‹ Le dogme catholique dans les pères de l'égliseChapitre 89 sur 150 · SAINT OPTAT DE MILÈVE · texte numérisé non relu

SAINT OPTAT DE MILÈVE

ce que ta bouche articule ; que le sentiment conspire chez toi avec les mots prononcés.

Tels sont les sacrements dont le Christ nourrit son Éghse, et qui fortifient la substance de l'âme.

IL SAIKT OPTAT DE MILÈVE.

L'Afrique romaine semble avoir été, dès les débuts de son évangélisation, la terre d'élection des schismes. Tertullien vieillissant avait passé au Montanisme ; à l'époque de saint Cyprien s'était constitué le schisme de Novatien, qui devait survivre près de deux siècles à son fondateur. La persécution de Dioclétien donna naissance au schisme donatiste, le plus irréductible de tous, et qui devait jusqu'à l'agonie de l'Afrique romaine, bouleverser, ensanglanter même la malheureuse Église africaine. Au début, des questions de personnes obscures, inextricables, des accusations impossibles à vérifier, puis là-dessus une théorie qui s'échafaude : l'état de grâce du prêtre ou de l'évêque, condition indispensable de la validité du sacrement qu'il administre, et voilà une église qui se constitue en face de l'Église officielle. Elle vivra surtout de la haine contre les catholiques, de la rancune des mesures prises contre elle par le pouvoir civil devenu protecteur de l'unité ecclésiastique, peut être aussi des vieilles jalousies de races et de classes qui n'ont jamais disparu dans cette Afrique passionnée. Évêques et empereurs useront leurs forces et leur prestige à la réduire, sans y parvenir jamais. — Optât évêque de Milève en Numidie est l'un des premiers qui ait pris la plume pour essayer d'ébranler les fondements du Donatisme. A côté des considérations historiques sur les origines du schisme, on trouvera dans son ouvrage Contre le Donatiste Parménien des idées remarquables sur la constitution de l'Église, et son unité, qui se fonde en dernière analyse sur la primauté du Pape.

L* Église doit être catholique.

Nous avons montré (dans notre premier livre) qui

furent les traditeurs ^ dévoilé ainsi les origineij d\i schisme, de manière à les rendre claires à tous les yeux : nous avons montré enfin la différence qui existe entre le schisme et l'hérésie. Il nous reste à prouver, pour remplir le programme que nous nous sommes tracé, quelle est cette Éghse unique, que le Christ appelle sa colombe, son épouse. Or il n'y a qu'une seule Église, qui puise sa sainteté dans les sacrements, et non point dans l'orgueilleuse perfection de ceux qui la composent. C'est cette Église unique que le Christ appelle sa colombe, son épouse bien aimée. Elle ne peut être chez les hérétiques et les schismatiques, il reste qu'elle soit en un seul endroit. Vous, mon frère Parménien 2, vous prétendez qu'elle n'existe que chez vous. Et pourquoi, sinon parce qu'avec beaucoup d'orgueil vous revendiquez une sainteté toute spéciale, en sorte que l'Éghse se trouve où vous le voulez, qu'elle ne se trouve pas là où vous ne le voulez pas. Ainsi donc pour qu'elle puisse subsister chez vous, dans un canton de l'Afrique, dans un coin d'un petit pays, elle n'existera point chez nous, dans tout le reste de l'Afrique ? Elle n'existe point en Espagne, en Gaule, en Italie, où vous ne vous trouvez point ? Si vous voulez que l'Église n'existe que chez vous, il n'y en aura point dans les trois Pannonies, en Dacie, en Mésie, en Thrace, en Achaïe, en Macédoine, dans toute la Grèce, où vous n'existez point ? Pour qu'elle puisse subsister chez vous, il n'y aura point d'Église dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, la Pamphilie, la Phrygie, la Cilicie, dans les trois Syries, les deux Arménies, l'Egypte et la Mésopotamie, toutes contrées où l'on ne

1. Dans la persécution de Dioclétien, les évêques avaient reçu l'ordre de livrer {tradere) les Saintes Ecritures. Ceux qui le firent furent flétris du nom de traditeurs. Cette question joua un grand rôle dans les origines du donatisme. — 2. Parménien était le chef du parti donatiste ; il venait de publier, pour la défense de son Église, un écrit qu'Optât réfute dans le sien.

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VOUS trouve point ? Il n'y en aura point dans ces îles innombrables» dans toutes ces provinces qu'on peut à peine compter et où vous n'existez point ?

Que devient alors cette propriété du nom chrétien, d'être catholique, c'est-à-dire véritable, et répandue partout ? Car si vous pouvez à votre fantaisie réduire l'Église à un point du monde, si vous lui soustrayez toutes les nations, que devient la promesse faite au Fils de Dieu ? Où est cette Hbre donation que le Père lui a faite, quand il dit dans le Psaume ii : « Je te donnerai les nations en héritage, et ton domaine ira jusqu'aux extrémités de la terre » ? Pourquoi résilier une telle promesse, et restreindre aux limites d'une prison l'étendue de son royaume ? Pourquoi mettre de toutes ses forces obstacle à sa bonté ? Pourquoi disputer au Sauveur ses conquêtes ? Permettez au Fils de posséder ce que lui a concédé le Père ; permettez au Père de tenir ses promesses. Pourquoi poser des bornos, imaginer des limites ? Puisque Dieu le Père a promis à son Fils toute la terre, il n'y a pas un coin du monde, qui puisse être soustrait à son domaine. C'est la terre tout entière qui est donnée au Christ avec ses nations, c'est tout le globe terrestre qui est sa propriété. Dieu le montre quand il dit : c Je te donnerai les nations en héritage^ et ton domaine ira jusqu'aux extrémités de la terre, » ^ Et dans le psaume lxxi il est dit également du Sauveur : « Il dominera d'une mer à Vautre^ et depuis le fleuve jusqu'aux limites du globe terrestre. » ^ En donnant, le Père ne retranche rien, et vous pour donner au Fils une once, vous voulez lui enlever une livre. Et vous prétendez convaincre les hommes qu'il n'y a d'Église que chez vous, après avoir enlevé au Christ sa conquête, après lui avoir dénié ce que Dieu lui a accordé. O vraiment ingrate et folle présomption ! Le Christ vous invite çn même temps.

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