MAXIME LE CONFESSEUR
l'image de la nature divine, et si la nature divine est libre, l'image Test aussi. Et si cette image conserve vraiment la ressemblance de l'archétype divin, elle est libre par nature. Si de plus, celui qui était par nature l'archétype divin, est devenu aussi par nature l'image, il possède donc aussi deux volontés, suivant ses deux natures. Car nous avons montré, d'après les Pères, que volonté et liberté se confondent...
Pyrrhus : Mais comment expHquez-vous que le Pape Honorius, dans sa lettre à mon prédécesseur, n'ait parléj lui aussi, que d'une seule volonté ?
Max. : Quel est donc le meilleur interprète de cette lettre, est-ce celui qui l'a rédigée au nom d' Honorius, celui qui, vivant encore aujourd'hui, honore l'Occident par sa science et sa piété ; ou bien sont-ce les gens de Constantinople, qui disent simplement ce qui leur passe par la tête ?
Pyr. : Le rédacteur de la lettre, évidemment.
Max. : Eh bien ce rédacteur, qui fut encore chargé par le bienheureux pape Jean d'écrire à l'empereur Constantin, déclare en propre terme : « En parlant d'une seule volonté dans le Seigneur, nous n'avions pas en vue sa divinité et son humanité, mais simplement cette dernière. Sergius nous avait écrit que certains prétendaient qu'il y avait dans le Christ deux volontés opposées, et nous lui avons répondu : « Le Christ n'avait pas deux volontés contraires ; celle de la chair et celle de l'esprit, comme nous les avons nous-même depuis la transgression originelle. Il n'avait qu'une seule volonté, celle qui est propre à la nature humaine ^. » C'est là l'explication exacte des paroles d' Honorius, et la preuve, c'est qu'il
1. En d'autres termes, il n'y avait point dans la volonté humaine du Christ la lutte entre les tendances élevées et les appétits inférieurs, que le péché originel a mise en nous. Cette doctrine d' Honorius était orthodoxe.
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y est question des membres et de la chair, dont vraiment l'on ne saurait parler à propos de la divinité. D'ailleurs Honorius lui-même avait prévu l'objection possible ; « Si quelqu'un nous demande : Pourquoi donc parlez^ | vous seulement de l'humanité du Christ et ne faitesvous même pas mention de sa divinité ? nous répondrons : D'abord que nous n'avons à répondre qu'à la < question posée. Ensuite que nous n'avons fait que suivre, ' ici, comme partout ailleurs, la coutume de l'Écriture, qui tantôt parle simplement de la divinité, par exemple quand l'Apôtre dit : le Christ puissance de Dieu et sagesse de Dieu,^et tantôt parle exclusivement de son humanité, par exemple quand saint Paul déclare : La folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que la force des hommes. »
Pyr. : Mon prédécesseur, ne faisant attention qu'aux j mots, a entendu cela d'une tout autre manière.
Max. : A parler franc, rien ne m'a tant éloigné de ton prédécesseur que son manque de consistance. Sans cesse il changeait de pensée et jamais il ne pouvait se tenir à un même sentiment. C'est par ses incertitudes et par les documents qu'il a voulu faire imposer, qu'il a mis le trouble et le schisme dans l'Église.
La discussion se poursuit longtemps encore^ soit sur des questions de personnes^ soit sur des points d'ordre plus théologique. En çoici la fin.
Pyrrhus : Tu as très bien prouvé qu'il ne faut en aucune manière parler d'une seule énergie, d'une seule opération dans le Christ. Mais pardonne-moi, pardonne à mes prédécesseurs : c'est par ignorance que nous en sommes venus à ces pensées absurdes et à ces tentatives désespérées. Je t'en supplie, trouve un moyen qui permette de remédier à ces misères et de sauver pourtant la mémoire de ceux qui ont erré,