‹ Le dogme catholique dans les pères de l'égliseChapitre 144 sur 150 · SAINT FULGENCE DE RUSPE · texte numérisé non relu

SAINT FULGENCE DE RUSPE

usage de leur libre arbitre contre le commandement du créateur, sur le champ même ils perdraient le bonheur ; ils ne resterait plus aux coupables qu'une éternité de misère et de supplices, d'erreurs et de tourments. Et en ce qui concerne les anges, Dieu avait arrêté que si quelqu'un d'entre eux perdait la rectitude do la volonté, il ne pourrait jamais la réparer.

Or une partie des anges s'est volontairement éloignée de son créateur, seul bien qui pouvait rendre heureuses ces créatures. Et par un juste jugement de la suprême équité, ces anges ont trouvé dans le mouvement même de leur volonté le principe et le début de leur damnation. La punition a commencé pour eux au moment même où ils se détournaient du bien suprême. Et Dieu décréta de les laisser pour toujours au supplice éternel, il prépara pour eux le feu éternel. Et dans cet enfer, les anges prévaricateurs ne cesseront jamais ni de vouloir le mal ni d'en être puni. En eux subsiste toujours ce mal qu'est l'injuste aversion de Dieu, et toujours il est châtié, par une juste rétribution. Le chef de ces anges mauvais, le diable, en induisant par jalousie les premiers hommes au péché, a déposé non seulement en ceux-ci mais dans tous leurs descendants en même temps que la souillure du péché, la condamnation à la mort éternelle. Mais Dieu qui est miséricordieux et juste. Dieu qui, au moment même où par leur propre volonté succombaient le diable et ses anges, confirmait dans son amour, pour l'éternité, les anges demeurés fidèles. Dieu n'a pas permis que toute la masse du genre humain périt pour l'éternité. Sa bonté toute gratuite, écartant les ténèbres dans lesquelles la condamnation du péché originel a plongé le genre humain, prédestine ceux d'entre les hommes qu'il veut ramener à la lumière. Et il montre tout spécialement que c'est par une faveur toute gratuite qu'il affranchit ces prédestinés des liens du péché originel, en aban-

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donnant les autres, les enfants surtout qui n'ont pu mériter par eux-mêmes ni en bien ni en mal, aux li(3ns indissolubles de la damnation éternelle. ^

m. SAINT CÉSAIRE D'ARLES.

Ce que Fulgence de Ruspe était pour l'Afrique dans les premières années du vi® siècle, Césaire, évêque d'Arles en Provence, l'était pour la Gaule romaine, envahie de toutes parts. Pendant les quarante années qu'il occupe le siège d'Arles (503-543), Césaire est la grande lumière de l'Église gallo-romaine, le grand évêque qui rétablit en toutes circonstances la discipline ecclésiastique si compromise parmi tant de troubles, l'infatigable prédicateur qui ne se lasse jamais de distribuer à son peuple la parole de Dieu. Pour l'historien du dogme, Césaire est avant tout l'inspirateur du deuxième concile d'Orange en 529. Les discussions sur la grâce et la prédestination, si vives en Provence dès l' époque de saint Augustin, avaient repris avec une nouvelle ardeur au début du vi^ siècle. Entre Augustiniens et Semi-Pélagiens, comme on appellera plus tard les adversaires du docteur d'Hippone, les controverses étaient arrivées à un diapason très élevé, et, comme il arrive d'ordinaire, des exagérations regrettables se produisaient dans les deux camps. Du côté des Augustiniens on professait une doctrine de la prédesti-. nation, qui pouvait aller jusqu'à la thèse si déprimante de la '■ réprobation positive des damnés. Dans l'autre camp, à force ; de combattre la prédestination antécédente, on s'égarait jusqu'aux frontières du Pélagianisme. Il devenait urgent, au , milieu de ces querelles, d'affirmer avec calme et simplicité la doctrine authentique de l'Église. Césaire envoya au Pape Félix IV (526-530), en lui demandant de -les approuver officiellement, une série de dix-neuf propositions empruntées à saint Augustin. Le Pape en retrancha huit, surtout relatives à la prédestination et à la réprobation (la prudence romaine n'entendait pas canoniser tous les points de la doctrine augustinienne) ; puis il y ajouta seize autres propositions tirées

1. C'est la pure doctrine augustinienne : tenir compte de la i remarque faite p. 275, n. 3.

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de saint Augustin et de son disciple le plus fidèle, Prosper d'Aquitaine. Césaire de son côté fit quelques retouches au document pontifical, et soumii le tout à l'approbation et à la signature des évêques réunis en Concile à Orange (3 juillet 529). Félix IV étant mort sur les entrefaites, ce fut Boniface II son successeur (530-532) qui répondit à l'évêque d'Arles. La décision prise par le synode, y disait-il, est conforme aux règles de foi enseignées par les Pères. — La doctrine de r Église sur ce point était définitivement fixée.

Canons du Concile d'Orange de 529 sur la grâce et le libre arbitre.

1) Celui qui prétend que le péché d'Adam a nui seulement à son corps et non point à son âme, à qui il aurait laissé le plein et parfait usage de sa liberté, celui-là est déçu par les erreurs de Pelage et contredit la sainte Ecriture qui dit : Vâme qui a péché^ mourra, ^ et encore : Ne savez-vous pas que lorsque vous vous rendez esclaves de quelqu'un pour lui obéir, vous êtes esclaves de -celui à qui vous obéissez ?^ou encore: On est esclave de celui par qui on a été vaincu. ^

' 2) Celui qui déclare que le péché d'Adam n'a nui qu'à son auteur et non point à sa descendance, ou du moins que seule la mort du corps, qui est la peine du péché, et non point le péché qui est la mort de l'âme. est passée d'Adam à tout le genre humain, celui-là attribue à Dieu une injustice et contredit l'apôtre qui déclare : Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort est passée dans tous les hommes, car tous ont péché. ^

3) Celui qui dit que la grâce divine est obtenue parce que l'homme la demande, mais que ce n'est point sous l'effet même de la grâce, que nous demandons le secours

1. Ézéchiel, xviii, 4. — 2. Romains, vi, 16. — 3. Romains, v, 12.

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divin, contredit à la fois et le prophète Isaïe et l'Apôtre qui rapporte ses paroles : J^ai été trouvé^ dit le Seigneur^ par ceux qui ne me cherchaient pas^ je me suis présenté à ceux qui ne m"* interrogeaient pas. ^

4) Celui qui prétend que pour nous purifier du péché Dieu attend notre volonté, celui qui ne confesse pas au contraire que, pour désirer être purifiés, il faut que nous ayons reçu l'infusion et l'action du Saint-Esprit, se met en contradiction avec le Saint-Esprit lui-même, qui dit par la bouche deSalomon: La volonté est préparée par le Seigneur ^^Qi avec l'Apôtre qui prêche cette vérité salutaire : Cest Dieu qui opère en nous, et le couloir et le faire, ^

5) Si quelqu'un pense qu'il en est du commencement de la foi comme de son accroissement, c'est-à-dire que le commencement de la foi, le pieux désir de croire, qui nous fait nous confier en celui qui justifie l'impie, et nous fait parvenir à la régénération par le saint baptême, n'est pas un don de la gi'âce, une inspiration du Saint- Esprit qui corrige notre volonté, et l'amène de l'infidélité à la foi, de l'impiété à la piété, mais que ce commencement se produit en nous naturellement, celui-là montre qu'il est l'adversaire des enseignements apostoliques. Car saint Paul dit expressément : Nous aidons confiance que Celui qui a commencé en vous la bonne œuçre^ la perfectionnera jusqu'au jour du Christ Jésus;* et encore : il vous a été donnée touchant le ChriM non seulement de croire en lui, mais aussi de souffrir pour lui ;^ et ailleurs : C^est la grâce qui vous a sauvés par la foi, et cela ne vUnt pas de vous, mais c'est un don de Dieu. ^ Ceux donc qui disent que la foi, qui nous fait croire en Dieu est natu-

1. Romains, x, 20, cf. Isaïe, lxv, 1. — 2. Proverbes, viii, 35, d'après le texte grec. — 3. Philippiens, ii, 13. — 4. Philippiens ,i, 6. — 5. Philippiens, i, 29. — Ephésiens^ ii, 8.

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relie, assimilent en quelque manière aux fidèles, tous ceux qui sont étrangers à l'Église du Christ.

6) Celui qui prétend que la miséricorde divine nous est acquise quand (par nos propres forces et) sans le secours de la grâce de Dieu nous croyons, voulons, désirons, faisons des efforts, travaillons, prions, veillons, nous efforçons, demandons, cherchons, frappons ; celui qui ne veut pas confesser au contraire que pour croire, vouloir, et faire convenablement tout ce qui vient d'être dit, il nous faut la grâce et l'infusion du Saint-Esprit ; celui qui prétend que le secours de la grâce vient s'ajouter à l'humilité et à l'obéissance, et ne consent pas à dire que c'est par le don même de la grâce que nous devenons humbles et obéissants, celui-là résiste à l'Apôtre, lequel déclare : Qu* avez-vous donc que vous n'ayez reçu ; ^ et ailleurs : Cest par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis. ^

7) Si quelqu'un assure que nous pouvons par les seules forces de la nature, et dans l'ordre du salut, penser ou choisir quelque chose de bien, donner par exemple notre assentiment à la prédication évangélique, sjirs l'illumination et l'inspiration du Saint-Esprit, qui donne à tous la douceur de consentir et de croire à la vérité, celui-là est égaré par l'esprit d'hérésie, et il n'entend point la parole de Dieu qui dit dans l'Évangile : Sans moi, cous ne pouvez rien jaire^^ni ce mot de l'Apôtre : Non que ?ious suffisions à former aucune bonne pensée par nous-mêmes, comme venant de nous ; mais notre suffisance vient de Dieu. *

8) Celui qui prétend que les uns parviennent à la

1. I Corinthiens, iv, 7. — 2. Corinthiens, xv, 10. — 3. Jean, xv,5. 4. II Corinthiens, m, 5.

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grâce du baptême par la miséricorde de Dieu, que d'autres au contraire peuvent y arriver par le libre arbitre, comme si celui-ci n'avait pas été \'icié en tous ceux qui sont nés de la prévarication du premier homme, celui-là montre qu'il est en dehors de la foi. Par de telles paroles en effet il déclare que le libre arbitre de tous n'a pas été affaibli par le péché du premier homme, ou du moins qu'il n'a pas été tellement lésé que quelques-uns ne puissent sans une révélation de Dieu atteindre par eux-mêmes le mystère du salut éternel. Or la fausseté de cette affirmation, c'est le Seigneur lui-même qui l'établit quand il déclare que nul ne peut venir à lui si Je Père lui-même ne Z'eniraf^ie,^ comme jl le dit lui-même à Pierre : Tu es heureux^ Simon fils de Jona^ car ce n'est ni la chair ni le sang qui t'a réi'élé cela^ mais mon Père^ qui est dans les cieux.'^Ki l'Apôtre dit aussi: Nul ne peut prononcer le nom du Seigneur Jésus que par le Saint- Esprit. ^

9) Sur le secours divin. — C'est un don divin, qui nous fait avoir de bonnes pensées et nous abstenir de la fausseté et de l'injustice. Chaque fois que nous faisons le bien. Dieu opère en nous et avec nous pour que nous puissions le faire.

10) Sur le secours divin. — Le secours divin doit être demandé par ceux-là mêmes qui ont été baptisés et guéris, afin qu'ils puissent parvenir à leur fin et persévérer dans le bien.

11) L'obhgation des vœux. — Nul ne peut rien consacrer et vouer à Dieu, qu'il n'ait déjà reçu de lui, selon qu'il est écrit : Ce sont les présents de ta main que nous te donnons. *

1. Jean, vi, 65. — 2. Matthieu, xvi, 17. — 3. I Corinthiens, xii, 3. 4. I Paralipomènes, xxx, 14.

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12) Comment Dieu nous aime. — Dieu nous aime tels qu'il voit que nous serons par sa grâce* et non tels que nous sommes par notre mérite.

13) Le relèvement du libre arbitre. — Le libre arbitre, affaibli dans le premier homme, ne peut être réparé que par la grâce du baptême. Une fois perdu, il ne peut plus être rendu que par celui qui a pu le donner, aussi la Vérité dit-elle : Quand le Fils vous aura délivrés^ alors seulement vous serez vraiment libres. ^

14) Aucun malheureux ne peut être délivré de sa misère, si grande qu'elle soit, s'il n'est prévenu par la miséricorde de Dieu, comme le dit le Psalmiste : Que bien vite ta miséricorde nous prévienne^ ô Seigneur ; et encore : Que ta miséricorde^ ô mon Dieu^ me prévienne. ^

15) L'état originel d'Adam a été modifié, mais en pis, par son péché. L'état de l'homme, tel que le péché l'a fait, est modifié dans le fidèle, mais en mieux, par la grâce de Dieu. Le premier changement est l'œuvre du prévaricateur ; le second est, pour parler comme le Psaume, le merveilleux effet de la droite du Très-Haut. '

16) Que nul ne se glorifie de ce qu'il parait posséder, comme s'il ne l'avait point reçu. Qu'il songe bien qu'il a reçu quand par exemple l'Ecriture a été mise sous ses yeux ou bien a retenti à son oreille. Car, comme dit l'Apôtre, si nous sommes justifiés par la loi, c^est en vain que le Christ est mort. * Et ailleurs : Montant au ciel il a conduit captive la captivité, il a donné des dons aux hommes. ^ C'est de lui que nous possédons tout ce que nous possédons. Quiconque ne reconnaît pas, pour quel-

1. Jean, viii, 36. — 2. Psaume lxxviii, 8. — 3. Psaume lxxvi, 11. — 4. Galates, ii, 21. — 5. Ephésiens, iv, 8.

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que bien que ce soit, qu'il le tient de Dieu, ou n'a pas réellement ce bien, ou il le perdra,

17) Sur la force clirétienne. — C'est la passion humaine qui donne de la force aux païens, mais ce qui fait la force des Chrétiens, c'est l'amour de Dieu, qui descend dans nos cœurs, non point par nos propres forces, mais par l'Esprit-Saint qui nous a été donné.

18) La grâce est antérieure à tous les mérites. — I^a récompense est due aux bonnes œuvres que nous pouvons faire, mais la grâce qui n'est pas due, précède ces bonnes œuvres.

19) Nul n'est sauvé que par la miséricorde de Dieu. — La nature humaine, même si elle possédait encore l'intégrité dans laquelle elle a été créée, ne pourrait la conserver sans le secours de son Créateur. Si donc on ne peut, sans la grâce de Dieu, garder le salut que l'on a reçu, comment pourrait-on, sans la grâce de Dieu, le recouvrer, si on l'a perdu.

20) Sans Dieu l'homme ne peut rien de bon. — Dieu fait en l'homme beaucoup de choses bonnes que l'homme ne fait pas, mais l'homme ne peut pas faire de bien, sans que Dieu ne lui accorde de le faire.

21) Sur la nature et la grâce. — Ceux qui veulent être justifiés par la loi, se sont exclus de la grâce, comme le dit saint Paul avec beaucoup de vérité : Si c'est de la loi que nous vient la justice^ c^est donc en vain que le Christ est mort. ^ Semblablement à ceux qui disent, que la grâce, tant recommandée par la foi chrétienne, n'est pas autre chose que la force naturelle, on peut dire en

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