, rien n'égale non plus l'honneur qu'il rend à son Père, librement et sans contrainte. Ici plus qu'ailleurs éclate sa vertu, et vraiment je ne sais plus comment
Ciel I quel ineffable mystère qu'il se fasse esclave ; mais de souffrir la mort, c'est bien plus encore. Et pourtant il y a quelque chose encore de plus grand, de plus stupéfiant. Et quoi donc ? C'est que toutes les morts ne se ressemblent pas. Il y avait un supplice, qui passait pour le plus infâme de tous, un supplice plein d'ignominie, un supplice maudit ; Maudit soit, disait l'Écriture, celui gui est pendu au gibet'^. Aussiles Juifs affectèrent de lui choisir ce supphce pour le rendre infâme, afin que si sa mort violente ne pouvait suffire à détacher de lui jusqu'au dernier de ses disciples, au moins il ne lui en restât plus un seul à la vue de cette mort exécrée. Aussi voulurent-ils encore qu'on le crucifiât entre deux larrons, pour qu'il participât à leur ignominie et que fût accomplie la parole de l'Écriture : Il a été mis au nombre des scélérats ^,
Mais par là môme aussi la vérité brille d'un plus vif éclat, par là-même aussi elle se révèle plus splendide. Sa gloire attaquée par tant d'ennemis, menacée par
1. Dtutéronome, xxi, 28 ; cf, Galates, Jir, 13. ;— 2. Isaïe, tii, 12.
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tant de manœuwes, ne fait qu'éclater davantage ; le prodige n'en paraît que plus grand. Pour l'avoir tué, et tué avec cet appareil, on comptait bien avoir fait de lui un objet d'horreur, de l'horreur la plus extrême ; on échoua complètement... La gloire de Jésus-Christ ne subit pas la moindre atteinte. Car, dit saint Paul, Dieu, en récompense. Va souverainement exalté et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom.
Disciple de Chrysostome et de Théodore de Mopsueste, condisciple de Nestorius et de Jean, le futur patriarche d'Antioche, Théodoret est le type le plus représentatif de l'école antiochienne en ce qu'elle a eu d'excellent, comme en ce qu'elle a montré de dangereux. Il est né à Antioche vers 393, a fréquenté les écoles de sa ville natale, s'est retiré à vingt-trois ans dans un monastère voisin d'Apamée, où on va le chercher en 423 pour en faire l'évêque de Cyr dans la Syrie euphratésienne. Trente-cinq ans durant il se consacrera à l'évangélisation de ce pauvre diocèse ; il y mourra en 458. Mais en même temps qu'il est évêque, Théodoret est écrivain, et pour son malheur il est controversiste. En 430 la lutte vient d'éclater entre les deux théologies d'Antioche et d'Alexandrie. Nestorius devenu patriarche de Constantinople pousse jusqu'à l'exagération et à l'hérésie la distinction et l'indépendance des natures en Jésus-Christ ; saint Cyrille d'Alexandrie répond par des anathématismes où éclate trop le souci de sauvegarder l'unité du Christ, au point que la dualité des natures peut sembler compromise. Théodoret s'engage dans la querelle, et fidèle aux traditions de l'école antiochienne attaque ce qu'il croit être l'erreur de Cyrille. Les procédés un peu sommaires par lesquels le patriarche d'Alexandrie impose au Concile d'Éphèse (431) la condamnation de Nestorius n'étaient pas faits pour rallier Théodoret à la théologie cyrillienne ; il continue la lutte qui ne se terminera, pour bien dire, qu'à la mort du patriarche alexandrin (444). Mais alors le successeur de Cyrille, Dioscore,
favorise ouvertement l'hérésie d'Eutychès ; se réclamant, bien à tort, des décisions d'Éphèse, le monophysisme tente de s'implanter comme doctrine officielle de l'Église. Théodoret va devenir le défenseur de l'orthodoxie. Son EranisteSy qui est de 447, établit d'une façon victorieuse la distinction, sans changement, sans confusion, sans passion, des deux natures dans le Christ ; mais en même temps il attire sur lui toutes les colères du parti monophysite. Théodoret est condamné conjointement avec Nestorius par le Brigandage d'Éphèse (449). Deux ans plus tard le concile de Chalcédoine le réhabilite et proclame son orthodoxie, après l'avoir contraint cependant d'anathématiser Nestorius. Théodoret vSurvécut sept ans encore à la décision du Concile ; mais sa mémoire pas'plus que sa personne ne sera à l'abri des attaques passionnées du monophysisme et d'une fraction même de l'orthodoxie. Les écrits de Théodoret contre Cyrille et le Concile d'Éphèse forment l'un des trois chapitres visés et condamnés par l'édit de Justinien, en 544. Le Concile de Constantinople de 553 fait sienne cette condamnation, qu'approuva également le Pape Vigile.
La nature divine du Christ est immuable. Eranistes S i.
UOrthodoxe : Nous venons d'expliquer, vous vous le rappelez, la parole évangélique : le Verbe s'est fait chair, par le témoignage de l'Apôtre. Celui-ci nous a montré pourquoi le Verbe s'est fait chair, en disant clairement : Certes, ce n^est pas à des anges qu'il vient en aide, mais à la postérité d'Abraham^. Le même maître va maintenant nous apprendre comment le Verbe divin est apparu sur la terre et a conversé avec les hommes.
U Eranistes .'Je crois aux paroles des apôtres et des
1. U Eranistes est un dialogue entre un orthodoxe et un monophysite. C«lui-ci est appelé par Théodoret, Eranistes, c'est-à-dire le mendiant. Les monophysites ont mendié leurs arguments aux vieilles hérésies docète et apollinariste déjà condamnées. — Trois parties: la nature divine est immuable ; elle ne se mélange point à la nature humaine dans le Christ ; elle est impassible. — 2. Hébreux, ii, 10.
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prophètes. Expliquez-moi donc, selon votre promesse, les paroles inspirées.
Orth. : Écrivant à Timothée, le di\dn apôtre a déclaré ceci : « Sans contredit, le mystère de la piété est grand : Un Dieu s"* est manifesté dans la chair ; il a été justifié dans V Esprit ; il a été vu par les anges, prêché parmi les nations, cru dans le monde, exalté dans la gloire » ^. Or il est bien clair que, si la nature divine est invisible, la chair est visible ; que c'est par la chair visible que la nature invisible s'est manifestée, opérant par celle-ci des choses admirables et cachant sa propre puissance. C'est par la main qu'elle a restauré dans l'aveugle-né le sens de la vue ; et quand elle a rendu l'ouïe au sourd, délié la langue paralysée, elle s'est servie des doigts comme d'un instrument, et pour remède salutaire a employé la salive. Et de même dans la marche sur les eaux se manifeste la toute-puissance de la divinité. C'est donc bien justement que le divin apôtre dit : Dieu s^est manifesté dans la chair. C'est par celle-ci que la nature invisible est devenue visible, par celle-ci que les troupes angéliques ont pu le contempler... Après l'incarnation Dieu s'est manifesté aux anges, suivant le divin apôtre, non point dans une apparence de gloire, mais en usant du vêtement véritable et vivant de la chair, comme d'un voile. Dieu, dit-il, s^st manifesté dans la chair, a été justifié par r Esprit, s^est montré aux anges.
Er. : J'ai déjà accepté ce texte script uraire, mais quant aux nouveautés verbales, je ne les reçois point.
Orth. : Mais quel nom nouveau avons-nous donc forgé ?
Er. : Celui de voile. Quel texte de l'Écriture appelle jamais un voile le corps du Seigneur.
Orth. : Vous ne me semblez point avoir lu attentivement la divine Écriture ; autrement vous ne me repren-