Matthieu, ix
TERTULUEN 77
n*est que de la curiosité ; sa seule gloire lui vient du désir que Ton a de passer pour habile homme. Que la curiosité le cède à la foi, que la gloire le cède au salut ! du moins qu'elles n'y fassent pas obstacle, ou qu'elles se taisent. Ne rien savoir contre la règle, c'est savoir tout.
La tradition apostolique, et l'argument de prescription.
(Ihid, 20-21.)
Le Christ Jésus, notre Seigneur a déclaré lui-même pendant son séjour sur la terre ce qu'il était, ce qu'il avait été, de quelles volontés paternelles il était chargé, quels devoirs il prescrivait à l'homme, et cela soit en pubUc, devant le peuple, soit dans des instructions privées, adressées à ses disciples, parmi lesquels il en avait choisi douze principaux pour vivre à ses côtés et pour être plus tard les docteurs des nations. L'un d'eux ayant été chassé, il ordonna aux onze autres, au moment de retourner vers son Père, après la résurrection, d'aller enseigner les nations et de les baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
En conséquence, les apôtres (ce mot veut dire les « envoyés ») choisirent aussitôt, par la voie du sort, un douzième apôtre, Mathias, à la place de Judas, selon l'autorité de la prophétie qui apparaît dans le psaume de David. Ils reçurent la force promise de l' Esprit- Saint qui leur donna le don des miracles et des langues. Ce fut d'abord en Judée qu'ils établirent la foi en Jésus- Christ, et qu'ils installèrent des Églises. Puis ils partirent à travers le monde, et annoncèrent aux nations la même doctrine et la même foi. Dans chaque cité ils fondèrent des Églises, auxquelles dès ce moment les autres Églises empruntèrent la bouture de la foi, la semence de la doctrine, auxquelles elles l'empruntent tous les jours pour devenir elles-mêmes des Églises.
^8 LES AFELICAINS
i?^'£t par cela même,eiies seront considérées comme apoa* toliques, en tant que filles des Églises apostoliques. Toute choâe doit être nécessairement caractérisée d'apt*ès son origine. C'est pourquoi ces Églises, si nombreuses et si grandes soient-elles, ne sont que cette primitive Église apostolique dont elles procèdent toutes. Elles sont touteâ primitives, toutes apostoliques, car toutes elles attestent leur parfaite unité ; elles se communiquent réciproquement la paix, elles fraternisent, elles échangent les devoirs de l'hospitalité : tous droits qu'aucune autre loi ne réglemente que l'unique tradition d'un même mystèt'e.
De ces faits voici la prescription que nous dégageons : Du moment que Jésus-Christ, notre Dieu, a envoyé les apôtres prêcher, il ne faut donc point accueillir d'autres prédicateurs que ceux que le Christ a institués. Car nul ne connaît le Père, si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils l'a révélé. Or le Christ ne semble pas l'avoir révélé à d'autres qu'aux apôtres, qu'il a envoyés prêcher, iet prêcher naturellement ce qu'il leur avait révélé. Mais quelle était la matière de leur prédication, autrement dit, qu'est-ce que le Christ leur avait révélé ? Ici encore j'élève cette prescription, que, pour le savoir, il faut nécessairement s'adresser à ces mêmes Églises que les apôtres oht fondées en personne, et qu'ils ont euxmêmes itisti'uites, tant « de vive voix », comme oh dit> que, plus tard, par leurs lettres.
Dans ces conditions, il est clair que toute doctrine qui est d'accord avec celle des Églises, matrices et sources de la foi, doit êtfe considérée comme vraie, puisqu'elle contient évidemment ce que les Églises ont reçu des apôtres, les apôtres du Clirist, le Christ de Dieu. Par contre toute doctrine doit être à priori jugée fausse, qui contredit là vérité des Éghses, des apôtres, du Christ et de Dieu. Reste donc à démontrer que
i'onseignement qui est le nôtre, et dont nous avons plus haut formulé la règle, procède de la tradition des apôtres, et que, par le fait-même, les autres viennent du mensonge. Nous communiquons avec les Églises apostoliques, parce que notre doctrine ne diffère en rien de la leur : c'est là le signe de la vérité.
Les hérétiques ne peuvent se réclamer de la tradition apostolique, {Ibid., 32.)
Si quelques hérésies osent se rattacher à l'âge apostolique, pour paraître léguées par les apôtres, sous prétexte qu'elles existaient à l'époque des apôtres, nous sommes en droit de leur dire : a Montrez l'origine de vos Églises, déroulez la série de vos évêques se succédant depuis l'origine, de telle manière que le premier évêque ait eu comme garant et prédécesseur l'un des apôtres ou l'un des hommes apostoliques restés jusqu'au bout en communion avec les apôtres. » C'est ainsi que les Églises apostohques présentent leurs fastes. Par exemple, l'Éghse de Smyrne rapporte que Polycarpe fut installé par Jean ; l'Éghse de Rome montre que Clément a été ordonné par Pierre. De même encore, d'une façon générale, les autres Églises exhibent les noms de ceux qui, établis par les apôtres dans l'épiscopat, possèdent la bouture de la semence apostolique.
Que les hérétiques inventent quelque chose de semblable. Après tant de blasphèmes, tout ne leur est-il pas permis ? Mais leurs inventions n'aboutiront à rien ; car leur doctrine, rapprochée de celle des apôtres, manifestera par sa diversité et ses contradictions qu'elle n*a pour auteur ni un apôtre, ni un homme apostolique. De même que les apôtres n'auraient pas enseigné des choses différentes les unes des autres, de même les hommes apostoHques n'auraient pas annoncé une doctrine con-
traire à celle des apôtres, à moins que ceux que les apôtres ont instruits n'aient prêché autrement qu'eux. Voilà la preuve où les convieront avec défi ces Églises, qui, sans pouvoir rapporter leur fondation à un apôtre ou à un homme apostolique, comme étant de beaucoup postérieures, et de celles qui sont quotidiennement établies, conspirent pourtant toutes dans la même foi, et en vertu de cette consanguinité de doctrines, sont considérées néanmoins comme apostoliques.
Donc que toutes les hérésies, sommées par nos ÉgHses de fournir cette double preuve, manifestent les raisons qu'elles ont de se dire apostoliques 1 Mais, ni elles ne la sont, ni elles ne peuvent prouver qu'elles sont ce qu'elles ne sont pas ; aussi les Églises qui sont apostoliques de quelque manière ne les reçoivent-elles sous aucun prétexte dans la paix et la communion, vu qu'en raison de la divergence de leur doctrine, elles ne sont en aucune façon apostoliques.
Les Églises apostoliques. (Ibid,, 36-37.)
Voulez-vous exercer plus louablement votre curiosité en l'employant à votre salut ? Parcourez les Églises apostoliques où les chaires même des apôtres président encore à leur place, où on lit leurs lettres authentiques qui rendent l'écko de leur voix, et mettent sous les yeux la figure de chacun d'eux. Êtes-vous tout proche de l'Achaïe ? vous avez Corinthe. N'êtes-vous pas loin de la Macédoine ? vous avez Philippes, vous avez Thessalonique. Si vous pouvez aller dacôté de l'Asie, vous avez Éphèse. Si vous êtes sur les confins de l'Italie, vous avez Rome dont l'autorité nous apporte à nous aussi son appui. Heureuse ÉgHse ! les apôtres lui ont versé toute leur doctrine avec leur sang. Pierre y subit un supplice
Seigneur* Paul y est couronné d'une
mort pareille à celle de Jean-Baptiste. L'apôtre Jean y est plongé dans l'huile bouillante : il en sort indemne, et se voit relégué dans une île.
Voyons ce qu'elle a appris, ce qu'elle enseigne, ce qu'elle certifie en même temps que les Églises d'Afrique. Elle ne connaît qu'un seul Dieu créateur de l'univers ; Jésus-Christ né de la Vierge Marie, fils du Dieu créateur ; la résurrection de la chair. Elle associe la loi et les prophètes aux écrits évangéliques et apostoliques : c'est là qu'elle puise sa foi. Cette foi elle la marque avec l'eau, elle la revêt du Saint-Esprit, elle la nourrit de l'Eucharistie ; elle exhorte au martyre, et n'admet personne à rencontre de cette doctrine.
Voilà la doctrine, je ne dis plus qui annonçait la venue future des hérésies, mais de laquelle les hérésies sont nées. D'ailleurs elles n'ont plus rien eu de commun avec elle, du jour où elles lui sont devenues hostiles. Du noyau de l'olive, fruit doux, riche et nécessaire, on voit sortir aussi l'âpre olivier sauvage ; du pépin de la figue, si agréable et si délicieuse, surgit le figuier sauvage, vide et inutile. Il en est de même des hérésies, elles proviennent de notre souche, mais ne sont pas de notre famille ; nées du germe de la vérité, le mensonge les a rendues sauvages.
Et dès lors, n'étant pas chrétiens, les hérétiques n'ont pas de droit sur les écrits chrétiens, et ils méritent qu'on leur dise : « Qui êtes-vous ? Quand et d'où êtes-vous venus? Que faites-vous chez moi, vous qui n'êtes pas des miens ? De quel droit, Marcion, fais-tu des coupes dans ma forêt? avec quelle permission, Valentin, détournes-tu mes sources ? qui t'autorise, Appelle, à déplacer mes bornes ? Ce domaine est à moi ; pourquoi vous autres, venez- vous semer ici et faire pâturer à votre fantaisie. Ce domaine est à moi ; je le possède d'ancienne dato, je le poesêdais avant vous ; j'ai dei pièces authen*
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tiques émanant des propriétaires auxquels le bien a appartenu. C'est moi qui suis Phéritier des apôtres. C'est d'après leurs dispositions testamentaires, d'après leur fidéicommis, d'après l'adjuration qu'ils ont faite que j'en suis propriétaire. Quant è vous, ce qui est certain, c'est qu'ils vous ont toujours déshérités et reniés comme des étrangers, comme des ennemis. » Et pourquoi les hérétiques sont-ils pour les apôtres des étrangers et des ennemis, sinon à cause de la divergence de leur doctrine, que chacun d'eux a inventée ou reçue, selon son caprice, contre les apôtres ?
La Sainte Trinité, (Adv, Praxeam, 1-2.)
Le diable a divers moyens d'attaquer la vérité. Il lui est arrivé, pour l'ébranler, de faire semblant de la défendre. En ce moment il proclame un Dieu unique, créateur tout-puissant du monde, et c'est pour faire un^ hérésie avec ce mot unique ; il déclare que c'est le Père lui-même qui est descendu en la Vierge, qui est né d'elle, qui a souffert, qu'il est Jésus-Christ. Il e^t vrai que le serpent infernal se coupe lui-même. Quand il est venu tenter Jésus, après le baptême de Jean, il l'a attaqué comme fils de Dieu, certain que Dieu avait un fils, d'après les témoignages mêmes de l'Écriture qu'il allègue à Jésus pour le tenter : a Si tu es le fils de DieUy lui dit-il, ordonne que ces -pierres deviennent des pains. «^ et encore : « Si tu es le fÀs de Dieu, jette-toi en bas^ car il est écrit : il t'a confié aux anges — le Père évidemment — , ils te porteront donc dans leurs mains,, pour que tu ne heurtes point du pied contre la pierre. » ^ Ou bien le diable va-t-il reprocher un mensonge aux Évangiles, va-t-il dire : « Que Matthieu, que Luc s'arrangent. Moi, c'est bien de Dieu lui-même que je me suis appro-