‹ Le dogme catholique dans les pères de l'égliseChapitre 87 sur 150 · I Jean, m, 8. — 2. Jean, III · texte numérisé non relu

I Jean, m, 8. — 2. Jean, III

qu'il n'y a point là purement et simplement de l'eau...

Ne considère pas le mérite personnel des prêtres, mais la fonction qu'ils remplissent. Si tu considères le mérite, regarde les prêtres, comme tu ferais Élie. Considère aussi les mérites de Pierre et de Paul qui nous ont transmis ce mystère, après l'avoir reçu du Seigneur Jésus. Pour eux, jadis, un feu visible était envoyé afin qu'ils crussent ^. Pour nous qui croyons, il opère invisible. Pour eux il était une figure,, pour nous il est un avertissement. Crois donc bien à la présence de Notre-Seigneur Jésus qu'invoquent les prières des prêtres. N'a-t-il pas dit : « Là où sont deux et trois, là je suis, moi aussi .^ » * A plus forte raison, là où est l'Église, et où sont ses mystères, là il daigne nous gratifier de sa présence.

Tu es donc descendu dans l'eau'. Souviens-toi de ce que tu as répondu : « Je crois au Père, je crois au Fils, je crois au Saint-Esprit. » Ce qui ne veut pas dire : « Je crois en un être plus grand, en un autre moins grand, en un troisième qui est au dernier rang. » Ces paroles au contraire t'imposent un engagement identique, qui est de croire au Fils exactement comme tu crois au Père, et au Saint-Esprit exactement comme tu crois au Fils : avec cette seule réserve que tu confesses qu'il te faut croire en la croix de Notre-Seigneur Jésus seul.

Après quoi, tu es monté vers le prêtre *. Observe ce qui a suivi. N'était-ce pas ce que dit David : « Comme le parfum sur la tête, qui est descendu sur Vample barbe d'Aaron.»^ C'est là le parfum dont Salomon dit aussi : « Ton nom est un parfum exhalé ; voilà pourquoi les jeunes filles t'ont aimé et t'ont attiré. »* Combien d'âmes

1. Allusion au miracle de la Pentecôte ; l'Esprit-Saint descend sur les apôtres sous forme de feu. — 2. Matthieu, xviii, 20. — 3. Le baptême se donnait par immersion ; le catéchumène descendait dans la piscine baptismale. — 4. Pour recevoir l'onction du saint chrême, qui se donne encore aujourd'hui aussitôt après le baptême. — 5. Psaume cxxxii, 2 — 6. Cantique, i,2.

régénérées en ce jour t'ont aimé, ô Seigneur Jésus, et ont dit : « Entraîne-nous à ta suite. Nous courons après Todeur de tes vêtements » pour respirer l'odeur de la résurrection...

Tu es sorti de la piscine baptismale. Souviens-toi du passage de l'Évangile. Dans l'Évangile Notre-Seigneur Jésus lave les pieds de ses disciples ^. Quand il en arrive à Simon-Pierre, celui-ci lui dit : « Jamais vous ne me laverez les pieds. » Il ne comprit pas le mystère, et voilà pourquoi il refusa le ministère du Christ. Il se figurait qu'il serait injurieux qu'un humble serviteur supportât sans rien dire que son maître le servît. Mais le Seigneur lui répondit : « Si je ne te lave les pieds, tu n'auras rien de commun avec moi. » A quoi Pierre s'écria : « Seigneur, lavez-moi non seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête. » Le Seigneur reprit : « Celui qui a été lavé n'a besoin que de se laver les pieds, et il est entièrement pur.» Pierre était pur, mais il fallait que ses pieds fussent lavés, car il avait en lui le péché légué par le premier homme, quand le serpent trompa celui-ci et réussit à le faire pécher. C'est pour effacer ce péché héréditaire que ses pieds sont lavés ; c'est le baptême qui nous délivre des nôtres ^.

Remarque en même temps que le mystère consiste dans l'exercice même de l'humilité. Car le Christ dit : « Si je vous ai lavé les pieds, moi votre Maître et votre Seigneur, vous devez, vous aussi, vous laver les pieds les uns aux autres. » Si l'auteur même du salut nous a

1. Allusion à une cérémonie particulière à quelques églises de la Haute-Italie : aux néophytes sortis de la piscine, l'évêque, les reins ceints d'un linge, lavait les pieds en disant : « Je te lave les pieds, comme Notre-Seigneur Jésus-Christ l'a fait à ses disciples, afin que tu fasses de même aux étrangers et aux pèlerins, pour avoir la vie éternelle. » Jean, xiii, — 2. Opinion particulière de saint Ambroise et dont on retrouve des traces ailleurs ; elle n'a pas prévalu dans l'Église. D'ailleurs les paroles qui accompagnaient le lavement des pieds ne donnaient pas à la cérémonie cette signification.

rachetés par son obéissance, combien plus devons-nous, nous ses humbles serviteurs, témoigner de notre humilité et de notre obéissance.

Tu as reçu ensuite des vêtements blancs, comme signe que tu t'es dépouillé de l'enveloppe des péchés pour revêtir les chastes voiles de l'innocence, dont le prophète a dit : « Arrose-moi d^hysope, et je serai purifié^ tu me laceras et je deviendrai plus blanc que la neige. » ^ Celui, en effet, qui est baptisé semble purifié tout à la fois selon la Loi et selon l'Évangile ; selon la Loi, parce que Moïse aspergeait le sang de l'agneau avec une touffe d'hysope ; selon l'Évangile, parce que les vêtements du Christ étaient blancs comme la neige, quand, dans l'Évangile, il manifesta la gloire de sa résurrection. Il devient donc plus blanc que la neige, celui dont les péchés sont remis. Voilà pourquoi le Seigneur dit par la bouche d'Isaïe : « Vos péchés, fussent-ils comme la pourpre, je les rendrai blancs comme la neige «...^

Souviens-toi ensuite que tu as reçu le sceau de l'Esprit ^, l'Esprit de sagesse et d'intelhgence, l'Esprit de prudence et de vertu, l'Esprit de science et de piété, l'Esprit de pieuse crainte. Conserve ce que tu as reçu. Dieu le Père t'a marqué ; le Clu'ist, notre Seigneur, t'a fortifié ; et l'Esprit a mis un gage dans ton cœur, comme tu l'as appris dans le passage de l'Apôtre.

La foule des purifiés, riche de toutes ces parures, se presse vers l'autel du Christ, en disant : « Je m'approcherai de V autel de Dieu, du Dieu qui réjouit ma jeunesse. »* Ayant déposé les souillures des anciennes erreurs, dans le renouvellement d'une jeunesse qui rappelle celle de l'aigle, elle se hâte de s'approcher de ce céleste repas. Elle arrive donc, et voyant les ornements de l'autel

1. Psaume l, 9. — 2. Isaïe, i, 18. — 3. La confirmation. — 4. Psaume xlii, 4.

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sacro-saint, elle s'écrie : « Vous avez préparé une table sous mes yeux.., » ^

Faisons bien attention maintenant, de peur que quelqu'un voyant ce qui se peut voir (car les choses invisibles ne sont point vues, elles échappent aux yeux humains) ne s'en aille dire : « Dieu a fait pleuvoir de la manne et des cailles pour les juifs. Mais pour cette Église qu'il chérit, les choses qu'il a préparées sont de celles dont il est dit que l'œil ne les a point vues, l'oreille ne les a point entendues, qu'elles ne sont point montées dans le cœur de l'homme, que Dieu les a préparées pour ceux qui l'aiment.*))^ Pour que personne ne dise cela, nous voulons mettre tout notre effort à prouver que les sacrements de l'ÉgHse sont plus anciens que ceux de la Synagogue et plus remarquables que la manne.

Suit une preui>e assez subtile , puis saint Anibroise continue.

Voilà qui est prouvé : les sacrements de l'ÉgHse sont plus anciens. Sache maintenant qu'ils sont préférables. Certes c'est un étonnant prodige que cette manne que Dieu fit pleuvoir pour nos pères, que cet aliment tombé du ciel dont ils se nourrissaient chaque jour. Aussi l'Écriture dit-elle : « V homme a mangé le pain des ariges.»* Cependant ceux qui ont mangé ce pain sont tous morts dans le désert, tandis que la nourriture que tu reçois, ce pain vivant descendu des cieux, te fournit la substance de la vie éternelle, et quiconque l'aura mangé ne mourra jamais, car c'est le corps du Christ...

Mais peut-être diras-tu : « Je vois quelque chose d'autre. Comment m'afTirmez-vous que c'est le corps du Christ que je reçois ? » Il nous reste encore à prouver ce point. De quels exemples devons-nous nous servir ?

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