‹ Le dogme catholique dans les pères de l'égliseChapitre 21 sur 150 · I. L'ÉPITRE A DIOGNÈTE · texte numérisé non relu

I. L'ÉPITRE A DIOGNÈTE

L'épître à Diognète, dont l'auteur est inconnu, et la date très incertaine est, sans contredit, le ^oyau de la littérature apologétique. Elle est censée donner à un païen de bonne foi les réponses qui doivent satisfaire sa curiosité à l'endroit du Christianisme. Après avoir montré l'éclatante supériorité du culte chrétien sur le paganisme et le judaïsme, après avoir fait de l'idéal de la vie chrétienne un charmant tableau, l'auteur décrit de la manière suivante l'essence du dogme des Chrétiens.

L'essence du dogme chrétien. (Diogn., vii-ix, pass.)

Ce n'est point, comme je l'ai déjà dit, une invention terrestre qui a été transmise aux Chrétiens ; ce n'est point une imagination mortelle qu'ils prétendent garder

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avec tant de soin ; ce n'est pas en un ensemble de mystères humains qu'ils ont mis leur confiance. Mais c'est vraiment Dieu lui-même, le tout-puissant, le créateur invisible de Tunivers, qui du haut des cieux a envoyé aux hommes la vérité, la parole sainte et inconcevable ; et c*est Dieu qui Ta affermie dans leur cœur. Il a envoyé aux hommes, non point, comme on pourrait le conjecturer, quelque ministre inférieur, un ange, une puissance, un de ces esprits qui gouvernent les choses d'ici-bas ou à qui sont confiées les circonscriptions des cieux, mais bien l'artisan, l'architecte même de l'univers, celui par qui il a créé les cieux, par qui il a enfermé la mer dans ses limites, de qui le soleil a reçu l'ordre de marquer les divers moments de la course du jour, à qui la lune obéit quand il lui ordonne d'illuminer la nuit, à qui sont soumis les astres qui accompagnent la lune dans sa course ; celui par qui se règle, se soutient et se gouverne tout : les cieux et ce qu'ils renferment, la terre et tout ce qui s'y trouve, la mer et ce qui s'y rencontre ; le feu, l'air, l'abîme, ce qui est dans les hauteurs, ce qui est dans les profondeurs, et ce qui est dans l'intervalle. Voilà celui que Dieu a envoyé aux hommes. — C'est donc, dira quelqu'un, environné de puissance, inspirant la crainte et l'effroi ? — Non pas ; c'est au contraire dans la clémence et la douceur que ce grand roi envoie son fils qui est roi ; il l'a envoyé comme un Dieu, mais aussi comme un homme parmi les hommes ; c'est pour sauver qu'il l'envoie, pour persuader non pour contraindre : la contrainte ne convient pas à Dieu. Il l'envoie pour appeler les hommes, non pour les persécuter ; il l'envoie pour les aimer et non pour les juger. Ah ! certes il l'enverra un jour pour juger le monde, et qui pourra alors supporter son avènement ?

Qui donc parmi les hommes a s» ce que c'est que Dieu, avant que lui-même ne vînt sur la terre ? Personne ne

Ta vu, personne ne l'a connu ; mais c'est lui-même qui s'est manifesté ; et il s'est manifesté par la foi, qui seule, pour l'instant, nous permet de voir Dieu. Aussi bien le souverain Seigneur et l'architecte du monde. Dieu, qui a tout créé et tout mis en ordre dans l'univers, n'est-il pas seulement ami des hommes, il est encore rempli de magnanimité. 11 a toujours été tel, il l'est, il le sera, excellent et bon, plein de douceur et de vérité, il est le seul être qui soit réellement bon. Aussi après avoir tout préparé en lui-même, et après avoir fait part à son fils de ses desseins sur l'homme, il noas a laissés, jusqu'à ces derniers temps, à nos propres volontés, emportés par nos désirs déréglés, ballottés par nos plaisirs et nos passions. Certes il ne se réjouissait point de nos péchés, mais il les supportait ; il ne prenait point plaisir à cette période d'iniquité, mais il préparait la période actuelle, celle de la justice, afin que pardonnes, pour nos fautes passées, nous qui par nos propres œuvres nous étions rendus indignes de la vie, nous en fussions rendus dignes par l'immense bonté de Dieu, afin que nous, qui par nos propres forces nous étions montrés incapables d'entrer dans le royaume de Dieu, nous en fussions rendus capables par la toute-puissance de Dieu. Et quand notre iniquité fut à son comble, quand il fut bien évident que nous ne devions attendre comme salaire que le châtiment et la mort,' le temps vint que Dieu avait déterminé à l'avance, pour y manifester sa bonté et sa puissance. 0 charité d'un Dieu, ô compassion pour l'homme qui nous dépasse ; il ne nous a point haïs, il ne nous a point repoussés, il ne s*est point souvenu de nos iniquités ; mais plein de magnanimité, de patience, de miséricorde, il a supporté nos iniquités, il a donné son propre fils comme rançon pour nous : le saint pour les impies, l'innocent pour les coupables, le juste pour les pécheurs, l'impérissable pour nous, être fragiles, l'immortel pour

SAINT JUSTIN OÔ

nous, êtres mortels. Qu'est-ce qui aurait pu en effet couvrir nos iniquités, sinon sa justice ? Et qui pouvait nous justifier, nous coupables et impies, sinon le fils do Dieu ? 0 doux échange, ô insondable travail, ô bienfaits inattendus ! L'iniquité de beaucoup est cachée dans un seul juste, la justice d'i^n «eul justifie un grand nombre d'impies. Ainsi Dieu a commencé par nous montrer l'impuissance de notre nature à jouir de la vie véritable, et puis il nous a fait voir un sauveur capable de sauver même les plus désespérés. Par ces deux procédés il voulut nous faire croire en sa bonté, se faire connaître par nous comme le nourricier, le père, le maître, le conseiller, le médecin, l'intelligence, la lumière, l'honneur, la gloire, la force, la vie, il voulut nous apprendre à ne nous préoccuper ni du vêtement, ni de la nourriture.

Saint Justin, né à Naplouse en Palestine dans les premières années du ii^ siècle, martyr à Rome vers 165, est le mieux connu et le plus fécond de tous les apologistes. Fils de païens, il n'est venu qu'assez tard au Christianisme, où il trouve enfin la vérité qu'il avait vainement demandée aux écoles de philosophie les plus diverses. Converti, il met au service de ses convictions nouvelles ses connaissances et ses habitudes de philosophe. Dans ses écrits il défend tour à tour le Christianisme contre les païens, les juifs, les hérétiques. En même temps il se fait apôtre, et bien que simple laïque et sans attache avec la hiérarchie, il prêche avec succès la doctrine de Jésus-Christ. Finalement il vient à Rome où il ouvre une école de philosophie ; c'est de là qu'il marchera courageusement à la mort, avec les disciples qu'il a convertis à la foi. De son activité littéraire, qui fut grande, il ne nous reste plus, comme pièces authentiques, que sa double apologie adressée aux empereurs et un dialogue où il discute avec le juif Tryphon les titres du Christianisme à l'adhésion des juifs de bonne foi.

LS POUUK. 2

Vérité de rincarnation démontrée par les prophéties.

(/ Apolog,, 30-33.)

Mais peut-être un de nos adversaires dira-t-il : « Qui nous prouve que celui que vous appelez le Christ, n'est pas tout simplement un homme d'entre les hommes ? Par la magie il a accompli ce que vous appelez des miracles, et c'est pourquoi il a semblé être le fils de Dieu?» Pour répondre à cette difficulté nous allons montrer que nous croyons en Jésus-Christ, non point seulement à cause des récits qui circulent sur lui, mais à cause des prophéties qui furent faites à son sujet ; contraints par l'évidence de croire, car nous avons vu de nos yeux les prophéties s'accomplir. Et cette démonstration vous paraîtra à vous aussi, nous le pensons, très forte et très convaincante.

Certains hommes donc parurent chez les Juifs qui étaient prophètes de Dieu ; par eux l'Esprit prophétique annonçait à l'avance les événements qui devevient avoir lieu. Et les rois juifs de cette époque recueillirent les prophéties de ces hommes au fur et à mesure qu'elles étaient énoncées, et telles que les prophètes eux-mêmes les avaient rassemblées dans des livres com^posés en langue hébraïque. Or dans ces livres des prophètes, nous trouvons annoncée la venue de Jésus notre Christ. Il doit naître d'une vierge, et une fois arrivé à l'âge d'homme, guérir toute maladie et toute langueur, ressusciter les morts ; haï, méconnu il doitr être crucifié, mourir ; mais il doit aussi ressusciter, et monter au ciel, car il est appelé et il est en réalité le fils de Dieu ; quelques hommes envoyés par lui doivent répandre ces vérités parmi le genre humain, et les païens surtout doivent croire en lui. Et tout cela fut prophétisé, bien avant qu'il ne parût, cinq mille ans, trois mille ans, deux mille ans, mille ans, huit-cents ans avant l'événement ;.

,3ar au fur et à mesure que se succédaient les générations, iSe succédaient aussi les prophètes.

Ainsi Moïse, le premier des prophètes, dit en propres termes ceci : « Le commandement ne sortira point de Juda, ni la principauté de sa descendance, jusqu'à ce que ifienne celui qui est le vrai maître, et il sera V attente des nations, attachant à la feigne son ânon, lavant son vêtement dans le sang de la grappe » ^ Il vous est facile de rechercher et de savoir jusqu'à quel moment les Juifs demeurèrent autonomes et indépendants ; c'est jusqu'à l'apparition de Jésus-Christ notre maître, qui vint expliquer en les accomplissant lesprophéties jusquelà inintelligibles. En effet l'esprit divin, l'esprit saint et prophétique avait prédit par l'intermédiaire de Moïse qu'il ne manquerait point de prince d'entre les Juifs, jusqu'au jour où viendrait celui à qui appartient vraiment ]e royaume. Car Juda est l'ancêtre des Juifs, celui dont ils tirent leur nom. Or, vous-mêmes, peu de temps après l'apparition du Christ, vous avez dominé sur les Juifs et réduit en votre pouvoir tout leur pays. Quant à ces mots : « Il sera l'attente des nations », ils signifient que dans toutes les nations il se trouvera des hommes pour attendre le second avènement du Christ ; et c'est ce que vous pouvez voir et constater. Dans toutes les classes on attend le retour de celui qui fut crucifié en Judée, et après la mort de qui la Judée vous fut livrée par les armes. Quant à ces paroles : « Il attache à la vigne son ânon, il lave son vêtement dans le sang de la grappe», elles annonçaient ce qui devait arriver au Christ et ce qu'il devait faire. Un ânon était attaché à une vigne à l'entrée d'un village, Jésus ordonna à ses disciples de le lui amener, y monta et entra dans cet équipage à Jérusalem où se trouvait le grand temple des

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