‹ Le dogme catholique dans les pères de l'égliseChapitre 133 sur 150 · MAXIME LE CONFESSEUR · texte numérisé non relu

MAXIME LE CONFESSEUR

Discussion entre Maxime et le patriarche Pyrrhus sur les deux volontés dans le Christ.

Pyrrhus ^ : Que t'ai-je fait, abbé Maxime, ou que t'a fait mon prédécesseur pour que tu dises partout que lous sommes hérétiques ? Qui t'a donné plus que moi des marques de respect, quoique je ne t'eusse jamais

vu ?

Maxime : Il est vrai, et Dieu en est témoin, nul, pour me servir de tes paroles, ne m'a autant marqué d'honneur et de vénération que vous. Mais depuis que vous avez, l'un et l'autre, porté atteinte au dogme chrétien, j'ai estimé dangereux de préférer vos bonnes grâces à la

vérité.

Pyr. : En quoi donc avons-nous porté atteinte au

dogme chrétien ?

Max. : En enseignant l'existence dans le Christ d'une seule volonté, divino-humaine ; et non seulement en le pensant mais en exposant cette doctrine à toute l'ÉgHse, pour sa perte dans votre fameuse Ecthèse. ^

Pyr. : Eh quoi 1 celui qui enseigne l'existence d'une seule volonté dans le Christ, te semble donc ébranler la doctrine chrétienne ?

Max. : Certes ; car quoi de plus inconvenant que de dire : Cette même volonté, qui avant l'incarnation a tiré l'univers du néant, qui le maintient, l'administre, le gouverne, cette même volonté, après l'incarnation, a désiré de manger et de boire, de changer de Heu, de faire tant d'autres choses, qui sont, sans doute, exemptes de tout blâme, mais qui devaient manifester l'existence d'une vraie nature humaine.

1. Pour des raisons surtout politiques, le patriarche de Constan tinople Pyrrhus avait donné sa démission en 641 et avait quitté Constantinople. — 2. Ecthèso, en proposition de foi* imposée par fe gouvernement impérial.

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Pyr, : Si le Christ n'est qu'une seule personne, c'est cette personne qui voulait, et par conséquent il n'y a qu'une seule volonté.

Max. : Parler, sans avoir défini clairement les termes que l'on emploie, c'est s'exposer à tout confondre, et laisser dans Tobscurité le point en discussion. Ce n'est point le fait d'un homme intelligent. Dis-moi donc : Le Christ est un ; est -il simplement Dieu ou simplement homme ; ou n'est-il pas l'un et l'autre ; Dieu et homme tout à la fois ?

Pyr, : Évidemment ; il est à la fois Dieu et homme.

Max. : Le Christ étant Dieu et homme, veut comme Dieu et comme homme, et toujours d'une manière conforme à la nature mise en jeu ; aucune nature n'a été dépouillée de sa volonté et de son activité. De même que les deux natures qui sont dans le Christ, ne le divisent cependant pas, de même le Christ n'est pas divisé par les deux volontés et les deux opérations.

Pyr. : Mais deux volontés imphquent deux personnes qui veulent.

Max. : C'est en effet ce que vous avez soutenu dans vos écrits ; et c'est un paralogisme. Et vous l'avez imposé non pas le raisonnement mais par la force, prenant comme appui l'empereur HéracUus ; vous avez voulu concourir à son entreprise impie et détestable, et vous lui avez donné votre bénédiction. — Mais si l'on admet que deux volontés supposent deux personnes qui veulent, il faut admettre nécessairement, et par réciprocité que plusieurs personnes supposent aussi plusieurs volontés. Apphquons ce principe à la bienheureuse Trinité ; il faudra dire avec Sabellius : puisqu'il n'y a en Dieu qu'une \ seule volonté, il n'y a donc aussi qu'une seule personne divine, ou au contraire, dire avec Arius : il y a trois personnes, donc trois volontés, donc aussi trois natures ; car d'après la doctrine des Pères, la différence de»

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volontés implique une difléronce des natures... Du reste les Pères enseignent, ainsi que les saintes Écritures que le Seigneur a voulu et a opéré, par ses deux natures,

notre salut.

Pyr • Prouve-moi cela, je te prie.

Max ■ On lit dans l'Évangile : Le lendemain Jésus çoulut aller en Galilée.^ Ovû n'y avait évidemment que son humanité qui ne fût pas en Galilée, car comme D.eu il était partout. C'était donc comme homme qu il voulait aller en Galilée, et, par conséquent, il a comme homme une volonté. Ailleurs il dit encore :/e <^euxque là oà je suis, là aussi ^ous soyez. » Comme D.eu le Christ est au-dessus et en-dehors du lieu. Dieu n'est pas dans un heu déterminé. Mais une nature créée est nécessairement dans un lieu ; c'est donc en tant qu homme qu il veut que là où il sera là aussi soient les disciples. Donc en tant qu'homme, il a une volonté. Ailleurs encore le Christ dit : rai soif ; et on M donna du .m mêle de fie, et rayant goûté, il ne .ouitt^ /.a* ftotre. » Suivant laquelle de ses natures, dirons-nous qu'il avait soif ? Est-ce comme Dieu ? Mais alors la divinité est passible, elle demande la boisson. N'est-ce pas plutôt comme homme ? Et c'est la nature humaine qui lui tait refuser ce qui ne lui convient pas. Donc en tant qu'homme il a une

^°L'Évangile dit encore : Jésus circulait en Galilée, il ne voulait plus en effet se montrer en Judée, parce que les Juifs voulaient le «er. «Le fait de marcher est bien de la nature humaine, unie d'ailleurs hypostatiquement à la divinité ; c'est donc comme homme que le Christ circulait en Gahlée et ne voulait plus aller en Judée. Et donc en tant qu'homme il a une volonté...

Et ailleurs, dans l'Épttre aux Hébreux », le grand

1. Jean. .. 43. - 2, Jean, x.v, 3. - 3 Jean, -'-t}'^^- *" ■""''• xn, 1. — 5. En réalité texte de IVpItfe »ni Phil.ppwns-

^^^ »ANs l'Église grecque

Apôtre dit do lui : Il s'est fait obéissant jusqu'à la mort, et a la mort de la croix> Est-ce volontairement qu'il a obei, ou contre son gré ? Si c'est contre son gré. il ne faut pas parler d'obéissance : il a subi une tyrannie '; c'est tout. Mais SI c'est volontairement, ce n'est point comme I Dieu qn il se fit obéissant, mais en tant qu'homme. Car 1 comme le dit Grégoire le théologien, il n'est, en tant que Dieu, m desobéissant, ni obéissant. L'obéissance étant exclusivement le fait des inférieurs. Et donc, encore une lois, en tant qu'homme il a une volonté

Au Psaume xxxix, le saint roi David fait dire au thnst : T ous avez refusé les sacrifices et les oblations, maisçous m avez donné un corps. Les holocaustes et les sacrifices pour le péché mus ne les acceptiez pas, alors j| jai dit : Me voici, je viens. En tête d'un livre, il a été écrit '' rfe «oi î«. / accomplisse votre volonté. Je le veux, ô mon Vieu. ^ul ne contestera, ce me semble, que c'est en tant que le Christ est un homme, que le Père peut être appelé son Dieu, de même qu'il est appelé son Père, en tant que le Christ est Dieu et non en tant qu'il est homme. S il en est ainsi, c'est donc aussi en tant qu homme et non en tant que Dieu, que le Christ a voulu faire la volonté de son Père. Car en tant que Dieu sa volonté se confond avec celle du Père, puisqu'il lui est consubstantiel Dés lors ce n'est pas seulement comme Dieu, consubstantiel au Père, qu'il a une volonté ma^s encore H a une volonté, en tant qu'homme, consubstantiel a nous. Il convient d'ailleurs de remarquer que ces paroles du Psaume que nous venons d'exposer. 1 Apôtre, dans 1 épltre aux Hébreux, les a textuellement ' attribuées au Christ.

D'autre part Moïse racontant la genèse de l'homme met en scène Dieu qui s'exprime ainsi : Faisons l'homme a notre image et ressemblance. ' Si donc l'homme est à

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