Sagesse, \j
prend aussi la proposition particulière. Supposé donc que les morts ne ressuscitent pas, comme Jésus est mort, iJ s'ensuit qu'il ne ressuscite pas non plus. Au contraire, si Jésus est ressuscité, sa résurrection démontre la résurrection des autres.
Nier la résurrection, sous prétexte qu'elle est impossible, c'est oublier la puissance de celui qui l'a promise. Qu'y a-t-il de plus impossible, parmi les choses impossibles, s'il est permis de parler ainsi, que la vivification du corps, que la création du ciel, du soleil, de la lune, de tout l'Univers.
Considérons, si vous vouiez, l'origine de l'homme. Vous voici en présence d'un germe humain. Si l'on vous disait : « Ce germe sera un homme ; il prendra une forme, il en sortira des os, des chairs, des nerfs, des veines ; il marchera. De ce germe, vil, imperceptible surgira un homme doué de mouvement et d'un organisme animé. » N'accuseriez-vous pas de folie celui qui vous tiendrait un pareil langage, si vous n'aviez l'expérience de la chose ? J'applique hardiment ceci à la résurrection que vous trouverez encore plus croyable si vous songez aux perfections de Dieu : ce qu'est le germe relativement au corps actuel, la dépouille du juste, qui a servi d'instrument aux actes de vertu, l'est pas rapport au corps ressuscité... Entendez l'apôtre vous dire : On sème un corps animal, et il en surgit un corps spirituel, comme d'un germe vil et abject est sorti un homme plein de jeunesse et de beauté. Le cadavre est dans les mains do Dieu tel que le grain de blé. Des seuls principes latents {[ue le grain de blé renferme. Dieu a pu tirer un épi, comme il produirait des êtres différents selon la force secrète, inhérente à chaque germe, comme il a fait un homme d'un germe humain. Eh bien notre corps en mourant devient le germe du corps glorieux qui doit ressusciter d'entre les morts dans le Christ Jésus.
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2) V Enfer et le Ciel
Tortures des réprouvés. — {De princîpiis^ lib. ii, op. XI, pass.)
Nous nous en ferons une idée par les souffrances corporelles de cette vie, très aiguës parfois, mais peu durables, car l'excès même en précipite la fin. Elles peuvent pourtant être si cuisantes qu'on a vu des confesseurs de la foi, vaincus par la douleur, apostasier au moment où ils allaient recevoir la couronne, malgré leur ferme résolution de persévérer jusqu'au bout. S'il y a dans la vie présente des tourments si intolérables, que sera-ce, lorsque l'âme aura dépouillé ce vêtement grossier pour revêtir, à la résurrection, un corps spirituel d'autant plus sensible à la douleur qu'il sera plus subtil. Autant il y a de différence à être flagellé nu ou couvert d'un vêtement, autant le corps humain ressentira plus vivement les tortures, lorsqu'il aura échangé son enveloppe grossière contre un organisme plus délicat.
Chaque pécheur s'allume son propre feu, et nos vices en sont la matière et l'aliment. De même qu'une fièvre prolongée, nourrie sans cesse par l'intempérance, finit par embraser tout le corps et à en faire un foyer d'inflammation, ainsi en est-il de l'âme qui accumule les actions mauvaises, et réunit en elle, à la longue, une masse de péchés. A l'heure marquée tout cet amas de vices s'agite, s'échauffe, bouillonne, et l'âme, en proie à une flamme qu'elle a caressée la vie durant, subit la plus cruelle des tortures. Un pareil résultat n'est pas difficile à comprendre : ne disons -nous pas de certaines âmes qu'elles sont dévorées, déjà sur cette terre, du feu de Ja colère, de l'envie, de la jalousie, et d'autres passions ? Ces maux acquièrent parfois une telle intensité, qu'on a vu des hommes préférer la mort au prolongement de leurs souffrances. Que sera-ce, quand le poison mortel, dont
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Tâme aurait pu se débarrasser pendant la vie présente, allumera en elle un feu inextinguible ? Alors par un effet de la puissance divine, le pécheur aura la conscience pleine et entière de toutes ses œuvres, il les lira en traita de feu dans son intelligence, et ce passé, toujours présent à flcs yeux, lui fera sentir à jamais les douleurs poignantes du remords. A ce genre de supplices viendra s'en ajouter un autre : lorsqu'on nous arrache un membre, nous éprouvons de vives souffrances ; mais l'âme séparée de Dieu, à qui elle aurait dû être unie, souffrira bien davantage de ce déchirement. Tiraillée en mille sens divers, elle sera comme divisée d'avec elle-même, et, en place de l'unité harmonique à laquelle Dieu la destinait, elle offrira l'image du désordre et de la confusion. Ajoutez-y ces ténèbres extérieures dont parle l'Évangile, c'est-à-dire la privation de toute lumière céleste et l'obscurcissement d'une intelligence créée pour contempler Dieu, et vous aurez une idée du sort des réprouvés.
Le bonheur des élus. (De principiis, ibid.)
Comme l'œil recherche naturellement la lumière, comme le corps aspire naturellement au boire et au manger, notre âme éprouve le besoin instinctif de connaître la vérité divine et la raison des choses ; et ce désir qu'a mis en nous l'auteur de notre être, sera un jour pleinement assouvi, car on ne peut pas dire que Dieu nous inspire en vain l'amour de la vérité. Ici-bas, avec quelque ardeur que nous nous adonnions aux méditations saintes, nous ne recueillons que les bribes du festin de la science divine ; néanmoins cette occupation tient le désir en éveil, alimente l'amour de la vérité et dispose à mieux la recevoir un jour. Le peintre, avant de commencer son tableau, en trace légèrement le dessin sur la toile, pour la préparer au travail du pinceau et facihtor
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rexécution dé i'œuvre ; ainsi le crayon du divin artiste esquisse déjà en notre âme, durant la vie présente, une ébauche de la ressemblance parfaite que nous destine la vie future.
3) La Restauration universelle ^. (De principiis lib. i, cp. VI, 1-3.)
Ces questions ardues et subtiles exigent du lecteur ou de l'auditeur désireux de s'instruire autant de réflexion que de prudence. S'il y reste totalement étranger, elles pourront lui paraître vaines et superflues ; s'il y apporte un esprit prévenu, elles lui sembleront peut-être hérétiques, et contraires à la foi de l'Éghse, moins pour des raisons décisives, que par suite du partipris. Nous ne les abordons nous-même qu'avec crainte et circonspection, plus pour les examiner et les discuter que pour définir ou affirmer quoi que ce soit. Nous avons essayé, plus haut, en parlant de la Trinité, de déterminer quels sont les points où le dogme est certain. Maintenant nous allons discuter les autres de notre mieux, sans rien trancher et par manière d'exercice.
Donc la fin du monde et la consommation viendront, quand les pécheurs auront achevé de subir un châtiment proportionné à leurs crimes. Dieu seul en connaît le temps, puisque seul il sait ce que chacun doit payer. Mais nous pensons que la bonté de Dieu, par la médiation du Christ, ramènera toute créature à une même fin après avoir dompté et assujetti les ennemis... // faut, dit saint Paul, que tout se soumette à lui ? ^ Quelle est donc cette soumission que tous rendront finalement au
1. Origène semble bien avoir admis qu'un jour, toutes les mauvaises volontés ayant été suffisamment purifiées par l'épreuve, se tourneront enfin vers le bien. C'est la partie la plus aventureuse de on système, celle qui lui a valu, bien longtemps après sa mort, de sévères condamnations. — 2. I Corinthiens, xv, 25-27.
Christ. Je pense que c'est celle-là même que nous souhaitons avoir à son endroit, celle qu'eurent les apôtres et tous les saints qui ont sui\i le Christ ? Cette soumission au Christ indique le salut par le Christ de tous ses sujets, comme le dit Da^'id lui-même : Mon âme ne se soumettra-t-elle point à Dieu ; puisque c^est de lui que vient mon salut. ^
Lorsque tous les ennemis seront soumis au Christ, et que le dernier ennemi, la mort, sera anéanti et que le Christ à qui tout aura été soumis, remettra le royaume à son Père, ce sera la fm : et cette fin nous permet de nous représenter le commencement. En effet la fin est toujours semblable au commencement ; et comme la fin de toutes choses est une, le commencement doit avoir été un. Tous les êtres, malgré leur diversité, ont une même fin : ainsi d'un commencement identique sont sorties les variétés et les différences actuelles, qui, par la bonté de Dieu, dans la soumission au Christ et l'unité du Saint-Esprit, seront ramenées à unmême dénouement semblable à l'origine. Il s'agit ici de tou«i ceux qui, fléchissant le genou au nom de Jésus, ont donné par là une preuve de leur soumission ; et il y en a au ciel, sur la terre et dans les enfers. Or ces mots désignent tous les êtres raisonnables...
Il est vrai que, parmi les esprits déchus, il en est qui sont tombés dans un tel abîme de malice qu'ils ont été jugés indignes de l'épreuve salutaire réservée au genre humain, sous la conduite des puissances célestes, et qu'ils sont devenus les ennemis mortels do l'humanité... Quelques-uns de ces esprits, rangés sous le pouvoir du diable et complices de sa méchanceté, pourront-ils dans les siècles futurs se convertir en vertu de leur libre arbitre ; ou bien la malice invétérée par la force d<*
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l'habitude leur est-elle devenue comme naturelle ? C'est à toi lecteur de juger si cette catégorie de créatures sera totalement exclue de l'unité et de l'harmonie finales, soit dans les siècles mesurés par le temps, soit dans les siècles coexistants à l'éternité. Ne pourrait-otv pas dire que quelques-uns d'entre eux un peu plus tôt, d'autres un peu plus tard, d'autres enfin à la fin des temps, ayant expié par des supplices terribles, prolongés pendant des siècles leur faute première, arriveront à retrouver leurs connaissances angéliques ? Remontant ainsi de degré en degré vers des notions plus hautes, pourquoi ne parviendraient-ils pas aux choses invisibles et éternelles, en parcourant ainsi les divers stades de la connaissance des vertus supérieures ? Et ne résulte-t-il pas de là cette conséquence que toute créature raisonnable peut passer d'un ordre à l'autre et atteindre un degré quelconque, en montant ou en des^ cendant selon les efforts et les mouvements divers de son libre arbitre.
C'est dans l'Afrique romaine que les Chrétiens commencent à parler et à écrire en latin ; tous les écrivains ecclésiastiques que nous avons étudiés jusqu'à présent, quel que fût leur pays d'origine, parlaient exclusivement le grec. Les plus célèbres écrivains latins de la période que nous décrivons, sont tous des Africains, Tertullien, saint Cyprien, Arnobe, Lactance, d'autres encore. Bien que très différents par leurs origines, leur genre de vie, leur activité, ils offrent cependant d'incontestables traits de ressemblance, qui permettent de les grouper dans ce qu'on peut appeler l'école africaine, en donnant d'ailleurs au mot « école » un sens tout différent de colui qu'il avait dans les chapitres précédents.
Fils d'un centurion romain de Garthage, élevé dans le paganisme, Tertullien dans sa jeunesse cultiva avec ardeut la rhétorique, puis le droit. Vers l'âge de trente ans il se convertit au Christianisme, se fixa définitivement à Garthage, où l'on ne tarda pas à l'élever aux fonctions sacerdotales. Dès ce moment sa vie se passe à lutter par la parole et par la plume contre tous les adversaires de ses idées personnelles. C'est contre les païens tout d'abord qu'il dirige ses coups, dans des apologies demeurées fameuses par la raideur de leur argumentation, l'âpreté de leurs invectives, l'ampleur du mt>uvement oratoire. Puis sa plume acerte s*est tournée contre les hérétiques de toutes nuance. Le plus curieux des traités de ce genre est celui qui -est intitulé « de praescriptione haereticorum », ce que l'on peut traduire : « De l'argument do prescription, appliqué aux doctrines hérétiques », procédé sommaire et sans appel pour rejeter les prétentions «ovatrices des hérétiques. Dans le même temps Tertullien signale avec véhémence et indignation les abus qu'il croit découvrir dans î' Église elle-même, et s'en prend à tous ceux qui ne partagent pas sa dureté et son intolérance. Finalement il se séparera de l'Église et passera à la secte des Montanistes, secte d'ilhiminés qui attendaient une manifestation éclatante du Saint-Esprit. Dès îors Tertulîic-iî pourra déblatérer à son aise contre tout le monde et surtout contre les évêques qui prétendent réconcilier les pécheurs pénitents. l\ meurt sans s'être réconcilié avec l'Égiise et peut-être en délicatesse avec la secte qui l'a reçu. Mais toutes ces misères ne doivent pas faire oublier les éminents services rendus par Tertullien, ïl est le fondateur de là théologie latine, en même temps que l'éloquent défenseur de l'Église ; les formules dans lesquelles il a coulé l'expression du dogme chrétien, deviendront avee le temps les formules mêmes de l'Église.
La règle ée f^ 0e pr£i£S£ript. k&eret.^ 13.)
La règle de foi, — car il nous faut faire connaître dés maintenant ce que nous défendons — est celle qui con-
siste à croire « qu'il n'y a qu'un seul Dieu, qui n'est autre que le Créateur du monde ; que c'est lui qui a tiré l'univers du néant par son Verbe émis avant toutes choses ; que ce Verbe fut appelé son fils, qu'au nom de Dieu il apparut sous diverses figures aux patriarches, qu'il se fît entendre en tout temps dans les Prophètes, enfin qu'il descendit par l'esprit et la puissance de Dieu le Père dans la Vierge Marie, qu'il devint chair dans son sein, et que né d'elle il revêtit la personne de Jésus- Christ ; qu'il prédit ensuite une loi nouvelle, et la nouvelle promesse du royaume des cieux, qu'il fit des miracles, qu'il fut crucifié, qu'il ressuscita le troisième jour, qu'enlevé au ciel il s'assit à la droite de son Père ; qu'il envoya à sa place la force du Saint-Esprit pour conduire les croyants ; qu'il \aendra dans une gloire pour prendre les saints et leur donner la jouissance de la vie éternelle et des promesses célestes, et pour condamner les profanes au feu éternel, après la résurrection des uns et des autres, et le rétablissement de la chair. » Telle est la règle que le Christ a instituée, comme on le prouvera, et qui ne saurait soulever parmi nous d'autres questions que celles que suscitent les hérésies et qui font les hérétiques. Du reste, pourvu que la teneur en demeure inaltérée, vous pouvez autant qu'il vous plaira chercher et discuter, et donner pleine licence à votre curiosité, au cas où quelque point vous paraîtrait ambigu ou obscur. Mais, tout compte fait, mieux vaut ignorer que de connaître ce qu'on ne doit pas, du moment qu'on sait ce qu'on doit savoir. « Cest ta foi qui fa saiwé », ^ a dit le Christ ; il n'a pas dit : « C'est l'habileté dans les Ecritures ». La foi consiste dans une règle ; elle a sa loi, et son salut dans l'observation de cette loi. Mais l'habileté dans l'explication de l'Écriture,