‹ Le dogme catholique dans les pères de l'égliseChapitre 77 sur 150 · Jean, i · texte numérisé non relu

Jean, i

J.F. nOOMF. 7

race que son père. Si donc vous avez reçu Dieu, et si vous êtes devenu Penfant de Dieu, montrez par le choix de votre volonté le Dieu qui est en vous, montrez en vous-même celui qui vous a engendré. Les marques auxquelles nous connaissons Dieu doivent faire voir la parenté avec Dieu de celui qui est devenu fils de Dieu. Il ouvre sa main et rassasie tous les êtres de bonne volonté, il pardonne l'iniquité, et regrette le mal qu'il envoie, le Seigneur est bon envers tous, il n'exerce pas sa colère chaque jour ; Dieu est un maître droit, et il n'y a pas d'injustice en lui ; et tous les traits du même genre dont nous instruit çàet là l'Écriture. Si vous portez ces marques, vous êtes devenu vraiment l'enfant de Dieu. Si vous persistez au contraire dans les caractères du vice, vous répéterez en vain que vous êtes né d'en haut. La voix du prophète vous dira : Tu es fils d'un homme et non du Très-Haut. Tu aimes la vanité et tu recherches le mensonge. Tu ne sais comment l'homme est magnifié ; tu ignores qu'il ne peut l'être qu'en étant pieux.

Il faudrait ajouter à ces enseignements ce qui nous reste à dire : c'est d'abord que les biens offerts dans les promesses divines à ceux qui auront bien vécu défient, par leur nature, la possibilité d'en donner un aperçu. Comment décrire en effet ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas ouï, ce qui n'est pas parvenu jusqu'à l'esprit de l'homme ?

La vie douloureuse des pécheurs ne peut, elle non plus, être comparée à rien de ce qui fait souffrir les sens ici-bas. Même si l'on applique à quelqu'un des châtiments infligés dans l'au-delà les noms connus ici-bas, la différence reste immense. Par le mot ; feu, vous avez appris à concevoir tout autre chose que le feu d'ici-bas, parce que celui-là possède une propriété que n'a pas celui-ci ; l'un en effet ne s'éteint pas, tandis que l'expé-

rience a découvert bien des moyens d'éteindre l'autre, et la différence est grande entre le feu qui s'éteint et le feu inextinguible. C'est donc tout autre chose que le feu d'ici-bas. Qu'en entendant parler du ver, on ne se laisse pas entraîner non plus, par la similitude des noms, à songer à cette bête qui vit sur la terre. Le qualificatif d'éternel qui s'y ajoute, nous fait concevoir en effet une nature différente de celle que nous connaissons.

Puisque ce sont là les traitements qui nous attendent dans l'autre monde, et qu'ils sont, dans la vie, le résultat et l'épanouissement de la libre volonté de chacun, selon l'équitable jugement de Dieu, les esprits sages doivent avoir en vue non pas le présent, mais l'avenir, jeter dans cette vie brève et passagère les fondements de l'ineffable félicité, et, en tournant leur volonté vers le bien, se garder de faire l'expérience du mal, aujourd'hui pendant la vie, plus tard au moment de la rémunération éternelle.

Vin. SAINT GRÉGOIRE DE NAZIANZE.

Comme Grégoire de Nysse et Basile de Gésarée auxquels il a été uni par une étroite amitié, Grégoire de Nazianze appartient au groupe des Cappadociens qui ont tant contribué à rétablir dans l'Église d'Orient la paix avec l'orthodoxie. II est né en 330 à Nazianze, a passé par les écoles de Césarée de Palestine, d'Alexandrie, d'Athènes. C'est en cette dernière ville qu'il a fait la connaissance de Basile et s'est lié avec lui d'une amitié qui ne se démentira jamais. A son retour à Nazianze, il a été ordonné prêtre par son père, qui était l'évêque de cette ville ; c'est là que Basile, en quête d'évêques orthodoxes prêts à soutenir sa politique religieuse, est venu le chercher pour le faire évêque de Sasime en 372. Mais plus fait pour la méditation et la solitude que pour la lutte, Grégoire au début hésite à s'engager personnellement, et ne se hâte point d'aller occuper son siège épiscopal. En 379 il se rend à Constantinople où il séjournera trois ans. C'est

le moment de sa. plus grande activité. Autour de lui se rallient les fidèles qui ont su résister aux séductions de l'arianisme officiel. Par son zèle, par son éloquence, par sa bonté Grégoire fait croître de jour en jour ce petit troupeau qui finit par devenir nombreux. Et quand l'avènement de Théodose vient enfin rendre possible la réunion à Constantinople d*un concile orthodoxe, Grégoire est élevé sur le siège épiscopal de la capitale. Il n'y reste pas longtemps, l'opposition de quelques évêques l'amène bientôt à démissionner, il rentre dans la solitude et le calme de la petite ville d'Arianze où il mourra vers 390. Du moins avait-il eu la consolation de voir triompher à Constantinople l'orthodoxie nicéenne pour laquelle avaient combattu Basile, Grégoire de Nysse et tous les Cappadociens.

Les Grecs lui ont donné le nom de Grégoire le Théologien. Il doit principalement ce titre à la série de discours prononcés à Constantinople de 379 à 381, dans lesquels il a fait contre toutes les oppositions hétérodoxes l'apologie du consubstantiel nicéen. L'importance de ses autres discours (quarantecinq sont conservés) n'est pas moindre. Grégoire y donne toute la mesure de son talent, moins vigoureux que celui de Basile, moins profond que celui de Grégoire de Nysse, mais insinuant, mesuré et pour tout dire vraiment classique.

Les poèmes dans lesquels Grégoire de Nazianze s'est efforcé de reproduire et ses pensées théologiques et l'histoire des événements principaux de sa vie, sont loin de valoir les discours ; très peu des nombreuses pièces versifiées qu'il a laissées ont une valeur poétique. La correspondance de Grégoire vaut mieux que toute cette poésie ; elle se distingue par sa langue excellente et son élégance parfois un peu recherchée.

La divinité du Fils. (3® discours théologique,)

Les raisons que Ton vient de donner devraient suflire pour faire sentir aux Ariens combien est dangereuse cette promptitude qu'ils ont à disputer sur toutes sortes de sujets et particulièrement sur la divinité. Mais reprendre est facile, c'est à la portée du premier venu ; au contraire

il faut de la piété et du savoir pour opposer à la fausse doctrine sa propre pensée. Nous confiant donc en la protection du Saint-Esprit que les hérétiques méprisent et que nous adorons, exposons en pleine lumière, comme l'on fait d'un fils bien-né, nos propres conceptions sur la divinité. Ce n'est pas que nous ayons autrefois gardé le silence, car nous n'avons jamais manqué de courage et de générosité ; mais c'est que nous avons maintenant plus de liberté et que nous pouvons défendre la vérité avec plus d'assurance. Prenons garde que notre timidité, comme dit l'Écriture, ne nous empêche de plaire à Dieu.

Or il y a deux choses à faire : établir nos dogmes ; détruire les objections de nos adversaires ; ainsi donc après avoir déclaré nos sentiments, nous nous appliquerons à détruire les principes qui leur sont contraires, et cela avec toute la brièveté possible, afin qu'on puisse voir d'un coup d'œil ce que nous avons à dire...

Il y a eu autrefois trois opinions sur la divinité : pas de maîtres ; plusieurs maîtres ; un seul Maître. Les païens eux-mêmes se sont moqués des deux premières opinions : L'absence de maître, c'est le désordre ; la plurahté, c'est la discorde, par conséquent aussi l'anarchie et le désordre, comme en la première hypothèse. Et cela mène à la même situation, au désordre, à la dissolution. Pour nous, nous reconnaissons l'autorité souveraine d'un seul Dieu ; je dis d'un seul Dieu, je ne dis pas d'une seule personne, je parle d'une même nature et d'une même volonté, d'un même mouvement, d'un retour à l'unité de ceux qui sortent de l'unité, (ce qui est impossible dans la nature physique) en sorte qu'il y a distinction numérique des personnes, sans qu'il y ait division de l'essence. L'unité passant par la dualité s'arrête à la Trinité ; voilà ce qui fait que nous reconnaissons le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Le Père engendre sans passion, d'une manière incorporelle, en dehors du temps;

le Fils est engendré, le Saint-Esprit procède, ou de quelque autre terme qu'on veuille se servir pour expliquer des choses qui ne tombent point sous les sens...

Mais, demaiîdera-t-on, quand est-ce que tous ces mystères ont été opérés ? S'il faut le dire hardiment, ils sont depuis que le Père existe. — Et depuis quand le Père est-il ? — Il n'y a point de moment où il n'était pas. Et cela est vrai aussi du Fils et du Saint-Esprit. — Si vous me demandez quand le Fils a été engendré, je vous réponds qu'il n'a point de commencement, non plus que le Père ; depuis quand le Saint-Esprit procède ? même réponse que pour le Fils. Cette génération et cette procession passent les forces de l'entendement humain. Nous sommes nécessairement obligés de former quelque image temporelle, ou quelque représentation de durée, pour nous imaginer les choses qui sont avant le temps ; car, quelque violence que nous fassions à ces termes, quand^ avant^ après^ dès le commencement, nous ne pouvons les imaginer qu'en fonction du temps, sans jamais nous figurer l'éternité, cet intervalle qui répond aux chose éternelles et n'est point défini par le mouvement ou le cours du soleil qui fait la mesure du temps.

Mais, dira-t-on encore, si le Fils et le Saint-Esprit sont coéternels au Père, pourquoi ne sont-ils pas sans principe, comme lui ? C'est qu'ils viennent de lui, quoiqu'ils ne lui soient pas postérieurs. Ce qui n'a point de principe est nécessairement éternel ; mais il n'est pas nécessaire que ce qui est éternel n'ait point de principe. Le Fils et le Saint-Esprit reconnaissent donc un principe, le Père... Vous demandez ensuite comment il est possible que cette génération soit exempte de passions ? C'est qu'elle est incorporelle. Si la génération corporelle est jointe à quelque passion, la génération incorporelle en doit être affranchie. Je vous demanderai d'ailleurs à mon tour : Gomment le Fils pourra-t-il être Dieu, s'il n'est qu'une

eréature? Car une créature ne peut être Dieu. Est-il besoin d'ajouter, que si vous expliquez cette création d'une, façon corporelle, il y aura ici aussi passion, temps, désir^ formation^ souci^ espoir, peine, danger, échec, réparation, et tous autres accidents nécessairement attachés à une création de ce genre ?

De quelle nature est-il donc ce Père, qui n'a point de principe ? Il est tel qu'on ne peut trouver l'origine de son essence ; au contraire celui qui a commencé d'être, commence aussi à être père. Lui n'est pas devenu Père, il l'a toujours été ; il est Père parce qu'il n'est pas le Fils, de même que le Fils de Dieu est le Fils, parce qu'il n'est pas aussi le Père. Pour ce qui nous concerne, ces noms ne nous conviennent pas proprement, parce que nous sommes l'un et l'autre, et pas plus l'un que l'autre ; d'autre part nous provenons de deux parents ; et nous sommes donc comme divisés, devenant hommes seulement peu à peu, et non pas tels que nous souhaiterions d'être ; abandonnés de nos parents, ou les abandonnant, en sorte qu'il ne subsiste plus entre eux et nous que des relations sans aucune réalité...

Mais comment, dit-on encore, le Fils a-t-il été engendré ? Ce mystère ne serait guère considérable si vous pouviez le comprendre, vous qui ne concevez pas même de quelle manière vous êtes venu au monde, quoique vous vous flattiez de tout savoir. Quelle peine ne faut-il pas que vous vous donniez avant que vous puissiez trouver de quelle manière vous avez été conçu, formé, mis au jour ; comment l'âme est unie au corps, comment le corps se meut, comment il croît, comment il transforme les aliments en sa substance ; comment fonctionnent les âens, la thémoire, la réminiscence, les auttfeë facultés dont vous êtes composé, celles qui dépendent dé î'âtîie et du corps, celles qui agissent séparément ou qui s'aident mutuellement les unes les autres. Il y en a qui ne

croissent et ne se perfectionnent qu'avec le temps, bien qu'ayant leur principe en même temps que la génération. Quand vous aurez démêlé tous ces embarras, vous ne serez pas pour cela en état de parler de la génération divine ; cette matière est périlleuse. Car même si vous vous connaissiez parfaitement vous-même, il ne s'ensuit pas encore que vous connaissiez Dieu de la même manière ; mais si vous ignorez tout de votre naissance, comment pourriez-vous connaître la génération de Dieu. Autant Dieu est au-dessus de l'homme, autant sa naissance dépasse la vôtre.

Si vous niez qu'il a été engendré parce que vous ne pouvez comprendre ce mystère, combien faudra-t-il par ce principe que vous retranchiez de choses de la nature, ■ que vous ne connaissez point ; et pour commencer, supprimez Dieu lui-même ; car quelque présomption, quelque audace que vous ayez, vous ne pouvez expliquer ce qu'il est. Laissez donc de côté tous ces termes de flux, de divisions, de sections, et ne raisonnez pas de cette nature incorporelle comme d'un corps. Peut-être alors concevrez-vous quelque chose qui approche de cette génération divine. Comment a-t-il été engendré ? Je vous le répète avec indignation et douleur ; il faut honorer ce mystère par un silence respectueux. C'est déjà beaucoup pour vous de savoir qu'il a été engendré ; comment le comprendriez-vous, puisque les Anges mêmes ne le comprennent pas ? Voulez-vous que je vous dise comment ? C'est de la manière que le sait le Père qui a engendré et le Fils qui a été engendré ; le reste est couvert d'un épais nuage et se dérobe à la faiblesse de votre vue.

Après avoir examiné les objections faites par les Ariens contre la génération divine du Fils, Grégoire continue en ces termes :

Mais puisap«<''I]^5^jcoj^|ggjiS9ïï<i^ vos sub

yr. MIOHAEL'8 OOL.LEQE

tilités, et la force invincible de vos raisonnements, voyons si vous aurez le même bonheur à vous servir des divins oracles pour nous persuader vosnouveauxdogmes. Pour nous, en effet, nous avons trouvé dans les grandes et admirables paroles de l'Écriture la divinité du Fils et c'est pourquoi nous la proclamons. Quelles paroles ? Ces mots de Dieu^ de Verhe^ au commencement ; celui qui est avec le principe^ le principe. Au commencement^ est-iî écrit, au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu^. Et encore: Avec vous est le principe'^; Et ailleurs le Fils est appelé: Le Fils unique qui est dans le sein du Père^; il s'appelle luimême la voie., la vérité, la vie * ; il déclare qu'il est la lumière du monde ^. Saint Paul le nomme : le Christ sagesse de Dieu, puissance de Dieu^,et ailleurs: le rayonnement de la gloire divine, V empreinte de sa substance., V image de]sa bonté''. Il est dit encore que Dieu Va marqué de son sceau ^ L'Écriture l'appelle: le Seigneur, le Roi, Celui qui est, le Tout- Puissant. Et toutes ces appellations s'appliquent clairement au Fils, et d'autres encore de la même vigueur ; et aucune ne marque que rien ait été jamais surajouté par la suite au Fils et au Saint-Esprit, pas plus qu'au Père. Leur perfection en effet n'est pas le fait d'additions successives. Le Père n'a jamais été sans son Verbe, il a toujours été Père, il a été de toute éternité accompagné de la Vérité, de la Sagesse, de la Puissance, de la Vie, de sa Splendeur, de sa Bonté.

Mais pour vous opposer maintenant à ces expressions scripturaires, apportez celles que votre ingratitude a l'habitude de resasser: Ces paroles du Christ: mon Dieu, votre Dieu, le Père est plus grand que moi, il m'a fondé, il

1. Jean, i, 1. — 2. Psaume cix, 3. — 3. Jean, i, 18. — 4. Jean, XIV, 6. — 5. Jean, viii, 12. — 6. I Corinthiens, i, 24. — 7. Hébreux, ï, 3. — 8. Jean, x, 36.

202 hk CONTROVERSE ARIENNE

fn^a crééy il nCa sanctifié. Ajoutez-y encore si vous voulez les termes d'esctaçe^ à'' obéissant ; et ces paroles : il a donnée il a pris^ on lui a ordonné^ on Va envoyé^ il ne fait rien de lui-même^ il ne peut de lui-même ni parler^ ni fttgery ni donner^ ni couloir. Parlez encore de son ignorance, de sa soumission, de sa prière, de ses questions, de ses progrès, de son perfectionnement. Joignez-y, si vous le désirez, des termes encore plus humbles : dormir, avoir faim, être fatigué, pleurer, craindre la mort, être accablé de tristesse ; et reprochez aussi au Christ sa croix et son supplice. Vous passerez sa résurrection et son ascension, parce que ces mystères favorisent notre thèse. Et vous pourrez cependant encore entasser plusieurs autres passages pour appuyer votre thèse de la divinité fausse, équivoque, du Christ, pour attaquer notre thèse qui le proclame vrai Dieu et égal au Père en toutes choses.

Certes il n'est point difficile d'expliquer en détail chacun de ces passages, et de leur donner à tous un sens très orthodoxe pour vous ôter tout prétexte et vous empêcher de vous forger des obstacles chimériques. Mais pour abréger, vous n'avez qu'à attribuer à la Divinité, à cette nature incorporelle et exempte de passions, les expressions les plus nobles et qu'à donner au Verbe incarné qui s'est anéanti pour nous celles qui marquent quelque faiblesse. Mais parce qu'après s'être revêtu de la misère humaine, il a été exalté, élevez-vous au-dessus de ces idées basses et rampantes, montez avec la divinité ; ne vous attachez point aux choses sensibles, séparez ce qui convient à la nature divine, d'avec ce qui se ressent de l'humanité.

Oui, celui que vous méprisez maintenant était autrefois au-dessus dp vous ; celui qui est homme ^aujourd'hui, était incapable d'aucune composition ; ce qu'il était, il l'est demeuré, mais il a pris ce qu'il n'était pas. Au

commeneemént il était, et dans une parfaite indépendance, car qui peut être la cause de Dieu ; puis plus tard il a été soumis à diverses causes. Et pourquoi ? sinon pour te sauver, toi son insulteur ; toi qui rabaisses sa divinité, parce qu'il a pris ta misère. Oui, il a pris une chair par l'intermédiaire d'une âme, il s'est fait homme, lui qui était Dieu, et en lui l'homme uni au Dieu ne fait qu'un, mais dans cette union, c'est le Dieu qui l'emporte, afin que moi je devienne Dieu autant que lui s'est fait homme. Il est né, sans doute, mais il a été engendré ; il est né d'une femme, mais cette femme était une vierge. Et cela est de l'homme, tandis que ceci est de Dieu. Ici-bas il est sans père, mais là-haut il est sans mère. Et ces deux choses montrent sa divinité. Il fut porté dans le sein de la Vierge, mais un prophète le reconnut avant qu'il en fût sorti et témoigna par son tressaillement la joie qu'il avait de voir son Créateur. Il a été enveloppé de langes, mais en ressuscitant il a brisé les liens dont on l'avait entouré à sa sépulture. Il a été couché dans une crèche, mais au même moment il était chanté par les anges, signalé par l'étoile, adoré par les mages. Pour^ quoi donc te laisser éblouir par ce qui frappe tes yeux, au lieu de t'élever par la raison au-dessus de tes sens. Oui, il a fui en Egypte, mais il a fait fuir les superstitions des Égyptiens ; il n'avait parmi les juifs ni éclat, ni beauté ; mais David le proclamait à l'avance le plus beau des enfants des hommes, sur la montagne de la transfiguration, il resplendissait, devenu plus éclatant que le soleil ; et c'était le présage de sa gloire future.

Il a été baptisé comme homme ; mais il a effacé les péchés comme Dieu ; il n'avait nul besoin d'être purifié, mais il voulait sanctifier les eaux. Il a été tenté comme homme, mais il a remporté la victoire comme Dieu, et il peut nous exhorter à la confiance^ parce qu'il a vaincu le monde. Il a eu faim, mais il a nourri des milliers

d'hommes, et il est le pain vivant, le pain céleste. Il a eu soif ; mais entendez le crier : « Si quelqu'un a soif qu'il vienne à moi et qu'il hoive » ^,et promettre que les croyants deviendraient des fontaines d'eau vive. Il a connu la fatigue, mais il est le repos de ceux qui sont las et écrasés sous leur fardeau. Il a été accablé de sommeil, mais il a marché sur les flots, fait taire les vents, empêché Pierre d'être submergé. Il a payé le tribut, mais il est roi de ceux qui l'exigent. On l'a appelé démoniaque et Samaritain, mais il a guéri celui qui était tombé entre les mains des voleurs sur le chemin de Jérusalem ; mais il a été reconnu des démons et il les a mis en fuite ; mais il a précipité dans la mer des légions de malins esprits ; mais il a vu le prince des démons tomber des cieux comme un éclair. On lui a jeté des pierres ; il n'en a point souffert. Il prie ; mais il exauce les prières des autres. Il pleure ; mais il sèche les larmes. Il demande où l'on a mis Lazare, car il est homme ; mais il le ressuscite car il est Dieu. On l'a vendu à vil prix, pour trente pièces d'argent ; mais il rachète le monde, et à quel prix, au prix de son sang. On le conduit comme l'agneau à la boucherie, mais c'est lui qui est le berger d'Israël d'abord, de toute la terre aujourd'hui. Il est comme l'agneau sans voix ; mais il est le Verbe, la parole, annonçant à tous dans le désert par la bouche du précurseur l'évangile du salut. Les blessures qu'on lui a faites l'ont rendu tout languissant ; mais il guérit toute maladie et toute infirmité. On l'a jeté sur le bois, on l'y a cloué ; mais par l'arbre de vie, il nous sauve ; mais il sauve le larron crucifié avec lui ; mais il répand les ténèbres sur toute la face de la terre. Il est abreuvé de fiel et de vinaigre ; mais qui donc ? celui qui changea Peau en vin, celui qui adoucit toutes nos amertumes, celui qui eât l'objet de tous nos désirs. Il rend l'âme j

mais il a le pouvoir de la reprendre ; mais au moment où il expire le voile du temple se déchire, (car les mystères célestes se dévoilent), les rochers se fendent, les morts ressuscitent. Il meurt, mais il rend la vie, et par sa mort il détruit l'empire de la mort. On l'ensevelit, mais il ressuscite. Il descend aux enfers, mais il en ramène les âmes, mais il monte au ciel, mais il en viendra juger les vivants et les morts, pour confondre tous ces raisonneurs. Ah! si quelques passages de l'Écriture sont pour toi une pierre de scandale, qu'il y en a d'autres pour dissiper ton erreur !

Et tout ceci je l'ai dit, bien contre moii gré, à l'adresse de ceux qui aiment la dispute ; les gens de bien n'ont pas de goût pour les paroles inutiles et les vaines dissertations ; et c'est déjà bien trop d'un seul adversaire à combattre. Mais il a fallu se conformer au goût des gens à qui l'on a affaire ; les remèdes sont faits pour les maladies. On a voulu leur faire voir qu'ils ne sont ni si subtils, ni si habiles qu'ils le pensent, qu'ils ne sont point invincibles quand il s'agit d'affaiblir l'Évangile. Quand, abandonnant la foi, l'on ne met en avant que les pauvres raisons humaines, on s'expose tout simplement à détruire par ses vaines recherches les paroles saintes de l'Esprit, et puis l'on est vite dépassé par la grandeur du sujet. Qu'arrive-t-il ? La faiblesse de nos raisons fait tort à la religion même, les termes recherchés anéantissent, comme dit l'Apôtre, la croix même de Jésus-Christ. La foi doit être le complément de notre raison. Ah! s'il pouvait, celui qui nous propose tant de questions subtiles, changer enfin de méthode et prendre, au lieu de ces vaines arguties, les sentiments de la véritable piété; s'il pouvait mériter au lieu du nom de sophiste habile celui de véritable chrétien. Ah, nous l'en suppHons, nous l'en conjurons au nom du Christ : « Réconciliez-vous avec Dieu, n'éteignez pas T Esprit, a Ou plutôt que lô

Christ se réconcilie avec vous, que l'Esprit-Saint, Mti peu tard peut-être, vienne enfin vous illuminer. Et si poui'tant vous aimez trop la dispute, nous voulons, nous, conserver le dogme de la Trinité sainte, afin d'être sauvés par elle demeurant purs et sans tache, jusqu'à ce que se dévoilent pleinement les réahtés que nous espérons, en Jésus-Christ, Notre-Seigneur, à qui soient gloire et honneur dans tous les siècles. Amen.

Page 1