Malachie, i
VOUS pourrez seulement m'accuser d'erreur sur ces points, mais non point nier que Jésus soit le Christ, quand même il paraîtrait seulement un homme ordinaire, élevé par l'élection divine à la dignité de Christ. En fait, mes amis, il en est parmi vous qui professent sur le Christ de tels sentiments, et le considèrent comme un homme d'entre les hommes. Mais je ne les approuve pas, et la plupart de mes coreligionnaires pensent comme moi. Car ce ne sont point des doctrines humaines qui nous ont imposé la croyance au Christ, mais les prophéties émanées des saints prophètes et de Jésus lui-même. »
Ju Un expose cVahord toWe une série de prophéties qui se sont réalisées en J .-C. ; puis il poursuit : (Dial. 61).
« Je vous prouverai par un autre témoignage tiré des Ecritures, ô mes amis, qu'avant la création du monde, Dieu engendra de lui-même un principe, une force personnelle et raisonnable, que l'Esprit-Saint appelle dans la sainte Écriture, tantôt gloire du Seigneur, tantôt son fils, sa sagesse, son ange, tantôt Dieu lui-même. Seigneur, Verbe, et qui, apparaissant à Josué fils de Naué, se nomma elle-même : le chef de l'armée de Dieu. Tous ces noms lui con\âennent parce que cette personne fait profession d'être au service du Père, et qu'elle a été engendrée par la volonté du Père. Et ne voyons-nous pas quelque chose de semblable arriver pour nous ? Quand nous proférons quelque parole, c'est notre verbe, notre pensée que nous engendrons et non point par division, car la raison qui est en nous n'en est pas diminuée. Autre exemple : un feu qui sert à en allumer un autre n'est point diminué par là même, il reste dans le même état ; le feu nouveau d'autre part apparaît comme subsistant, bien qu'il ne diminue en rien celui qui l'a allumé. Je prendrai pour témoin la parole de la Sagesse, qui n'est pas autre que ce Dieu engendré par le Père de
TATIES
toutes choses, qui est le Verbe, la Sagesse, la puissance, la gloire de celui qui l'a engendré et qui par la bouche de Salomon s'exprime ainsi : « Je vous apprendrai ce qui arrive chaque jour, et je vous dirai ce qui s^est passé dès V origine des siècles. Le Seigneur rri'a établie principe de ses voies, pour toutes ses œuvres. Il m'a fondée avant les siècles, dès le commencement, avant de faire la terre^ avant de faire les abîmes, avant de faire jaillir les sources des eaux, avant d'affermir les montagnes ; avant toutes les collines il m'enfante. Dieu fit les pays, les déserts, et Vextrémité des continents. Or quand il préparait les deux, j'étais avec lui ; quand il déterminait la place de son trône sur les vents, quand il affermissait les nuages en haut, quand il domptait les sources de V abîme, quand il rendait inébranlables les fondements de la terre, fêtais à Vœuvre auprès de lui. J'étais celle en qui il se complaisait, et chaque jour je me réjouissais en sa présence, sans cesse, alors qu'il était heureux d'avoir terminé la terre, et qu'il se coînplaisait parmi les fils des hommes. Et mairitenant, ô mon fih\ écoute-moi. Heureux l'homme qui m'écoute, heureux l'homme qui garde mes voies, qui veille chaque jour à ma porte, et qui en garde les montants. Car mon seuil est le seuil de la vie, et ma volonté est disposée par le Seigneur. Mais ceux qui m'offensent, blessent leurs âmes et ceux qui me haïssent aiment la mort » ^.
Justin passe ensuite en rcvue les autres passages de VA. T. qui semblnl indiquer l'existence en Dieu de plusieurs personnes.
m. TATIEN.
Tatien, un païen originaire de Mésopotamie, est. comme tant d'autres, venu à Rome pour y chercher la renommée.
i* Proverbes, Vni, 22-36.
Il y a rencontré saint Justin qui l'a converti au Christianisme. Après la mort de son maître, il semble bien qu'il se soit brouillé avec la communauté romaine, pour entrer dans quelque secte hérétique. Il retourne ensuite dans son pays natal, où l'on perd bientôt sa trace. L'époque et le lieu de sa mort sont inconnus. Tatien est l'auteur d'un <i Discours aux Grecs ». C'est une attaque passionnée contre la mythologie païenne, où le sarcasme et l'ironie tiennent plus de place que l'exposition du dogme chrétien.
Dieu et son VerÏ3e. [Orat.^ 4-5.)
Notre Dieu n'a point de commencement dans lo temps, sei'l il est sans commencement, étant lui-même le principe de toutes choses. Dieu est esprit, non point un esprit qui circule à travers la matière, mais il est le créateur des esprits qui sont dans la matière, et des figures qu'on y trouve ; il est invisible et insaisissable, étant lui-même le père des réalités sensibles et visibles. Nous le connaissons simplement par son œuvre, et nous saisissons dans les créatures les vestiges de son in\'isiblo puissance.
Dieu était dans le principe ; le principe, on nous a appris que c'est la puissance du Verbe. Le Maître de toutes choses qui est lui-même le support do l'univers, la raison d'être du monde, était seul si on le considère par rapport à la création qui n'était pas encore faite ; mais comme puissance universelle, comme principe substantiel des choses visibles et invisibles, tout était avec lui, dans sa Raison, car c'est avec son Verbe (sa Raison) qu'il a tout créé. Par un simple acte de volonté, le Verbe s'élance. Le Verbe ne va pas dans le vide ; c'est l'œuvre première du Père. C'est lui, nous le savons, qui est le principe du monde. Il provient d'une distribution (de la substance divine), non d'une division. Ce qui est divisé est retranché de ce dont il est divisé ; mais ce qui