Job, XXIX, 15, sq
nesse, mais d'un vol, d'une perte, qui ne lui permette plus de pourvoir à son pain quotidien.
La libéralité s'exerce sous sa forme la plus haute en rachetant les captifs, en les arrachant aux mains des ennemis, en préservant les hommes de la mort et surtout les femmes du déshonneur, en rendant les enfants aux parents, les parents aux enfants, les citoyens à leur patrie. Nous ne l'avons que trop vu quand la Thrace et rillyrie furent ravagées ^. Combien de captifs furent alors mis en vente dans tout l'univers ! si on les avait réunis, leur nombre eût dépassé la population de toute une province. Et pourtant il se rencontra des hommes, qui voulurent rejeter dans la servitude ceux-là même que les Églises avaient rachetés. Plus durs que l'esclavage même, ils voyaient d'un mauvais œil la générosité d'autrui...
La meilleure Hbéralité est donc celle qui rachète les captifs, surtout des mains barbares qui n'accordent à la pitié, que ce que la cupidité leur conseille pour ne pas compromettre le rachat ; celle qui assume les dettes d'autrui, quand le débiteur est insolvable et acculé par ses créanciers à une solution juridique sans doute, mais qui le met dans la misère ; celle qui nourrit les petits enfants et protège les orphelins...
Mieux vaut être miséricordieux et nous créer des ennuis ou même nous exposer à la jalousie, que de nous montrer inhumains. C'est ainsi que naguère nous avons été en butte aux traits de l'envie pour avoir brisé les vases sacrés, et les avoir fait servir à la rançon des captifs, ce qui pouvait déplaire aux Ariens. Et encore n'était-ce pas tant le fait lui-même qui les choquait ; mais ils étaient heureux de trouver en nous un point
1. En 378, les Goths défirent et tuèrent à Andrinople l'empereur Valens et envahirent la Thrace et l'Illyrie, qui furent odieusement ravagées,
vulnérable. Pourtant qui peut être assez dur, assez féroce, assez inhumain pour regretter que des hommes aient été arrachés à la mort, des femmes au déshonneur, pire pour elles que la mort, des enfants en bas âge à l'idolâtrie, qu'ils auraient embrassée par crainte de la mort ?
Nous avions doiic eu de bonnes raisons pour agir comme nous avions fait. Mais nous ne manquâmes pas de dire et de répéter au milieu du peuple, que mieux valait conserver des âmes au Seigneur que de sauver des trésors. Celui qui envoya ses apôtres sans or, n'a pas eu besoin d'or pour former son Éghse. L'Église a de l'or, non pour le garder, mais pour le répandre et venir en aide au malheureux. A quoi bon garder ce qui ne sert à rien. Ne savez-vous pas quelle quantité d'or et d'argent les Assyriens ont emportée du temple du Seigneur ? Les prêtres juifs n'auraient-ils pas mieux fait de fondre ces trésors, pour nourrir les malheureux à défaut d'autre ressource, plutôt que de les laisser empor* ter par un ennemi sacrilège ? Le Seigneur ne nous diraitil pas : « Pourquoi as-tu laissé mourir de faim tant de nécessiteux ? Puisque tu avais de l'or, tu devais pourvoir à leurs besoins. Pourquoi tant de captifs ont-ils été vendus à l'encan, ou mis à mort faute d'avoir été rachetés ? Mieux valait conserver ces vases vivants que des vases de métal. »
A cela, il n'y aurait vraiment rien à répondre. Que dit-e en effet ? « Je craignais de laisser sans ornement le temple de Dieu. » Mais les sacrements n'exigent point des vases d'or, ce n'est pas de l'or que tire son prix, ce qui ne s'achète pas avec de l'or. L'ornement des cérémonies saintes, c'est le rachat des captifs. Les vases vraiment précieux sont ceux qui rachètent les âmes de la mort. Le vrai trésor du Seigneur c'est celui qui opère co que son sang a opéré. C'est alors vraiment (jue l'on
reconnaît le calice du sang du Seigneur, quand dans le calice et dans son contenu on trouve le rachat. Le calice rachète à l'ennemi ceux que le sang du Christ avait rachetés au péché. Qu'il est beau quand une foule de captifs sont rachetés par l'Église de pouvoir dire : « Ceux-là, c'est le Christ qui les a rachetés »... Le meilleur emploi de l'or du Rédempteur, c'est d'en user pour la rédemption de ceux qui sont en péril.
Il est clair qu'il faut que la libéralité ait une mesure, pour qu'elle ne s'exerce pas en pure perte. Il faut tenir un juste milieu, les prêtres surtout, qui ne doivent point accorder leurs secours suivant les apparences, mais selon la justice. Jamais en effet il n'y a eu tant de quémandeurs qu'aujourd'hui. On voit venir de vigoureux gaillards, qui n'ont d'autre titre que leur vagabondage, et qui prétendent dépouiller les pauvres de ce qui leur revient, et vider les bourses. Un peu ne leur suffit pas, il leur faut davantage. Ils s'attifent de manière à rendre leurs requêtes plus pressantes et ils se créent de faux états-civils pour grossir les dons qu'ils reçoivent. Ajouter foi trop bénévolement à leurs racontars, c'est épuiser à bref délai les aumônes destinées à la subsistance des pauvres ; il faut donc une mesure. Qu'ils ne s'en aillent pas les mains vides, mais que ce qui aide les misérables à vivre, ne devienne pas non plus la proie d'intrigants. Ne soyons point inhumains, mais ne privons point l'extrême indigence de tout appui.
L'initiation chrétienne ^ (De mysteriis, passim.)
Nous avons eu sur les choses de la morale des entretiens quotidiens, auxquels les belles actions des Pa*
1. Les catéchèses de saint Ambroise sur les mystères' torineni le pendant de celles de Cyrille de Jérusalem que nous avons étudiées plus haut. Lçs mêmes remarques peuvent trouver leur place.
triarches et les préceptes des Psaumes ont fourni matière. Notre objet était de vous façonner, de vous instruire par ces exemples, afin que vous vous accoutumiez à entrer dans la voie de nos ancêtres, à marcher sur leurs traces, à obéir aux oracles divins ; et qu'une fois rénovés par le baptême, vous observiez le mode de vie qui convient à ceux qui ont été lavés.
Maintenant le moment est venu de vous parler des mystères et de vous rendre raison des sacrements. Si avant le baptême nous avions cru devoir vous les dévoiler, alors que vous n'étiez pas encore initiés, c'eût été je ne dis pas une révélation, mais bien plutôt une trahison. Au surplus, la lumière des mystères éclaire bien mieux quand on n'est pas averti, que lorsque des explications préalables l'ont devancée déjà.
Ouvrez donc les oreilles, respirez la bonne odeur de la vie éternelle dont le parfum nous arrive par le moyen des sacrements. C'est ce que nous avons marqué quand, célébrant le mystère de l'ouverture, nous disions : « EphpJieta^ c'est-à-dire ouvre-toi ^ », afin que chacun de ceux qui voulaient accéder à la grâce sût bien ce qu'on lui demandait, et qu'il devrait se souvenir plus tard de ce qu'il répondait aujourd'hui... Ensuite les portes du Saint des Saints se sont ouvertes devant toi. Tu es entré dans le sanctuaire de la régénération *. Rappelle-toi ce qu'on t'a demandé et ce que tu as répondu. Tu as renoncé au démon et à ses œuvres, au monde, à son luxe et à ses voluptés. Tes paroles sont conservées, non pas dans la tombe des morts, mais dans le livre des vivants. Là tu as vu le lévite, tu as vu le prêtre, tu as vu le grand-prêtre ^ Considère,
1. Cérémonie encore en usage aujourd'hui dans la célébration du baptême. Le prêtre touche les oreilles et les narines du catéchumène en disant la parole de Jésus au sourd-muet (Marc, VII, 34) : € Ephpheta>\ ce qui signifie « ouvre-toi ». — 2. Le baptistère, Contigu àl'église. — 3. Les diacres, les prêtres et l'évêque.
non pas Fapparence des choses, mais la grâce des mystères. Tu as parlé en présence des anges, ainsi qu'il est écrit : « Les lèvres du prêtre sont dépositaires de la science ; c^est de sa bouche qu'ils recueillent la Loi, puisqu'on est Vange du Seigneur tout-puissant. ))^ Il n'y a place ici ni pour l'erreur, ni pour la négation. Il est l'ange qui annonce le royaume du Christ et la vie éternelle. Estime-le, non point d'après son apparence extérieure, mais d'après la fonction qui est la sienne. Considère ce qu'il t'a transmis, mesure l'utilité de son rôle et reconnais qui il est. — Tu es donc entré de manière à bien voir ton adversaire, pour lui cracher au visage en renonçant à lui ^. Après quoi tu t'es tourné vers l'Orient. Car celui qui renonce au diable se retourne vers le Christ, et le regarde face à face.
Qu'as-tu vu ? De l'eau, sans doute, mais non pas seulement de l'eau. Tu as vu aussi les lévites faisant le service, le grand-prêtre interrogeant et consacrant. En premier Heu, l'Apôtre t'enseigne « qu''il ne faut pas considérer les choses qui se voient^ mais celles qui ne se voient pas ; car les choses qui se voient sont passagères^ mais celles qui ne se voient pas sont éternelles ». ^ Ailleurs on lit : « Les perfections invisibles de Dieu sont rendues compréhensibles depuis la création du monde par les choses qui ont été faites ; sa puissance éternelle et sa divinité sont appréciées aussi grâce à ses œuvres. » * Voilà pourquoi le Seigneur dit lui-même : « Si vous ne me croyez pas, croyez en mes œuvres. » ^ Crois donc bien que la divinité est là présente. Comment croire à l'opération sans croire à la présence ? D'où l'opération viendrait-elle, si la présence ne l'avait précédée ?
1. Malachie ii, 7. — 2. Le catéchumène crachait à la f?ce du diable, qui est censé se tenir à l'Occident. — 3. II Corinthiens, iv ^ 18, — 4, Romains, i, 20. -— 5. Jean; x. 38.
Suit Vénùméràtion des principales figures de Veau du baptême que Von troiive dans V Ancien Testament : eaux primordiales^ déluge. Elles sont encore mentionnées aujourd'hui dans la préface qui se chante le Samedi Saint à la bénédiction des fonts baptismaux,
RçiÇois aus^i rgnseignement que t'apporte le passage du livre des Bois que nous avons lu.^ Naaman était un Syrien qui souffrait d'une lè})re qu'aucun remède ne pouvait guérir. Une jeune fille qui se trouvait parmi les prisonniers lui dit qu'il y avait en Israël un prophète qui saurait l'en guérir. Il prit donc de l'or et de l'argent et s'en fut trouver le roi d'Israël. Quand celui-ci connut la raison de sa visite, il déchira ses vêtements en s' écriant que c'était le tenter que de lui demander des choses qui ne dépendaient pas de la puissance royale. Alors Elisée pria le roi de lui envoyer le Syrien pour que celui-ci vît bien que Dieu était en Israël. Quand il fut arrivé, Elisée lui prescrivit de se plonger sept fois dans le Jourdain. Naaman réfléchit qu'il avait dans sa patrie des eaux meilleures que celles-là et qu'il avait eu beau s'y plonger, jamais il n'avait réussi à se débarrrasser de sa lèpre. Ce souvenir l'empêchait d'obéir aux ordres du prophète. Pourtant il finit par céder aux avis et aux exhortations de ses serviteurs, et il se baigna. Du coup il fut purifié, et il comprit alors que ce n'est pas l'eau, mais la grâce qui purifie.
Comprends maintenant ce qu'est cette jeune fille qui fie trouvait parmi les captifs. C'est l'ensemble des Gentils, c'est-à-dire l'Église du Seigneur, opprimée, tenue captive par le péché, tant qu'elle n'avait pas encore la liberté de la grâce ; et qui sut faire entendre au peuple insensé des nations la parole des prophètes, dont aupa-