‹ Le dogme catholique dans les pères de l'égliseChapitre 44 sur 150 · Matthieu, iv, 3. — 2. Motthieu, iv · texte numérisé non relu

Matthieu, iv, 3. — 2. Motthieu, iv

ché, c'est le Tout-Puissant lui-même que j'ai tenté de tout près. Et c'est justement pourquoi je me suis approché, je l'ai tenté. S'il se fut agi simplement du fils de Dieu, jamais je n'aUi-ais daigné le tenter. » — Mais après tout le diable est menteur depuis le commencement ; ttifenteur auâ«i l'homme qu'il suborne, Praxéas par exemple. G'eèt Pràxéas qai le premier a importé d'Asie en terre romaine ce nouveau genre de perversité ;, homme par ailleurs inquiet, tout gonflé de l'orgueil dfe son martyre, j'entends des petits ennuis d'une prison ordinaire et courte. Et quand même il aurait li\Te son corps aux flammes, de quoi cola lui aurait-il servi, puisqu'il n'a point l'amour de Dieu ?

Ainsi donc, d'après lui, c'est le Père qui est né, c'est le Père qui a souffert ; c'est le Seigneur Dieu toutpuissant qui est appelé Jésus-Christ. Pour nous, nous croyons aussi en un seul Dieu, mais avec cette disposition spéciale, que nous appelons l'économie divine, à savoir que le Dieu unique a un fils, son Verbe, qui procède de lui-même, par qui tout a été fait, sans qui rien n'a été fait. C'est ce fils qui a été envoyé par le Père dans le sein de la Vierge, qui est né d'elle, à la fois homme et Dieu, fils de l'homme et fils de Dieu, et qui reçut le nom de Jésus-Christ. C'est le fils qui a souffert, qui est mort, qui a été enseveli selon les Écritures, qui a été ressuscité par le Père, élevé au ciel, qui siège à la droite du Père, d'où il viendra pour juger les vivants et les morts. C'est lui qui ensuite a envoyé d'auprès dti Père, suivant sa promesse, l' Esprit-Saint, le Paraclet, celui qui sanctifie la foi de tous ceux qui croient au Père, au Fiîs, au Saint-Esprit. Cette règle de foi a été en vigueur depuis les débuts de l'évangile, avant les premiers hérétiques quels qu'ils fussent, et sûrement avant ce Praxéas qui est d'hier. C'est ce que montreraient ■aussi bien les h^étiques anciens que la nouveauté

même de ce Praxéas d'hier. Car on a déjà porté un jugement à Pavance sur toutes les hérésies ; ce qui est vrai, c'est ce qui est primitif ; ce qui est faux, adultère, c'est ce qui est postérieur. Mais laissant de côté cet argument de prescription, il faut pour la défense et l'instruction de certains, discuter les arguments particuliers de chacun. Autrement l'on paraîtrait avoir condamné sur des préjugés et sans l'entendre, chacune de ces extravagances, celle-ci tout particulièrement, qui prétend bien être seule à posséder la pure vérité. Elle prétend qu'on ne peut affirmer sa croyance en un seul Dieu, qu'on confondant en un seul et même être le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Gomme s'il était impossible qu'un soit tout, parce que, d'un seul, tout dérive par l'unité de la substance, parce qu'ainsi est sauvegardé le mystère de la dispensation divine, qui distribue l'unité en trinité, qui distingue les trois, le Père, le Fils et l'Esprit ; trois non par la condition, mais par le degré, non par la substance, mais par la forme, non par la puissance, mais par l'aspect. Il n'y a en effet qu'une substance, qu'une condition, qu'une puissance, car il n'y a qu'un seul Dieu se communiquant dans la diversité de degré, de forme et d'aspect, sous les noms de Père, de Fils et de Saint- Esprit. Comment peut-il y avoir un nombre, sans qu'il y ait séparation, c'est ce que montrera la suite de ce traité.

Or les simples, pour ne pas dire les imprudents et les maladroits — c'est toujours le grand nombre parmi les fidèles — prennent peur à ce mot de Trinité. Le symbole de la foi les a fait passer de la croyance aux dieux multiples du paganisme à la foi en un seul Dieu véritable ; et il ne veulent point comprendre qu'il faut prendre ce Dieu unique sans doute, mais avec tout son développement, avec toute son économie. Ils s'imaginent que cette économie, ce nombre, cette disposition de la trinité

suppose la division de l'unité, alors que l'unité, faisant découler d'elle-même la trinité, n'est point détruite par la trinité. Ils s'en vont répétant que nous prêchons deux ou trois dieux, qu'eux-mêmes ils veulent rester les fidèles d'un seul Dieu ; ils ne voient pas que c'est cette unité mal comprise qui constitue l'hérésie ; que la trinité bien expliquée constitue la vérité. « Nous nous en tenons, disent-ils, à la monarchie. » Et nos Latins répètent ce mot avec tant de sonorité et d'emphase, qu'on croirait vraiment qu'ils comprennent aussi bien la chose que le mot. Et pendant que les Latins font sonner la monarchie, les Grecs non plus ne veulent rien entendre à l'économie de la Trinité.

Pour moi, si j'entends bien l'une et l'autre langue, je m'imagine que monarchie ne signifie pas autre chose, qu'unité de pouvoir. Mais la monarchie, le pouvoir d'un seul, n'empêche pas, que je sache, le monarque d'avoir un fils et d'administrer son empire par qui il lui plaît. Il n'est pas de pouvoir si personnel, si singulier, si monarchique, qu'il ne puisse être délégué à d'autres personnes, choisies comme officiers par ce pouvoir lui-même. Et si le monarque a un fils, son pouvoir n'en est point sur le champ divisé par là même et ne cesse pas pour cela d'être un pouvoir monarchique, même s'il admet son fils au partage de ses attributions. Le pouvoir réside toujours en lui, comme en sa source, il le communique à son fils, mais il reste sien, il reste une monarchie, partagée entre ces deux personnes si intimement unies... Et de même comment porterait-elle atteinte à la monarchie cette doctrine suivant laquelle le Fils procède uniquement de la substance du Père, ne fait rien sans la volonté du Père, tient du Père toute sa puissance. Cette monarchie elle est dans le Fils, mais elle vient du Père. Disons la même chose du troisième terme ; car l'Esprit-Saint procède du Père par le Fils.

La Pénitence. (De pœniientia, 7-12 passim.)

Après avoir parlé de la première ponitence, celle qui mène à ia rémission des péchés par le baptême, Tertuilien, encore catholique, parle de la pénitence des fautes commises après le baptême.

Puissent, 6 Seigneur Christ, tes serviteurs n*en dire et n'en entendre sur la discipline de la pénitence que juste ass<3Z pour connaître le devoir qui incombe aux catéclmmènes de ne point pécher ; ou bien qu'ils ne sachent rien de la pénitence, qu'ils n'en attendent rien. — J'ai quelque répugnance à faire ensuite mention du second, du dernier espoir. Je crains en traitant de la ressoureô qui reste encore au repentir, de sembler ouvrir une nouvelle carrière au péché. A Dieu ne plaise que personne interprète mes paroles comme si la faculté qu'il a de se repentir lui donnait aussi licence de pécher ; à Dieu ne plaise que la surabondance de la clémence céleste déchaîne la témérité humaine. Que nul ne s'avise d'être plus pervers parce que Dieu est plus clément, en péchant autant de fols que le pardon est de fois accordé. D'ailleurs l'immunité aura une fin, si l'offense n'en a point. Nous avons échappé une fois ; n'est-ce pas nous être exposés au péril, même si nous croyons pouvoir y échapper encore ?

Mais notre ennemi irréconciliable ne fait jamais trêve à sa malice. C'est quand il sent l'homme pleinement libéré qu'il sévit le plus fort ; c'est lorsqu'on l'éteint qu'il s'enflamme davantage. Il faut bien qu'il s'afflige et <îu'il gémisse, quand, par le pardon des péchés, il voit tant d'œuvres de mort détruites chez l'homme, tant de chefs effacés d'une condamnation qui était comme son bien propre. Il s'afflige à la pensée que ce pécheur, devenu le serviteur du Christ, le jugera, lui et ses anges. Aussi il l'épie, i! l'attaque, il l'assiège, cherchant îe moyen de frapper ses regards par la concupiscence char»

nftlle, de prendre son âme dans les filets des délices mondaines, de renverser aa foi parla crainte des pouvoirs t&rrestros, ou de Je détourner de la voie droite par des doctrines de mensonge : scandales, tentations, il n'est rien qu'il ne mette en œuvre.

Prévoyant ces sortilèges empoisonnés, Dieu a permis, qu'une fois fermée la porte du pardon, une fois tiré le verrou du baptême, il y eut encore un refuge d'ouvert. Il a placé dans le vestibule une seconde pénitence, pour qu'elle ouvre à ceux qui frapperaient ; mais une fois seulement, puisque c'est déjà la seconde fois, et jamais plus désormais, puisque le pardon précédent est demeuré inutile. N'est-ce pas assez d'une fois ? Tu obtiens ce que tu ne méritais plus, car tu as laissé perdre ce que tu avais reçu. Si l'indulgence du Seigneur te donne le moyen de récupérer ce que tu as perdu, sois reconnaissant d'un bienfait qu'il renouvelle ou plutôt qu'il amplifie. Car rendre c'est plus que donner, puisqu'il est plus fâcheux de perdre que de n'avoir rien reçu du tout. Cependant il ne faut pas laisser le désespoir abattre, écraser l'âme, quand on se trouve obligé à une seconde pénitence... Tu seras agréable au Seigneur en ne refusant pas ce qu'il t'offre. Tu l'as offensé, mais tu peux encore te réconcilier avec lui. Tu sais envers qui t'acquitter et qu'il ne s'y refuse point.

Autant l'obligation de cette seconde et dernière pénitence est étroite, autant la preuve en doit être laboriçuse. Il ne suffît pas de la réaliser uniquement dans la conscience ; il faut encore qu'un acte la manifeste. Cet acte, c'est, pour employer un mot grec plus expressif et communément usité, Vexomologèse (la confession) par laquelle nous confessons au Seigneur notre péché ; non qu'il l'ignore, mais par l'aveu, il reçoit une satisfaction, dans l'aveu apparaît le sentiment de pénitence, par la pénitence Dieu est apaisé.

La confession (rexomologèse) est donc la disciplmo qui prescrit à l'homme de se proaterner et de s'humilier en s'imposant un régime de nature à attirer sur lui la miséricorde. En ce qui concerne le vêtement et la nourriture, elle veut qu'on couche sur le sac et la cendre, qu'on s'enveloppe le corps de sombres haillons, qu'on abandonne son âme à la tristesse, qu'on corrige par de rudes traitements les fautes passées. Elle ne connaît d'autre part qu'un boire et qu'un manger tout simples, tel que le demande le bien de l'âme et non le plaisir du ventre. Le pénitent alimente d'ordinaire les prières par les jeûnes, il gémit, il pleure, il mugit jour et nuit vers le Seigneur son Dieu, il se roule aux pieds des prêtres, s'agenouille devant ceux qui sont chers à Dieu, il charge tous les frères d'être ses intercesseurs pour obtenir son pardon... En prosternant l'homme à terre, l'exomologèse le relève ; en le rendant sordide, elle le lave ; en l'accusant, elle l'excuse, en le condamnant, elle l'absout. Moins vous vous serez épargnés vousmêmes, plus Dieu, soyez-en sûr, vous épargnera.

Et pourtant, je présume que la plupart se dérobent à ce devoir ou le diffèrent de jour en jour, parce qu'ils redoutent de s'afficher en public. Ils ont plus de souci de la honte que de leur salut ; comme ces gens qui, ayant contracté quelque maladie aux parties les plus secrètes de leurs corps, cachent leur état aux médecins et meurent ainsi avec leur pudeur. Sans doute, la honte ne peut se résigner à satisfaire le Seigneur irrité, à rentrer en possession du salut gaspillé ? Mais, dis-donc, toi, le pudibond, quand il s'agissait de pécher, tu gardais le front haut, tu le baisses quand il s'agit d'apaiser Dieu... Vraiment c'est un bel avantage que se promet le respect humain, en tenant ses fautes cachées 1 Ce que nous aurons soustrait à la connaissance des hommes, le eacherons^nous à Dien ? Peut-on mettre en balancé

ropinion des hommes et le jugement de Dieu ? Vaut-il mieux être condamné en secret que d'être absous au grand jour ? — Ah! dira-t-on, quelle triste chose que d'arriver ainsi à la confession ! — Sans doute, mais la souffrance mène à la guérison ; d'ailleurs quand il s'agit de faire pénitence il ne faut plus parler de souffrance, parce que l'acte est salutaire. Il est fâcheux d'être amputé, d'être brûlé par le cautère, torturé par l'acidité corrosive de certaines poudres ; et cependant les incommodités qu'infligent ces remèdes trouvent leur justification dan? les services qu'ils rendent, et font accepter le mal présent par la perspective du bienfait à venir.

Si tu recules devant la confession, pense dans ton cœur à l'enfer que la confession éteint pour toi ; représente-toi d'abord la grandeur du châtiment afin de ne plus hésiter à appliquer le remède. Puisque tu sais qu'après le premier rempart que Dieu t'a donné dans le baptême contre l'enfer, il te reste encore une seconde ressource dans la confession, pourquoi abandonnes-tu ton propre salut ? Pourquoi tardes-tu à recourir à un remède que, tu le sais, doit te guérir ?

Né vers 200 à Carthage d'une famille riche et païenne, Cyprien s'était destiné d'abord à la profession de rhéteur et avait remporté dans la haute société de la capitale africaine les succès les plus brillants. Un jour vint où son âme s'ouvrit aux perspectives sérieuses, la grâce de Jésus le toucha, un prêtre vénérable, Cécilien, l'instruisit ; Cyprien demanda le baptême et peu de temps après sa conversion, en 248, il était agrégé au corps presbytéral ; deux ans plus tard une élection presque unanime le portait au siège épiscopal de Carthage qu'il devait illustrer pour jamais. — Les circonstances

étaient singulièrement graves. A peine était-il évêque qu'éclatait la persécution de Dèce, la plus terrible avec celle de Dioclétien qui ait ravagé l'Église. Une longue paix avait débilité les chrétiens d'Afrique ; s'il y eut quelques martyrs, plusieurs confesseurs de la foi, il y eut aussi hélas ! un très grand nombre d'apostats. De la retraite où il se tenait caché, Cyprien essayait de rendre à cette pauvre Église de Garthage un peu de concorde, de force, de dignité. Aussi bien, à peine la persécution terminée, les apostats s'agitaient pour exiger sans condition leur rentrée dans l'Église, et ils trouvaient dans les confesseurs de la foi un appui inattendu. Tout fiers d'avoir résisté à la prison et à la torture, ceux-ci avaient une tendance à se considérer comme de hautes autorités religieuses et mettaient en échec le pouvoir de l'évêque. Par leurs agitations un schisme éclata à Rome ; c'est contre tous ces agissements que Cyprien rédige son plus célèbre écrit, le Traité sur V Unité de V Église. Les années qui suivirent ramenèrent la paix dans l'Église de Rome et dans celle de Garthage ; malheureusement d'assez graves dissentiments s'élèvent bientôt entre ces deux grandes Églises sur la question du baptême des hérétiques. Appuyé par tout le clergé d'Afrique, Cyprien prétendait conserver fet même imposer aux autres l'usage de son Église, qui rebaptisait tous ceux qui avaient reçu le baptême de la main des hérétiques. Un usage contraire, et qui a prévalu, était en vigueur à Rome, et le pape Etienne voulait contraindre Cyprien et l'Église d'Afrique à en reconnaître la légitimité. Des discussions pénibles eurent lieu et Dieu sait ce qui serait arrivé si le pape Etienne n'était mort en 257. Au même moment éclata la persécution de Valérien. D'abord exilé à Curube, d'où il envoyait aux forçats chrétiens encouragements et secours, l'évêque de Garthage comparut à nouveau devant le proconsul d'Afrique le 13 septembre 258 ; le lendemain il était décapité. — Grand évêque, plus que grand écrivain, il n'a pris la plume que pour remplir sa charge pastorale. Mais èes écrits sont précieux pour nous faire connaître l'époque où il vécut et les événements considérables auxquels il fut mêlé.

L'unité de l'Église, fondée sur Pierre, (De unit. Ecoles.)

Pour renverser la foi, corrompre la vérité, détruire l'unité, l'antique ennemi a inventé les schismes. Ceux qu'il ne peut retenir dans l'aveuglement de la voie ancienne, il les circonvient, les trompe, leur montre un nouveau chemin aussi mauvais. Il ravit les hommes du sein même de l'Église ; alors qu'ils s'imaginent approcher de la lumière, fuir la nuit du siècle, il les plonge à leur insu dans de nouvelles ténèbres. Et ces hommes qui ne sont plus d'accord avec l'Évangile du Christ, ses préceptes et ses lois, s'appellent encore des chrétiens ; marchant dans les ténèbres, ils se croient dans la lumière, et cela par la ruse et la tromperie de cet adversaire qui, selon le mot de l'apôtre, se transforme en ange de lumière, et présente comme ministres de justice ses ministres à lui, lesquels apportent les ténèbres au lieu de la lumière, la mort au lieu du salut, le désespoir sous prétexte d'espérance, la perfidie sous le nom de bonne foi, l'Antéchrist sous le nom du Christ. Mentant avec artifice, ils masquent la vérité par leurs arguties. Et tout cela arrive, mes frères bien-aimés, parce que l'on ne sait pas retourner à la source de la vérité, qu'on ne cherche pas où est la tête, le chef, qu'on ne garde pas la doctrine du maître céleste. Si l'on se donnait la peine de réfléchir, d'examiner, il n'y aurait pas besoin d'un long traité, et d'une laborieuse argumentation. La preuve qui mène à la foi est facile, car la vérité n'est pas compliquée. Le Seigneur parle à Pierre : « Je te le déclare^ lui dit-il, tu es pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église^ et les portes de V enfer ne la vaincront pas ; et je te donnerai les clefs du royaume des deux, et ce que tu lieras sur la terre, sera lié dans le ciel, et ce que (w délieras sur la terre sera délié dans le ciel. » ^

i. Matthieu, xvi, 18-19.

Et derechef il lui dit après la résurrection : « Pais mes brebis. » ^ C'est donc sur lui seul qu'il bâtit son Église ; à lui qu'il confie le soin de paître ses brebis. Et bien que, après la résurrection, il ait donné à tous les apôtres un égal pouvoir, en disant : « Comme le Père m'a envoyé^ moi aussi je vous en.voie ; recevez le Saint-Esprit^ celui à qui vous remettrez les péchés^ ils lui seront remiSj celui à qui vous les retiendrez^ ils lui seront retenus », ^ néanmoins, pour rendre évidente l'unité, il a institué une seule chaire, et a décrété par son autorité souveraine qu'un seul des apôtres serait la source de l'unité. Certes les autres apôtres étaient ce que fut Pierre, partageaient les mêmes honneurs, le même pouvoir ; mais l'origine de l'Église est dans l'unité, et la primauté est donnée à Pierre, afin qu'il soit bien clair qu'il n'y a qu'une seule Église et qu'une seule chaire. Tous les apôtres sont pasteurs mais il n'y a qu'un seul troupeau, qui doit être conduit d'un concert unanime par tous les apôtres. Celui qui ne reste point dans l'unité de Pierre, croit-il donc qu'il reste dans la foi ? Celui qui abandonne la chaire de Pierre, sur qui est fondée l'Église, peut-il se vanter d'être dans l'Église ?

Le bienheureux apôtre Paul n'enseigne-t-il point la même chose, ne dévoile-t-il pas le mystère de l'unité, quand il dit : a II n'y a quhm seul corps et un seul esprit^ une seule espérance^ que vous donne votre vocation, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu.^ii Telle est l'unité que nous devons fermement garder et défendre, surtout nous autres évêques, qui présidons dans l'Église, afin de montrer que l'épiscopat lui aussi est un et indivisible. Que nul ne vous trouble par ses mensonges, très chers frères, que nul ne corrompe la vérité de la foi par une perfide prévarication. Il n'y

1. Jean, xxi, 17. — 2. Jean, xx, 21-23. — 3. Ephésiens, i\% 4-6.

a qu'un seul épiscopat, dont chacun de nous possède une partie. Et il n'y a aussi qu'une seule Église, qui par l'accroissement de sa fécondité s'étend de plus en plus. Le soleil a une foule de rayons, mais une seule lumière, un arbre a une multitude de rameaux, mais il n'y a en lui qu'une seule force puisée dans une racine unique ; une source se répand en plusieurs ruisseaux, mais <<i l'abondance de ses ondes semble s'écouler en plusieurs canaux, ses eaux n'ont cependant qu'une seule origine. Séparez un rayon du soleil, l'unité de la lumière ne souffre pas de division ; retranchez de l'arbre un rameau, ce rameau brisé ne peut plus germer. Séparez le ruisseau de sa source, il se dessèche aussitôt. De même l'Église du Seigneur diffuse à travers tout le monde les rayons de sa lumière ; mais il n'y a qu'une seule lumière qui se répand partout, et l'unité de corps n'en est point divisée. Arbre fécond, l'Église étend ses rameaux par toute la terre ; source intarissable, elle répand au loin ses eaux. Et néanmoins il n'y a qu'une seule tête, une seule origine, une seule mère, riche des progrès de sa fécondité.

C'est elle qui nous met au monde, qui nous nourrit de son lait, qui nous anime de son esprit. Épouse du Christ, elle ne connaît point l'adultère, elle est chaste, elle est pudique. Elle ne connaît qu'une seule demeure, elle garde avec une sainte pudeur la chasteté de la couche nuptiale. Elle nous conserve à Dieu ; elle marque pour le royaume céleste les fils qu'elle a enfantés. Quiconque se sépare de l'Église pour se joindre à une adultère, se sépare des promesses de l'Église. Il ne parviendra point à la récompense du Christ, celui qui abandonne l'Église du Christ ; il est étranger, il est profane, il est ennemi. Il ne peut plus avoir Dieu pour Père, celui qui n'a pas l'Église pour mère. Si quelqu'un de ceux qui se trouvaient hors de l'arche de Noé, a pu échapper au déluge, celui qui sera en dehors de l'Église pourra se sauver.

Le Seigneur nous en prévient, quand il dit : « Celui qui n'est pas ai^ec moi, est contre moi, et celui qui n"* amasse pas aQec moi, dissipe son bien. » * Celui qui brise la paix et la concorde du Christ, se fait Tâdversaire du Christ. Celui qui amasse en dehors de l'Église du Çlirist, dissipe les trésors de l'Église. Le Seigneur a dit : « Le Père et moi nous ne sommes qu'un. » ^ Et ailleurs il est écrit du Père, du Fils et du Saint-Esprit que « ces trois ne sont qu'un ». ^ Et l'on pourrait croire que cette unité, dérivée de l'unité divine, analogue au mystère céleste, peut être brisée dans l'Église et séparée par le divorce de volontés rebelles. Ce mystère de 1 -unité, ce bien indestructible de concorde, est figuré par cet épisode de l'Évangile, où l'on voit que la tunique de Notre-Seigneur Jésus-Christ n'est ni déchirée, ni divisée. On tira au sort la robe du Christ, pour savoir qui la revêtirait, et l'heureux gagnant la possède tout entière, sans déchirure, sans division. C'est ce que dit la Sainte Écriture : « Quant à la tunique, voyant qu'elle n*était point cousue, mais tissée d'une seule pièce, les soldais se dirent : Ne la partageons point, mais tirons au sort pour savoir qui Vaura. » ^

Sur le Calice du Seigaeur. (Epist, 63.)

Je n'ignore pas, mon très cher frère, que la plupart des évêques préposés dans l'univers entier aux Églises dn Seigneur.^ gardent fidèlement les enseignements de la vérité évangélique et de la tradition du Seigneur, et ne s'écartent point, pour suivre une pratique humaine et nouvelle de ce qu'a ordonné, de ce qu'a fait le Christ notre Maître. Pourtant comme quelques-uns, par ignorance ou par simplicité n'accomplissent point, en bénissant le cahce du Seigneur et en le distribuant au peuple,

1. Matthieu, xii, 30. — 2. Jean, x, 30. — 3. I Jean, v, 8. — 4- Jean, XIX, 24.

ce qu'a fait et enseigné de faire Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Dieu, l'auteur et l'instituteur de ce sacrifice, j'ai jugé convenable et nécessaire de vous écrire cette lettre, afin que, s'il se trouve encore des personnes dans l'erreur, elles voient la lumière de la vérité, et reviennent à la racine, à l'origine de la tradition du Seigneur.

Ofj sachez-le, on nous a appris à garder, en offrant le calice, la tradition du Seigneur. Nous ne devons donc rien faire d'autre que ce que le Seigneur a fait le premier, et donc offrir, en mémoire de lui, un calice où le vin soit mêlé à l'eau. Puisque le Christ a dit : « Je suis la praie vigne ))^, le sang du Christ, ce n'est pas l'eau, mais le Yin. Dès lors il ne semble pas qu'il puisse y avoir dans le caHce le sang qui nous a rachetés et vivifiés, quand il n'y a point dans le calice ce vin, qui montre le sang du Christ, ce sang que le témoignage mystérieux des Ecritures déclare avoir été répandu pour nous.

Nous voyons le mystère du sacrifice du Seigneur figuré longtemps à l'avance dans le prêtre Melchisédech, selon qu'en témoigne la divine Écriture quand elle dit : « Et Melchisédech^ roi de Salem, offrit en sacrifice du pain et du vin : il était prêtre du Dieu très haut » ^ et il bénit Abraham. Que Melchisédech fût la figure du Chi'ist, c'est ce que le Saint-Esprit déclare dans les psaumes, quand il fait dire au Père, ^'adressant au Fils : « Je fai engendré avant V astre du matin. Tu es prêtre pour V éternité selon V ordre de Melchisédech, » ^

En effet, qui donc est plus prêtre du Dieu Très Haut que Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a offert un sacrifice à Dieu son Père, et précisément le même sacrifice offert par Melchisédech : du pain et du \'in, et c'est à sa\oir son corps et son sang. Dans la Genèse Melchisé- '"ch bénit Abraham ; pour que cette bénédiction pût

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