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Galates, m

324 LA SECONDE ÉCOLE d'aNTIOCHE

Orth, : Nous venons de montrer raccord des pasteurs du Midi et de ceux du Nord. Alléguons donc maintenant les illustres docteurs de POccident, qui, différant par la langue mais non par la pensée, ont composé des commentaires.

Er. : Oui, je sais qu'Ambroise, la gloire du siège archiépiscopal de Milan, a combattu victorieusement contre toutes les hérésies et a écrit de fort belles choses tout à fait d'accord avec la doctrine apostolique.

Orf/i..' Je veux donc vous dire son explication. Dans son traité sur la foi, il s'exprime ainsi : « Mais, dira-t-on, il est écrit que le Verbe s^est fait chair. Cela est écrit, j'en conviens ; mais voyez donc ce qui suit : Et il a habité parmi iiêus ; c'est-à-dire il a habité dans une chair humaine. Vous vous étonnez de ce que l'évangéUste a écrit : le Verbe s'est fait chair^ alors que le Verbe divin a pris une chair ; mais n'est-il pas écrit du péché, et certainement le Christ n'en avait point, que le Christ est devenu péché. Ce n'est point à dire qu'il soit devenu nature et action du péché ; mais qu'il a crucifié dans sa chair notre péché. Que l'on cesse donc de dire que la nature du Verbe a été changée, transformée. Mais non ; autre est celui qui prend la nature humaine ; autre chose ce qu'il prend. » Après ceux-ci, il convient d'entendre maintenant les docteurs de l'Orient ^. Certes il aurait fallu les appeler les premiers en témoignage ; car c'est là qu'a d'abord retenti la prédication apostoKque. Mais puisque contre ces premiers nés de la foi, vous avez aiguisé vos langues sur la pierre du mensonge, nous les avens réservés pour les derniers, afin qu'après avoir entendu d'abord les autres docteurs vous puissiez en comparant à leurs enseignements ceux des Orientaux admirer leur accord et cesser vos attaques. Ecoutez donc Flavien, qui pendant si longtemps a tenu avec

!. Il s'agit ici du diocèse d'Orient voir p. 298, n. 1.

sagesse le gouvernail de l'Église d'Antioche et a fait triompher P Eglise qu'il gouvernait de la tempête arienne, écoutez-le expliquer le texte évangélique : « Le Verbe, dit-il, s^est fait chair et il a habité parmi nous : il ne s'est point changé en chair, il n'a point cessé d'être Dieu. Dieu il l'était de toute éternité, chair il l'est devenu dans le temps, s'étant bâti à lui-même son temple, et ayant habité dans une créature passible. » Voulez-vous entendre les anciens évêques de Palestine, prêtez l'oreille à ce que dit l'admirable Gélase, qui cultiva si soigneusement l'Église de Césarée ; voici ce qu'il dit dans son sermon sur l'Epiphanie du Seigneur : « Entendez la vérité qui sort de la bouche du pêcheur Jean : le Verbe, dit-il, s^est fait chair, non point en subissant quelque changement, mais en habitant parmi nous ; autre chose est la tente, autre chose le Verbe ; autre est le temple, autre le Dieu qui y habite. »

Er. : J'admire vraiment cet accord.

Orth. : Et Jean \ cette grande lumière de toute la terre, qui a d'abord arrosé si honorablement l'Éghse d'Antioche, puis a cultivé si sagement l'Église impériale, ne croyez-vous pas qu'il ait gardé le canon apostolique de la foi ?

Er. : Je le reconnais pour un docteur tout-à-fait digne d'admiration.

Orth. : Eh bien, cet excellent docteur a expliqué lui aussi le passage évangélique et voici ce qu'il dit : « Quand tu entends dire : le Verbe s^est fait chair, ne te trouble point, ne le laisse point abattre. La substance divine en effet ne s'est point transformée en chair, ce serait le comble de l'impiété que de le dire ; mais demeurant ce qu'elle était, elle a pria la forme de l'esclave. Car si l'Écriture dit : le Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, en se faisantlui-même malédiction,^ cëidi ne veut

326 LA SEÇQIÇDÇ ÉÇQLE d'aNTIOCHE

pan dire que la nature divine, se dépouillant de sa propre gloire, se soit transformée en une nature maudito. Les démons eu:c-mêmes n'auraient point idée de cel^^ ni Jes hommes les plus fous, les plus dépourvus de boi) sens, tant il y a là d'impiété en méine temps que de folie. Ce p'est donc pas cela que le texte a vpulu dire, maiis bier^ que le Christ ayant pris sur lui-mêpae la malédiction qui pesait sur nous, ne permet plus désormais que nous soyons maudits. De même ici, quand il est dit qu'il s'est fait chair, cela ne signifie point qu'il a transformé ^a nature en la chair, mais qu'il a pris une chair, tandis que sa nature divine demeurait sans changement. »

Er, : .J'admire vraiment l'accord de tous ces hommes. Tous donnent exactement la même interpi'étatioi^ des paroles évangéJiques, comme s'ils s'étaient concertés et qu'ils eussent écrit ensemble.

Orih, : Des mers, des montagnes les séparaient, mais la distance n'empêchait point l'accord ; c'est que tpus fiaient soutenus par la même grâce spirituelle. Je vous aurais bien apporté aussi les témoignages des adversaire^ victorieux de l'impiété, Diodore et Théodore ^, mais je sais que vous êtes mal disposé pour ces hommes et que vous avez hérité de la haine qu'Apollinaire avait contre eux. Vous pourriez voir qu'ils ont écrit de même, et qu'ayant puisé les mêmes eaux à la source divine, ils furent eux-aussi les fontaines de l'Esprit. Je les laisserai pourtant de côté, car vous avez entrepris contre eux une guerre implacable. Mais je vous citerai le docteur très illustre de l'Église et ses idées sur l'incarnation, afin que vous sachiez ce qu'il pensait de la nature prise par le Verbe divin. Vous connaissez certainement ce fameux Jgnace " qui reçut des mains du grand apôtre Pierre la

1. Diodore de Tarse et Théodore de Mopsueste, les deux grands maîtres de l'école antiochienne. Leur opposition à l'apollinarisme les avait fait verser dans un excès opposé ;leur doctrine préparait eell© de Nestorius. — 2. Saint Ignace d'Aptioche, p. 14-1^.

tHÉODORET DE CYR

grâce du J)ontificat, et qui après avoir gouYcrné TÉglise d*Antioche reçut la couronne du martyre. Vous connaissez Irénée, l'héritier de la doctrine de Polycarpe, la lumière des Gaulois de l'Occident ; vous connaissez Hippolyte, Méthode, tant d'autres encore dont je voué dirai et l'enseignement et le nom.

(Suwent de longUes citations d'Ignace d^Antioche^ d'Irénée de Lyon, d^ Hippolyte de Rome, de Méthode, d'Eiistathe d' Antioche, de saint Aihanasc.de saint Basile, de saint Grégoire de Nazianze, de Flavien d^ Antioche, d* AmphUochius d'iconium, de saint Jean Chrysostome, et finalement d'Apollinaire lui-même, ce qui fait dire à V Eranisies :

Er. : Je n'aurais jamais cru qu'Apollinaire pensait de la sorte ; j'avais de lui une tout autre opinion .

Orth. : Vous avez donc appris que nous n'avons pas seulement pour nous les prophètes et les apôtres, et ceul qui ont été après eux désignés comme les docteurs de la terre, mais qu'Apollinaire lui-mêfne, l'auteur de ces bavardages hérétiques, confesse que le Verbe divin est immuable, qu'il ne s'est point changé en chair, mais qu'il a pris ime chair. Apollinaire l'a dit à plusieurs reprises, et vous venez de l'entendre. Ne prétendez plus maintenant éclipser le tnaître par vos blasphèmes : Le disciple n'est pas au-dessus du maître, a dit le Seigneur.

Er. : Je confesse donc moi aussi que le Verbe divin est immuable, et qu'il a pris une chair. Résister à tant de témoignages, c'est le comble de la démence.

Orlh, : Voulez-vous que nous résolvions maintenant vos autres difficultés,

Er. : Remettons à demain cet examen.

Orth. : Retirons-nous donc et convenons de ce que nous avons fini pai* reconnaître.

328 LA SECONDE ÉCOLE d'aNTIOCHE

L'union des deux natures se fait sans confusion.

Eranistes^ ii.

V Orthodoxe, : Eh bien montroz-nous comment vous pouvez ne parler que d'une seule nature après l'union ; les deux natures sont-elles fondues en une seule ? ou bien Tune demeure-t-elle, tandis que l'autre est supprimée ?

U Eranlstes : Je dis que la divinité demeure et qu'elle absorbe l'humanité.

Orth, : Ce sont là fables de Grecs ou balivernes de 'Manichéens... Pour nous, nous repoussons de tels discours, non seulement comme impies, mais comme tout à fait insensés. Comment en effet la nature divine, simple, sans composition, contenant l'univers, incompréhensible, incirconscrite pourrait-elle absorber la nature qu'elle a prise ?

Er, : De la même manière que la mer quand on y verse une goutte de miel. Cette goutte se dissipe immédiatement, en se mêlant à l'eau de la mer.

Orih. : La mer et la goutte de miel diffèrent, il est vrai, et par la quantité et pai* une qualité. La première est immense, la seconde infiniment petite ; la mer est salée, la goutte de miel est douce. Mais pour les autres qufiHtés, que de ressemblances I L'une et l'autre sont des corps liquides ; des êtres créés, inanimés, des corps. Rien d'absurde qu'il se fasse un mélange de deux natures si rapprochées, que l'une soit absorbée par l'autre. Mais dans le cas de l'Incarnation, la différence est infinie, et telle, qu'il est impossible de trouver une image qui corresponde exactement à la vérité. L'on pourrait cependant montrer plusieurs choses qui s'unissent sans se confondre en restant chacune intacte.

Er, : Qui donc a jamais entendu parler de mélange sans fttsioR ?

Onh, : Je vais cependant vous forcer d'en convenir.

Er. : Si vos paroles me semblent conformes à la vérité, je ne prétends point m'y opposer.

Orth. : Répondez donc par oui ou par non, selon qu' il vous semblera convenable, aux questions que je vais vous poser.

Er, : Je répondrai.

Orth. : La lumière, quand elle paraît au matin, semble bien remplir toute l'atmosphère ?

Er. : Sans aucun doute.

Orth. : Et se répandre tout entière dans tout Tair ?

Er. : Cela aussi me semble évident.

Orth. : Et le mélange de l'air et de la lumière n'est-il pas tout à fait intime ?

Er. : C'est vrai.

Orth. : Et l'air ainsi illuminé, ne le voyons-nous pas lumière, ne le nommons-nous pas lumière ?

Er. : Incontestablement.

Orth. : Et pourtant, même quand la lumière est là, nous sentons les qualités do l'air: sécheresse ou humidité, chaleur ou fraîcheur ?

Er. : Nous les sentons.

Orth. : Et quand la lumière a disparu, l'air reste-t-h ce qu'il était auparavant ?

Er. : Sans doute.

Orth. : Eh bien, considérez encore ceci : le fer plongé dans le feu, devient feu.

Er. : Certainement.

Orth. : Et le feu pénètre toute sa substance ?

Er. : Oui, sans doute.

Orth. : Comment se fait-iî donc que cette union étroite, cette pénétration tout à fait intime ne change pas la h ature du fer ?

Er* : Mais elle )a chungf complètomont ; csr rn r.y

830 |.ES ALEXA^p^IIÎ^

l'appelle plus du fer, ipaig du feu, ce fer a la môme activité que |e feu.

Orth. : Le forgeron ne Pappelle-t-il donc plus du fer, ne le met-il plus sur Tenclume, ne le frappe-t-il plus avec le marteau ?

Er. : Il faut bien reconnaître que si.

Orth. : Le contact avec le feu n'a donc point altéré la nature du fer. — Si donc l'on peut trouver dans le domaine des corps certains mélanges sans confusion, c'est une étrange folie de parler de confusion quand il s'agit 4^ 1^ nature qui ne peut être ni endommagée, ni changée ; de parler de la disparition de la nature qui a été prise, surtout quand cette nature a été prise pour le bien du genre humain.

Uinfluence exercée par les théologiens d'Antioche est loin d'être comparable à celle qu'aura sur la pensée grecque à partir du v® siècle la seconde école d'Alexandrie, et son plus illustre représentant saint Cyrille. Neveu de l'archevêque Théophile, l'implacable ennemi de saint Jean Chrysostome, Cyrille a succédé à son oncle en 412 sur le siège patriarcal d'Alexandrie. De son oncle il a hérité l'audace, l'esprit de décision, la manière forte ; mais il joint à tout cela une culture théologique de premier ordre, qui va faire de lui l'arbitre de l'Orient. En 428 les doctrines que propage ou favorise à Constantinople le patriarche Nestorius, antiochien d'origine, commencent à susciter une émotion qui se répand vite à Alexandrie et en Occident. Imbu de la christologie antiochienne, qui sacrifierait assez facilement l'unité de la personne du Sauveur, Nestorius a protesté contre le titre de Mère de Dieu {Theotocos) donné depuis longtemps déjà à la Vierge Marie. En combattant cette hérésie naissante, Cyrille sert en même t«|f||>f lf9 intérêts df la fpi «f; c^ux, infiniment

SAINT CYRILLE d'aLÉXANDRIE 331

moiÉs reipectâbles, des préteationfi alexandrines conti'è Antioche et Constantinople. Ayant reçu du pape Célestih commission de procéder contre Nestorius, il publie contré celui-ci les douze fameux anathèmes, qui, faute d'explications suffisantes, pourraient faire penser que Cyi'ille verse dans l'hérésie opposée à celle qu'il combat. Les défendre, les expliquer ce va être désormais toute la xie du patriarche. Il est l'âme du concile d'Éphèse en 431, et les procédés un peu sommaires par lesquels il assure sa propre victoire vont compromettre pendant plusieurs années la paix de l'Orient. Bruyamment les évêques antiochiens, tout en abandonnant la cause de Nestorius, se séparent d'Alexandrie, et condamnent les ànathématismes. La paix ne sera rétablie qu'en 434 ; théologien consommé le patriarche d'Alexandrie explique les équivoques de ses premières formules, il consent à accepter la profession de foi rédigée par Jean l'archevêque d' Antioche, celui-ci en définitive se montre tout aussi conciliant, et les anathématismes dûment expliqués sont finalement acceptés. « Que les cieux sa réjouissent, que la terre exulte », peut écrire Cyrille au lendemain de ces négociations laborieuses, qui vont rétablir pour quelques années la paix religieuse. Mais le monophysisme devient de plus en plus menaçant, il essaie de s'abriter derrière l'autorité de Cyrille ; celui-ci aura la force de le contenir jusqu'à sa mort, 27 juin 444. Lé successeui" de Cyrille, Dioscot-e, passera le premier à l'ennemi. Les pièces que l'on trouvera ici de l'œuvre immense d© Cyrille sont les plus importantes de la controverse contre Nestorius. Elles préciiseront la position exacte de la christologie alexandrine.

La Vierge Marie a droit au titre de Mère de Dieu, (^/?w/. 1 ^)

Je n'ignore point que votre vie est sainte, digne d'admiration, que votre orthodoxie est pure de tout alliage ; mais je suis fort troublé en apprenant que deà rumeurs fâcheuses circulent parmi vous et que des gens

1. BxtrAit d'n&e lëttrô adtisssée aux moin{« Égypti«ift pour déoon' car las prédications hérétiques de Nestorius.

parcourent vos cellules, pour pervertir la simplicité de votre foi. Entre autres vaimes paroles qu'ils répandent, ils posent cette question: Faut-il, ou ne faut-il pas appeler Marie la Mère de Dieu ? Mieux vaudrait, sans aucun doute, s'abstenir de semblables questions, ne point creuser des problèmes, qui pour ceux-là mêmes qui sont de jugement sain et d'esprit assuré, ne seront jamais connues que comme dans un miroir et en énigme. De telles subtilités dépassent singulièrement la portée des simples. Mais puisque vous n'êtes pas sans les avoir entendu discuter, puisque, selon toute probabilité, il ne manquera point de sophistes qui voudront instiller à vos âmes sans défense le poison qu'ils ont eux-mêmes avalé, j'ai pensé qu'il y avait quelque chose à vous dire sur tout ceci. Non certes pour développer en vous le goût de la dispute, mais pour vous mettre à même, en l'occurrence, de riposter à ces vains discoureurs, pour vous faire échapper à l'erreur, pour vous permettre de rendre service par des arguments convenables à vos frères en désarroi, en les persuadant de conserver dans leurs âmes comme une perle de grand prix l'antique foi que les saints apôtres ont transmise aux Églises.

Je m'étonne donc qu'il y ait des gens pour poser cette question : Faut-il, ou ne faut-il pas appeler la sainte Vierge Mère de Dieu? Car si Notre-Seigneur Jésus-Christ est Dieu, comment la Vierge qui l'a mis au monde ne serait-elle pas la Mère de Dieu ? C'est la croyance que nous ont transmise les saints apôtres, même s'ils ne se sont pas servis de ce terme. C'est l'enseignement que nous avons reçu des saints Pères. Et tout particuhèrement notre Père de vénérable mémoire, Athanase, qui pendant quarante-six ans a illustré le siège d'Alexandrie, qui a opposé aux inventions des hérétiques impies une sagesse invincible et digne des apôtres, Athanase qui a embaumé du parfum de ses écrits l'univers tout entier,

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à qui tous rendent témoignage pour son orthodoxie et sa piété, Athanase, au troisième livre du traité qu'il a composé sur la Trinité sainte et consubstantielle, appelle à plusieurs reprises la sainte Vierge, Mère de Dieu. Je vais citer textuellement ses propres paroles : « La sainte Écriture, nous l'avons fait remarquer bien souvent, se caractérise principalement en ceci, qu'elle rend au sujet du Sauveur un double témoignage. D'une part il est le Dieu éternel, le Fils, le Verbe, le resplendissement et la sagesse du Père ; d'autre part en ces derniers temps et pour notre salut il a pris chair de la Vierge Marie, Mère de Dieu, et s'est fait homme. » Et un peu plus loin : « Il y a eu beaucoup de saints ; il y a eu des hommes exempts de tout péché : Jérémie a été sanctifié dès le sein maternel, Jean encore porté dans les entrailles de sa mère, a tressailli d'allégresse à la voix de Marie, la Mère de Dieu. » Ainsi parle cet homme considérable, si digne d'inspirer confiance, car il n'aurait jamais rien dit qui ne fût conforme aux saintes Ecritures...

D'ailleurs l'Écriture divinement inspirée déclare que le Verbe de Dieu s'est fait chair, c'est-à-dire s'est uni à une chair douée d'une âme raisonnable. A sa suite le grand et saint concile de Nicée enseigne que c'est le même Fils unique de Dieu, engendré de la substance du Père, par qui tout a été fait, en qui tout subsiste, qui pour nous autres hommes et pour notre salut est descendu des cieux, s'est incarné, s'est fait homme, a souffert, est ressuscité, et reviendra un jour comme juge ; le Concile nomme le Verbe de Dieu : le seul Seigneur Jésus-Christ. Et que l'on observe bien qu'en parlant d'un seul Fils, et en le nommant le Seigneur, le Christ- Jésus, le Concile déclare qu'il est engendré par Dieu le Père, qu'il est le Monogène, Dieu de Dieu, lumière de lumière, engendré, non créé, consubstantiel au Père... Et dès lors la sainte Vierge peut être appelée à la fois

Mère du Christ, et Mère de Dieu, car elle a mis au monde non point un homme comme nous, mais bien le Verbe du Père qui s'est incarné et s'est fait homme.

Mais dira-t-on : « La Vierge est-elle donc mère de la divinité ?» A quoi nous répondons. Le Verbe vivant^ subsistant, a été engendré de la substance même de Dieu le Père, il existe de toute éternité, conjointement avec celui qui l'a engendré, il est en lui, avec lui. Mais dans la suite des temps, il s'est fait chair, c*est-à-dire s'est uni une chair possédant une âme raisonnable, dès lors on peut dire qu'il est né de la femme^ selon la chair. Ce mystère d'ailleurs a quelque analogie avec notre génération même. Sur la terre en effet les mères, d'après les lois mêmes de la nature, portent dans leur sein un fruit, qui, obéissant aux mystérieuses énergies déposées par Dieu, évolue et finalement se développe en forme humaine ; mais c'est Dieu qui dans ce petit corps met une âme de la manière que lui seul connaît. CPest Dieu qui façonne Vâme de Vhomme^ dit le prophète. Or autre chose est la chair, autre chose est l'âme. Pourtant bien que les mères aient produit le corps seulement, on ne laisse pas de dire qu'elles ont mis au monde l'être vivant, corps et âme ,et non point seulement une de ses parties. Nul ne dirait par exemple qu'Elisabeth est la mère de la chair (sarcotokos), qu'elle n'est pas la mère de l'âme ipsychotokos) ; car elle a mis au monde Jean-Baptiste, avec son corps et son âme, cette personne unique l'homme, composé de corps et d'âme. C'est quelque chose de semblable qui se passe à la naissance de l'Emmanuel. Il a été engendré, avons-nous dit, de la substance du Père, étant son Verbe, son Fils unique ; mais quand il a pris chair, et qu'il s'est fait Fils de l'homme, il n'y a, ce me semble, aucune absurdité à dire, et bien plutôt il est nécessaire de confesser, qu'il est né de la femme selon la chair. Exactement comme l'on dit que l'âme d

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l'homme naît en même temps qufi son corps, et ne fait qju'un avec lui, bien qu'elle en diffère complètement quant à la nature.

L'union des deux natures en Jésus- Christ. (Epist. 4^)

Le saint et grand concile de Nicée a déclaré que c'était le même Fils unique, engendré de la substance même du Père, vrai Dieu de vrai Dieu, lumière de lumière, par l'intermédiaire duquel le Père a tout créé, qui est aussi descendu du ciel, s'est incarné, s'est fait homme, a souffert, est ressuscité le troisième jour et est monté aux cieux. Telles sont les paroles, tels sont les enseignements auxquels nous devons nous attacher, en nous demandant ce que signifient ces mots : le Verbe de Dieu s'est incarné, et s'est fait homme. Nous ne disons pas que la nature du Verbe, par je ne sais quel changement, s'est transformée en chair, ni même qu'elle s'est transformée en un homme complet, composé de corps et d'âme, mais nous soutenons que le Verbe s'est uni hypostatiquement la chair animée par une âme raisonnable, est devenu homme d'une façon inexprimable et incompréhensible, s'est appelé dès lors le Fils de l'homme, non point seulement par bonne volonté, ni par bon plaisir, encore bien moins en en prenant seulement le personnage. Et quoique les natures soient différentes, elles sont unies néanmoins dans une véritable unité, un seul Christ, un seul fils résultant des deux ; non que la dualité des natures ait été supprimée à cause de l'union, mais parce que de la divinité et de l'humanité est formé par leur union mystérieuse et indicible un seul Seigneur, un seul Fils, Jésus- Christ. De la sorte celui qui avant tous les temps existe

1. Lettre adressée par Cyrille à Nestorius au début de Tannée 430. A la première session du concile d'Éphèse, 22 juin 431, elle fut ratifiée à l'unanimité par les évoques présents. On peut donc la con- Bidérer co]çime la déAnition flogmatique j3u Concile d'Éphèse.

et a été engendré par le Père, est dit naître de la femme selon la chair, non que sa nature divine ait pris dans la sainte Vierge un commencement d'existence, ni qu'il ait eu besoin d'être engendré encore après sa première production par le Père, — car il est insensé et inconvenant de soutenir que celui qui existe avant tous les temps, et qui est coéternel au Père, a besoin de naître une seconde fois pour arriver à l'existence. — Mais parce que, à cause de nous et pour notre salut, il s'est uni hypostatiquement la nature humaine, qu'il est né de la femme, pour cette raison il est appelé son fils selon la chair.

Car ce n'est pas un homme ordinaire qui est né de la sainte Vierge, et sur qui le Verbe de Dieu serait venu se reposer ; mais le Verbe s' étant uni à la chair dès le sein maternel, a bien voulu naître selon la chair, revendiquer comme la sienne propre la naissance selon la chair. C'est de cette façon encore que nous disons du Verbe qu'il a souffert et qu'il est ressuscité, non certes que le Verbe ait enduré dans sa propre nature les coups, les plaies faites par les clous et les autres tourments do sa passion : la divinité est impassible, étant incorporelle ; mais le corps, qui est devenu son propre corps, ayant souffert tout cela, nous pouvons vraiment dire que le Verbe a souffert pour nous ; car l'Impassible était dans un corps capable de souffrir. Et c'est encore de la même manière que nous pensons au sujet de sa mort. Par nature le Verbe de Dieu est immortel, incorruptible, il est la vie, et il la donne. Mais comme son corps, par la miséricorde de Dieu, a goûté à la mort pour nous, comme dit saint Paul, on peut dire vraiment que le Verbe a souffert la mort pour nous ; non point que le Verbe ait fait l'expérience de la mort, ou que celle-ci ait pu atteindre sa nature, (ce serait une stupidité de le dire ou de le penser), mais parce que, comme nous venons de le dire, sa chair a goûté la mort. Somblablement, comme sa chair. côl

SAIKT CYRILLE d'aLEXANDRIE 337

resbuscitée, on parle de la résurrection du Verbe, non point que le Verbe soit descendu dans la corruption du I tombeau, non certes ; mais encore une fois parce que 8on corps est ressuscité.

Ainsi nous confesserons un seul Christ, un seul Seigneur : nous ne dirons point que nous adorons Vhomme en même temps que le Verbe, ^ afin de ne point introduire ridée de division en disant en même temps, mais bien que nous adorons un seul et même être \ car il n'est point étranger au Verbe ce corps, avec lequel il siège maintenant à la droite de Dieu son Père. Nous ne dirons pas que les deux Fils se sont unis ^, mais que, par suite de l'union, il n'y a qu'un seul Fils, avec sa propre chair. Or si nous écartons comme incompréhensible ou méprisable l'union hypostatique, nous en arrivons à parler de deux Fils. Car il est alors absolument nécessaire de distinguer d'une part l'homme à proprement parler, qui a été honoré de l'appellation de Fils, et d'autre part le Verbe divin qui a par nature le nom et la réahté de Fils. Mais il est absolument interdit de div-iser en deux Fils le seul Seigneur Jésus-Christ.

D'autre part, il n'y aurait aucune utiUté pour la foi orthodoxe à professer cette vérité, si l'on parlait après cela de l'union de deux personnes. Car l'Écriture ne dit pas que le Verbe s'est uni la personne d'un homme, mais qu'il s'est fait chair. Or que le Verbe se soit fait chair, cela signifie tout simplement qu'il a participé comme nous au sang et à la chair. Il s'est donc fait un corps semblable au nôtre, et il a été mis au monde comme

1. Formule proposée par Nestorius, et qui décelait l'insuflisance de sa christologie. — 2. La théologie actuelle, suivant en cela la terminologie romaine, dirait une seule et même personne. Mais ce mot de personne n'était pas familier aux théologiens d'Alexandrie. — 3. C'était une hérésie déjà condamnée en 380 par le pape Damase et par l'épiscopat d'Orient, t Nous anathématisons ceux qui parlent de deux Fils, l'un qui existait avant tous les siècl«s, l'autre qui txiate apréi rincamation. >

homme p^ la Vierge Marie, m^is |1 n*a point déposé pour ,cela son essence divine, sa dignité de Fils dp Père céleste, mais sous ^'apparence de la chair, il est demeuré ce qu'il était. Voilà ce qu'enseigne partout et toujours la foi qrthodoxe ; voilà ce qu'on trouvera dans tous les saints pères. Aus^i ces derniers ont-ils osé appeler la sainte Vierge, Mère de Dieu. Non point certes (jue la nature du Verbe, sa divinité, ait eu son commencement jians 1^ Vierge Marie, mais parce que celle-ci a mis au monde ce corps saint^ animé par une âme rai^oni^able, auquel Je Verbe s'est uni hypostatiquement.

Voilà ce qu'aujourd'hui la charité du Christ me pousse à vous écrire, et je vous suppUe, comme l'on fait un frère, en présence de Dieu et des saints anges, de vouloir bien penser et enseigner comme nous. Ce sera le moyen de sauver la paix des ÉgHses, le Hen de l'unité et de la charité, entre les prêtres de Dieu. Saluez tous vos frères ; nos frères aussi vous saluent en même temps que nous.

Les douze anathématismes ^.

1) Quiconque ne reconnaît pas que l'Emmanuel est véritablement Dieu, et que par suite la Sainte Vierge

1. La lettre précédente était du début de 430 ; Nestorius y répondit surun ton assez aigre ; Cyrille alors s'adressa au pape Célestin. Celui-ci, dans une réponse délibérée en un concile romain (août 430), déclara inacceptable l'enseignement de Nestorius et donna commission à Cyrille d'obtenir du patriarche de Constantinople une rétractation, faute de quoi Nestorius serait déposé. Cyrille réunit ses suffragants en concile (novembre 430) et leur fit adopter la lettre par laquelle il sommait l'évêque de Constantinople de rétracter ces erreurs. Le long formulaire dogmatique se terminait par les douze anathématismes ci-dessus. Mais ici Cyrille dépassait singulièrement ses pouvoirs ; ce qu'il imposait à Nestorius, ce n'était pa« la foi commune des Eglises, mais une théologie spéciale reçue à Alexandrie, mai^ inconnue à Rome, et très mal vue en Syrie. — Ces anathématismçs njont pas été adoptés bien qu'on l'ait dit parfois, par le Concile d'Éphèse. Susceptibles, sans aucun doute, d'une ir^terprétation orthodoxe, ils pouvaient se prêter également à d'autres explications, ^t pij fait les monophysites ç'appuieront sur çu^.

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est mère de Dieu, puisqu'elle a donné naissance, selon la chair, au Verbe de Dieu fait chair : qu'il soit anathème.

2) Quiconque ne confesse pas que le Verbe de î)ieu le Père s'est uni hypostatiquement à la chair, et est un seul Christ, avec sa propre chair, lui-rnême étant à la fois Dieu et homme tout ensemble : qu'il soit anathème.

3) Quiconque dans le Christ un, divise les hypostases après l'union, les associant par une simple association de dignité, ou d'autorité et de puissance, au lieu d'admettre entre elles une union physique ^ : qu'il soit anathème.

4) Quiconque divise entre deux personnes ou hypostases les expressions employées au sujet du Christ dans les écrits évangéhques et apostoliques, ou bien encore par les saints ou par le Christ lui-même, attribuant les unes à l'homme, considéré à part du Verbe de Dieu le Père, et les autres au seul Verbe de Dieu le Père : qu'il soit anathème. *

5) Quiconque ose dire que le Christ est un homme qui porte Dieu {tkèophore), au lieu de dire qu'il est vrai Dieu, qu'il est le Fils unique et par nature, même en tant que Verbe fait chair, et participant comme nous au sang et à la chair : qu'il soit anathème.

6) Quiconque ose dire que le Verbe de Dieu le Père est le Dieu et le maître du Christ, au lieu de reconnaître que le Christ lui-même est tout à la fois Dieu et homme, puisque, conformément à l'Écriture, k Verbe s'est fait chair : qu'il soit anathème.

7) Quiconque affirme que Jésus est mû comme homme par le Verbe divin, et que la gloire de Fils unique

1. C'était l'expression la plus équivoque des anathémaiismes, caf . on pourait entendre que cette union physique, natui^lle, amenait la confusion des deux natures en une seule (monophysisme). Dans ses explicaiîônâ ultérieures, Cyrille a malntenil d'une ftianière tt^ précise la distinction des deux natures, après l'union. — 2. Voir p. 842, n. 2, l'explication que Cyraie s«ra centraiRt plus tar^ d'ajouter.

lui a été surajoutée comme à quelqu'un de distinct du Fils unique : qu'il soit anathème.

8) Quiconque ose dire que l'homme pris par le Verbe doit être coadoré, et conglorifié, et connommé Dieu avec le Verbe divin, comme un autre avec un autre (la particule co, {syn), suggère en effet cette idée de dualité) au lieu d'honorer l'Emmanuel d'une seule adoration et de lui accorder une seule glorification en tant que Verbe t fait chair : qu'il soit anathème. *

9) Quiconque dit que l'unique Seigneur Jésus-Christ est glorifié par l'Esprit-Saint, qu'en se servant de la puissance du Saint-Esprit il se sert d'une puissance étrangère, qu'il a reçu de l'Esprit la puissance sur les mauvais démons et celle de faire des miracles en faveur des hommes, au lieu de reconnaître son propre i Esprit dans celui qui a fait des miracles : qu'il soit anathème.

10) La Sainte Écriture dit que le Christ est devenu le grand-prêtre et l'apôtre de notre confession, et qu'il s'est offert en odeur de suavité à Dieu le Père. Si donc quelqu'un dit que notre grand-prêtre et notre apôtre n'est pas le Verbe de Dieu lui-même, fait chair et homme comme nous, mais un autre distinct de lui, homme né de la femme ; ou bien si quelqu'un dit qu'il offre le sacrifice pour lui-même et non pas seulement pour nous (celui-là n'ayant pas besoin d'offrir de sacrifice qui n'a pas commis le péché) : qu'il soit anathème.

11) Quiconque ne confesse pas que la chair du Seigneur donne la vie, et qu'elle est la propre chair du Verbe divin, mais prétend qu'elle appartient à uii autre que lui, qui ne lui est uni que par la dignité, et qui a servi de demeure à la divinité ; au lieu de déclarer, ainsi que nous ]e faisons, que cette chair donne la vie, parce qu'elle est la propre chair du Verbe qui a la puis-

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