IL SAINT FULGENCE DE RUSPE
Fulgence, évêque de Ruspe dans la Byzacène (Tunisie méridionale), est un des derniers survivants de la grande tradition augustinienne, sur la terre d'Afrique désormais conquise par les Vandales ariens. Né en 468 à Telepta, il a connu dans sa jeunesse toutes les horreurs de la persécution dirigée par les rois barbares contre les catholiques fidèles à l'orthodoxie. Après de multiples pérégrinations, Fulgence peut rentrer dans sa province natale et y construire un monastère. L' évêque du diocèse lui confère la prêtrise ; et en 508 Fulgence est élevé sur le siège épiscopal de Ruspe qu'il devait rendre célèbre. Il est banni en Sardaigne avec soixante de ses collègues par le roi Thrasamonde. Rappelé en 515, il est banni de nouveau en 519. C'est seulement en 523, sous le règne de Heldérich qu'il peut rentrer définitivement à Ruspe. Il y mourra dix ans plus tard en 533.
Cette vie agitée n'a pas empêché Fulgence d'être un écrivain fécond. Deux points surtout l'ont préoccupé : la lutte contre l'arianisme importé en Afrique par les Barbares, et d'autre part la défense de la doctrine d'Augustin sur la prédestination et la grâce contre ceux que l'on appellera plus tard les semi-pélagiens. Sur ce dernier point, Fulgence a poussé à l'extrême les points principaux et caractéristiques de l'enseignement augustinien. Un de ses traités est intitulé : De la double prédestination : Vune des bons à la gloire, Vautre des méchants à r enfer. C'est la partie la plus contestable de
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son œuvre. Le Concile réuni à Orange en 529 sous la présidence de Césaire d'Arles, se montrera moins dur dans ses conclusions.
Le passage suivant est emprunté à un charmant écrit de Fulgence intitulé : La règle de la vraie foi ; il nous fera connaître le développement que prend en Occident la théologie des anges, à peu près au même moment où le Pseudo- Aréopagite la formulait en Orient.
La doctrine des Anges. {De fide, 28-34.)
Dieu, créateur suprême des êtres corporels et incorporels, montre bien que lui-même n'a point de corps, par le seul fait qu'à certains corps il n'a point donné la vie, alors qu'il est le créateur de tous les corps. Luimême, il est naturellement vie, car s'il n'était point vie, il n'aurait point fait les corps non vivants. Car nul ne peut faire un être non vivant, si ce n'est un vivant. On en conclut que les corps non vivants ne sauraient êire de la même nature que Dieu. Mais pas davantage lionl plus les corps dans lesquels Dieu a mis des âmes matérielles, sans raison, pour donner à ces corps la vie et la sensibilité. Et ces âmes elles-mêmes ne sauraient être de la même nature que Dieu ; sans doute Dieu les a mises dans les corps pour leur donner la vie et la sensibilité, mais il ne leur a point accordé la lumière de l'intelligence,' qui leur permettrait de connaître ou d'aimer leur créateur.
Et quant aux esprits doués de raison et d'intelligence,' qui oserait déclarer dans l'aveuglement de son cœur,| qu'ils sont de la même nature que Dieu, alors que Dieu est par sa nature même absolument immuable et immense. Ce Dieu qui n'admet en lui-même aucune diversité, aucune distinction, sait montrer dans ces mêmes esprits qu'il a créés raisonnables et intelhgents,; la diversité de ses opérations. Dans certains de ces