‹ Le dogme catholique dans les pères de l'égliseChapitre 57 sur 150 · LES GRANDES CONTROVERSES THÉOLOGIQUES · texte numérisé non relu

LES GRANDES CONTROVERSES THÉOLOGIQUES

Trois grandes controverses théologiques alimentent, durant l'époque que nous allons étudier, les écrits et les discours des grands docteurs de l'Eglise. La controverse arienne soulève d'une manière plus vive que jamais la question de la divinité du Verbe de Dieu, qui se manifeste en Jé'^us. A peine est-elle terminée que le débat reprend, plus aigu, sur la personne même de Jésus- Christ, sur l'union en lui des deux éléments divin et humain. Pendant que cette question agite l'Orient, l'Occident qui n'a pris qu'une part restreinte à ces débats, est troublé à son tour par les discussions relatives au salut de l'homme, à la prédestination, à la grâce. C'est dans ces cadres que nous allons grouper les principaux écrivains de cette période féconde.

La croyance à la divinité de Jésus-Christ a toujours été considérée comme le fondement même du Christianisme. Aussi quand Arius, un prêtre d'Alexandrie, commença vers 320 à enseigner que le Verbe, incarné en Jésus, n'était qu'une créature formée par Dieu, avant le début du monde, pour être l'ouvrier de la création, n'y eut-il qu'une voix dans l'Église pour dénoncer l'impiété de cette doctrine. Condamné d'abord par l'évêque Alexandre d'Alexandrie, Arius le fut bientôt par un grand concile rassemblé à Nicée en 325. Aux erreurs qu'enseignait le prêtre d'Alexandrie, le Concile opposa l'enseignement traditionnel, tel qu'il s'exprimait dans les symboles de foi des grandes Éghses d'Orient. Ces formules il les compléta, en ajoutant que le Fils de Dieu était consuhstantiel au Père, c'est-à-dire du même être, de la même substance que lui. La controverse arienne semblait close ; elle ne faisait que commencer.

Pour des raisons diverses, les unes politiques, les autres doctrinales, plusieurs évêques d'Orient tentèrent à partir de 335 sinon de réhabiliter la doctrine d'Arius, du moins d'attaquer la doctrine du Consuhstantiel^ proclamée à Nice. Soutenus par deux empereurs successifs, ils faillirent à plusieurs reprises faire triompher des pro- ; fessions de foi qui masquaient ou atténuaient les points i les plus importants du symbole de Nicée. Mais ils rencontrèrent en la personne d'Athanase, l'évêque d'Alexandrie, le plus infatigable des adversaires. Sans doute i l'illustre docteur mourra-t-il sans voir le triomphe définitif de l'orthodoxie, mais l'entrée en hgne, après 360, de trois grands évêques de Cappadoce, Basile et les deux Grégoire, amènera enfin au Concile de Constantinople en 381 la déroute complète de l'Arianisme.

Le symbole de Nicée.

Nous croyons en un seul Dieu Père tout-puissant, créateur de toutes choses, visibles et invisibles. Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, le fils do Dieu, seul engendré du Père, c'est-à-dire de la substance du Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré et non point créé, consubstantiel au Père, et par qui toutes choses ont été faites dans le ciel et sur la terre. Pour nous hommes et pour notre salut, il est descendu (des cieux), s'est incarné, s'est fait homme, a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, d'où il reviendra juger les vivants et les morts. (Nous croyons)aussi au Saint-Esprit.

Quant à ceux qui disent : « il fut un temps où le Fils de Dieu n'existait pas ; il n'existait pas avant d'être engendré ; il a été fait du néant » ou qui déclarent qu'il est d'une autre substance ou essence, qu'il est une créature, exposée aux changements ou aux mutations, lui le Fils de Dieu, tous ces gens-là, l'Église catholique les anathématise.

Né vers 265, mort en 340, Eusèbe Pamphile est devenu évêque de Césarée de Palestine peu après 313. Cette qualité d'évêque d'un des grands sièges métropolitains de l'Orient, autant que sa renommée d'écrivain ecclésiastique, lui ont valu de jouer un certain rôle au Concile de Nicée. C'est peut-être, le symbole de l'Église de Césarée, présenté par lui aux Pères assemblés, qui a servi de thème au symbole qui fut définitivement rédigé. Mais la théologie d'Eusèbe manquait encore de précision ; même après Nicée, il maintient dans ses ouvrages relatifs au Fils de Dieu une terminologie flottante,trouble et dangereuse. Son caractère non plus n'était pas 6 la hauteur do ses connaissances qui étaient grandes ; il 80

EUSÊBE DE CÉSARÉE 117

laissera entraîner dans la coalition des évêques orientaux ennemis d'Athanase et du Consuhstantiel auquel il a souscrit à Nicée. Sa mémoire souffrira de toutes ces compromissions.

Mais l'attitude regrettable que prit Eusèbe en ses dernières années, ne doit pas faire oublier les très réels services qu'il a rendus à l'Église. Historien, il est le premier qui ait songé à écrire l'histoire de l'Église depuis ses origines jusqu'à l'époque où lui-même vivait, et ses livres historiques, en particulier VHistoire ecclésiastique rédigée avant 325, sont la source la plus précieuse de nos renseignements sur l'antiqrité chrétienne. Apologiste, il a défendu la foi catholique contre les attaques des philosophes païens, et a présenté dans sa Préparation et sa Démonstration évangéliques, quelquefois sons une forme nerveuse et populaire, les preuves de la divinité de Jésus-Christ et de l'enseignement chrétien. Théologien, et c'est la partie la plus discutable de son œuvre, j1 a essayé de confondre dans la même réprobation la vieille hérésie sabellienne et les interprétations, peut-être un peu troublantes, qu'avait données du Consuhstantiel nicéen l'évêque d'Ancyre, Marcel. Exégète enfin, il a essayé d'éclaircir plusieurs questions assez délicates de lexicographie et de topographie bibliques. — Au demeurant, fécond écrivain, d'une prodigieuse activité, mais de peu d'originalité ; il n'a guère de ressemblance avec les grands évêques dont nous aurons à parler.

Les passages qui suivent montreront que sa foi, très sincèrement chrétienne, n'avait pas toujours trouvé les expressions justes et concises rendues nécessaires par les circonstances.

La préexistence et la divinité de Jésus- Christ,

(Hist. EccL, 1. I, op. I et ii.)

Les successions des saints apôtres, et les temps écoulés d^jpuis notre Sauveur jusqu'à nous, toutes les grandes choses que l'on raconte avoir été accomplies dans l'histoire ecclésiastique ; les personnages de cette histoire tjui ont présidé avec éclat au gouvernement des plus

illustres sièges, ceux qui, dans chaque génération, ont été par leur parole ou dans leurs ouvrages les ambassadeurs de la parole divine ; les noms, la qualité et l'époque de ceux qui, emportés au loin par le charme et la nouveauté de l'erreur, se sont présentés comme les introducteurs d'une science mensongère, et ainsi que des loups cruels ont ravagé sans pitié le troupeau du Christ ; ensuite les malheurs qui ont accablé toute la nation des juifs, aussitôt après l'attentat contre notre Sauveur ; puis la nature, la variété et les temps des nombreux combats que la doctrine divine a soutenus contre les païens ; ceux qui, suivant les temps, ont pour elle engagé la lutte au prix de leur sang et de leurs supplices ; comme aussi les martyres qui ont eu lieu de nos jourê, et enfin la délivrance qui nous est venue de la miséricordieuse bonté de notre Sauveur : voilà ce que j'ai entrepris de transmettre par écrit.

Le point de départ de mon travail ne sera autre que le commencement de la mission de notre Sauveur et Seigneur Jésus, le Christ de Dieu... Quiconque en effet veut écrire un exposé de l'histoire ecclésiastique doit d'abord traiter des débuts de Véconomie (de la mission) du Christ lui-même, puisque nous avons l'honneur de tirer notre nom de lui, économie du reste plus divine qu'il ne paraît à beaucoup.

Le Christ a un double aspect on peut comparer l'un à la tête du corps, et par lui il est reconnu Dieu ; l'autre aux pieds, et par lui il a revêtu notre humanité, et est devenu capable de souffrir comme nous, pour notre

salut La génération, la dignité, la substance même

et la nature du Christ, dépassent tout ce que peut exprimer la parole ; c'est pourquoi F Esprit-divin dit dans les prophéties: n Qui racontera sa génération py^'^ Cdjot personne

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