‹ Le dogme catholique dans les pères de l'égliseChapitre 146 sur 150 · Matthieu, v, 17. — 2. Jean, xv · texte numérisé non relu

Matthieu, v, 17. — 2. Jean, xv

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25) De l'amour par quoi nous aimons Dieu. — Aimer Dieu, c'est encore un don de Dieu. Lui qui, sans avoir été aimé, nous aima le premier, nous a donné de l'aimer. Il nous aima lorsque nous lui déplaisions encore, afin que s'accomplit en nous ce qui nous permettrait de lui plaire. Celui en effet qui répand la charité dans nos cœurs, c'est l'Esprit du Père et du Fils, que nous aimons avec le Père et le Fils.

Ainsi donc, d'après les passages sus-mentionnés des saintes Ecritures, d'après les définitions des anciens Pères, nous devons, avec la grâce de Dieu, prêcher et croire, que, par le péché du premier homme, le libre arbitre a été tellement affaibU et atténué, que nul, par la suite, ne peut aimer Dieu comme il le faut, croire en Dieu, travailler pour Dieu, à moins d'être prévenu par la grâce de la miséricorde divine. Aussi la foi que l'apôtre célèbre dans le juste Abel, dans Noé, dans Abraham, Isaac et Jacob et dans la multitude des saints de l'ancienne loi leur a été conférée non par les forces mêmes de la nature, ainsi que cela aurait eu lieu dans Adam, mais bien^par là grâce de Dieu. Cette grâce, maintenant encore après l'avènement du Sauveur, nous croyons et confessons que les candidats au baptême la reçoivent non en vertu de leur libre arbitre, mais par la miséricorde du Christ. Il y aurait à alléguer ici d'innombrables témoignages des saintes Écritures, pour prouver cette nécessité de la grâce ; nous les laissons de côté.

Nous croyons, en second lieu, selon la foi cathohque, qu'une fois la grâce reçue dans le baptême, tous les baptisés peuvent avec l'aide et la coopération du Christ accomplir ce qui est nécessaire au salut de leur âme, s'ils veulent coopérer à la grâce. Mais que certains soient prédestinés au mal par la puissance divine, non seulement nous ne le croyons pas, mais s'il est des hommes

qui veuillent croire une telle- horreur, de toutes nos forces nous leur disons anathème.

Enfin nous professons et nous croyons qu'il est faux de dire que dans toute bonne œuvre c'est nous qui prenons l'initiative, et qu'ensuite nous sommes aidés par la miséricorde de Dieu. Mais c'est Dieu lui-même qui, sans aucun mérite antécédent de notre part, nous inspire tout d'abord et la foi et l'amour, afin que nous demandions en toute confiance le baptême, et qu'après le baptême nous puissions avec l'aide de Dieu accomplir ce qui lui plaît. Ainsi il est de toute évidence que la foi admirable du bon larron, que le Seigneur a appelé à entrer au paradis, celle du centurion Corneille à qui fut envoyé un ange du Seigneur, celle de Zachée qui mérita de recevoir le Seigneur lui-même, cette foi n'est point le fait de la nature mais bien de la miséricorde divine.

Et comme nous désirons vivement que notre définition ci-dessus écrite, soit un moyen de salut non seule- ^ment pour le clergé, mais encore pour les laïques, nous avons décidé que les honorables personnes, qui se sont jointes à nous pour la présente solennité, la souscriraient également.

Suivent les signatures de Césaire, de treize autres éi^êques, et de sept laïques présents au Concile,

Au seuil du Moyen-Age, donnant la main aux grands papes de l'antiquité chrétienne et annonçant les pontifes cpii feront la grandeur de l'Église Romaine en des époques encore plus troublées, se dresse la douce et sereine figure de saint Grégoire le Grand.

Né à Rome vers 540 d'une famille patricienne, il a d'abord ambitionné et conquis les honneurs du monde. A trente-et-

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un ans il est préteur urbain, hésitant entre l'appel de la grâce et les attraits de la vie politique. La grâce enfin l'emporte, Grégoire renonce à ses biens, et la vente de son patrimoine lui permet de subvenir aux immenses misères qui l'entourent et d'édifier plusieurs couvents. C'est dans un de ces monastères qu'il se retire, vivant comme un humble moine sous la règle de saint Benoît. Mais les honneurs de l'Église viendront bientôt l'y chercher. Le pape Benoît I le choisit comme cardinal-diacre ; son successeur Pelage II lui confie la délicate mission de le représenter à Constantinople (578). Grégoire reste six ans dans la capitale byzantine ; à son retour il projette de se rendre en Angleterre pour travailler à la conversion des Anglo-Saxons idolâtres. Mais le peuple de Rome veut retenir auprès de lui celui qu'il considère comme son plus grand bienfaiteur, et quand meurt Pelage (février 580) Grégoire est élu pour lui succéder sur le trône pontifical qu'il illustrera pendant quatorze ans. Il meurt en mars 604. Rude tâche, que celle d'un pape du vu® siècle, conscient de son devoir et désireux de l'accomplir ! Il faut contenir l'ambition de plus en plus menaçante de Constantinople, mettre un peu d'ordre dans cette barbarie frémissante, qui vient de s'installer sur tous les points du territoire romain, songer à d'autres barbares encore païens qui, en Allemagne, en Angleterre, attendent l'Évangile. Avec une énergie toute pleine de mansuétude, avec une humilité qui n'exclut pas une haute conception de sa dignité et de son devoir, Grégoire se mit à l'œuvre. Son admira"ble correspondance est le plus beau témoignage de sa prodigieuse activité. Et au milieu de ses soucis de pontife et de pasteur, il trouvera encore le temps d'écrire plusieurs ouvrages où se reflète avec la douce simplicité de son âme le soin qu'il prend du peuple de Rome plus spécialement confié à sa sollicitude. Nul de ses écrits n'aura plus d'influence sur le Moyen-Age que ses Dialogues. On n'y cherchera pas de haute théologie, la spéculation métaphysique en est totalement absente ; mais c'est là que se découvre le mieux l'âme naïve et croyante du haut Moyen- Age

La doctrine du Purgatoire. (Dialogues, lY, 25 et 39-41.)

Le diacre Pierre : Je voudrais bien savoir, si, maintenant, avant la résurrection des corps, les âmes des justes sont reçues dans le ciel.

Grégoire : Ceci nous ne pouvons ni l'affirmer de tous les justes, ni le nier de tous. Car il y a des âmes justes qui pendant un certain temps sont tenues éloignées du royaume céleste. Et pourquoi ce retard, sinon parce qu'elles n'ont point la justice parfaite. Mais d'autre part, il est plus clair que le jour que les âmes parfaites en justice, dès qu'elles sortent de la prison de ce corps, sont reçues dans les célestes demeures. C'est ce que la Vérité atteste elle-même, quand elle dit : Là où est le corps, là aussi se rassemblent les aigles.'^En d'autres termes, là où notre Rédempteur se trouve corporciîement, là aussi, sans aucun doute, se rassemblent les âmes des justes. Saint Paul désire mourir pour être avec le Christ. Pour celui donc qui ne doute pas que Jésus-Christ soit au ciel, il ne fait aucun doute non plus que l'âme de Paul soit au ciel. Et ce même apôtre, parlant de la dissolution de son corps et du transfert de son âme dans le ciel, écrit : Nous savons que si cette maison terrestre vient à être détruite, nous avons une maison qui est V ouvrage de Dieu, une demeure éternelle, qui n'est pas faite de main d'homme dans le ciel. ^

Pierre : Mais je voudrais savoir aussi, s'il faut croire, qu'il existe après la mort un feu qui purifie,

Grégoire : Le Seigneur dit dans l'Évangile : Marchez, tant que vous avez la lumière.^ l\(\\i aussi par la voix du Prophète : Au temps de la grâce je t'ai exaucé, et au jour de salut je suis venu à ton airfe.* Et saint Paul, commentant cette parole ajoute : C^est maintenant le temps de

1. Matthieu, xxiv, 28. — 2. II Corinthiens, v, 1. — 3. Jean, xi, 9-10. — 4. Isaïe, xlix, 8.

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la grâce; c'est maintenant le jour dusalut^. Salomon dit aussi : Tout ce que ta main peut faire, fais-le maintenant ; car il n''y a plus ni œuvre, ni science, ni sagesse dans le séjour des morts, vers lequel tutehâtes.^ Et David ajoute : Sa miséricorde est pour ce siècle ^.

De tous ces textes il ressort clairement que tel on est sorti de cette vie, tel on se présentera au jugement (dernier). Pourtant qu'il existe pour les fautes légères un feu qui purifie avant le jugement dernier, il le faut croire. Car la Vérité déclare en propres termes que le blasphème contre le Saint-Esprit ne sera remis ni en ce monde ni en /'attire.'* Ce qui donne à entendre que certaines fautes seront remises dans le siècle présent, que d'autres pourront l'être dans le siècle futur. En effet ce qu'on nie d'un point déterminé, il est bien clair qu'on le concède de certains autres.

Mais, comme je l'ai dit tout à l'heure^ cela ne peut arriver que pour des fautes minimes, légères ; comme est par exemple une conversation oiseuse trop prolongée, un rire immodéré, une négligence dans l'administration des biens de la famille, administration où il est bien difficile d'éviter les petites fautes, même quand on connaît bien son devoir. Telle serait encore une erreur en matière légère. Tout cela charge encore la conscience après la mort, si on n'en a point dans cette vie obtenu le pardon.

Or saint Paul, après avoir déclaré que le Christ est le fondement sur lequel il faut bâtir ajoute : Si Von bâtit sur ce fondement avec de l'or, de Vargent, des pierres, précieuses, du bois, du foin, du chaume, le feu se chargera de montrer ce que vaut Vouvrage de chacun. Si Vouvrage qu'on a bâti sur le fondement subsiste, on recevra une récom-

pense ; si Vouvrage de quelqu^un est consumé, celui-là

1. II Corinthiens, vi, 2. — 2. Ecclésiaste, ix, 10. — 3. Quoniam in sœculum misericordia ejus, Psaume cxvii, qui signifie littéralement : « Car sa miséricorde dure à jamais ». L'adaptation de saint Grégoire est au moins curieuse. — 4. Matthieu, xii, 31-32.

perdra sa récompense ; lui pourtant sera sauvé, mais comme à travers le /ew. ^Bienque l'on puisse entendre ce passage du feu de la tribulation qui nous éprouve en cette vie, on peut le prendre aussi de ce feu de la purification future. Alors on dira que certains peuvent être sauvés par le feu. Non celui qui sur les fondations a construit avec du fer, de l'airain, du plomb, qui a commis des péchés graves, durs qui ne peuvent fondre ; mais bien celui qui sur les fondations a bâti avec du bois, du foin, du chaume (qui n'a commis que des péchés véniels) toutes matières faciles à consumer.

Mais il faut savoir encore que nul n'obtiendra, même en ce lieu, la purification des fautes légères, si dès cette vie, il n'a mérité par ses bonnes actions d'obtenir cette grâce.

Quand j'étais jeune, et encore laïque, j'ai entendu raconter par les anciens et les gens bien renseignés, que Paschase, un diacre de cette Église apostolique, qui a laissé deux livres fort remarquables et très clairs sur le Saint-Esprit, était un homme d'une sainteté admirable, très adonné aux œuvres de miséricorde, ami des pauvres et contempteur de lui-même. Mais lors de la discussion qui mit aux prises, par suite de l'ardeur des fidèles, Symmaque et Laurent 2, le diacre Paschase prit parti pour ce dernier et le choisit comme pontife. Quand l'unanimité de l'Église se fut déclarée pour Symmaque, Paschase n'en continua pas moins à persister dans son sentiment, jusqu'au jour de sa mort, aimant et préférant celui que le jugement des évêques de l'Église avait refusé de reconnaître. Le diacre mourut alors que Symmaque était encore évêque du siège apostolique ; comme on le portait en terre, un démoniaque toucha sa dalmatique

1. I Corinthiens, 11, 12-15. — 2. L'élection de Symmaque, comme pape, en 498, n'avait pas été unanime ; une partie des fidèles et des clercs lui avaient opposé l'archidiacre Laurent.

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qui était placée sur le cercueil, et fut aussitôt guéri.

Longtemps après Germain, évêque de Gapoue, reçut des médecins le conseil d'aller faire, pour sa santé, une cure aux eaux thermales d'Angulo. Entré dans les thermes, il fut tout surpris d'y trouver le diacre Paschase, debout, suppliant et tout environné de flammes. A ce spectacle il fut pris d'une grande frayeur et demanda à Paschase ce que, lui, un si grand homme, il faisait-là. Celui-ci répondit :« J'ai été envoyé dans ce lieu de tourment, pour cette unique raison que j'ai pris le parti de Laurent contre Symmaque. Mais, je t'en supplie, prie pour moi le Seigneur, et tu connaîtras que ta prière a été exaucée, si en revenant ici tune me trouves plus.» Germain, l'homme de Dieu, se mit en prière, et revint quelques jours plus tard, au même endroit, mais il n'y retrouva plus Paschase. Celui-ci avait péché non par malice, mais par ignorance, il put donc être purifié après sa mort. Mais il faut croire aussi que les larges aumônes qu'il avait répandues durant sa vie lui obtinrent de mériter sa grâce, à un moment où il ne pouvait plus mériter pour lui-même.

Pierre : Une chose pourtant me préoccupe. Comment se fait-il que Paschase, envoyé après sa mort dans un lieu d'expiation, ait pu à ce moment faire un miracle. Son vêtement déposé sur le cercueil guérit un possédé de l'esprit malin qui l'obsédait.

Grégoire : C'est ici que nous devons reconnaître combien est grande la Providence de Dieu et combien variée dans ses effets. Elle voulut qu'au même moment Paschase endurât, et cela pour un certain temps, la peine qu'avaient méritée ses péchés et pourtant qu'aux yeux des hommes son corps après sa mort opérât des miracles, parce que, avant sa mort, il avait multiplié les œuvres de miséricorde. De la sorte ceux qui avaient connu tout le bien qu'il avait fait ne se tromperaient pas en estimant

sa charité, et pourtant la faute qu'il avait commise par ignorance, et que dès lors il n'avait point pleurée, ne serait point remise sans avoir été punie.

Pierre : Je comprends ce que vous me dites, et pressé par cette raison, je me sens forcé de redouter non seulement les péchés dont j'ai conscience, mais encore ceux dont je n'ai point le souvenir.

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