Psaume ii, 8. — 2. Psaume lxxi
que les autres hommes à partager le royaume céleste, il veut faire de vous ses cohéritiers, et vous cherchez à lui ravir Phéritage que son Père lui a attribué, en ne lui laissant qu'un coin de l'Afrique, pour lui dénier tout le globe terrestre que son Père lui a donné.
Et pourquoi voulez-vous faire passer pour menteur l'Esprit-Sâint, qui au psaume xlix raconte la bonté du Dieu tout-puissant et déclare : « Le Seigneur, le Dieu des dieux a parlé, et il a appelé la terre, depuis le levant jusqu*au couchant. » ^ La terre a été appelée, et elle doit louange à Dieu son créateur. Enfin le Saint-Esprit nous y exhorte encore dans le psaume cxii, quand il dit : « Que le nom du Seigneur soit loué du lemnt au couchant, » 2 et au psaume xcv : « Chantez au Seigneur un cantique nouveau » ' S'il n'y avait que ce verset, vous pourriez dire, que c'est vous seul que le Saint-Esprit exhorte. Mais pour bien montrer que ces paroles ne s'adressent pas à vous seul, mais à l'ÉgHse qui est partout, r Esprit-Saint continue : « Chantez au Seigneur, vous tous habitants de la terre, parmi toutes les nations annoncez sa gloire, dans tous les peuples célébrez ses merveilles )) ii Annoncez sa gloire, dit-il, parmi toutes les nations », il ne dit point ; « dans un canton de l'Afrique » où vous existez ; il dit : « parmi tous les peuples. » En parlant de tous les peuples, il n'excepte personne...
Nous avons montré que celle-là est l'ÉgHse catholique, qui est répandue sur toute la surface de la terre. Voyons maintenant quels sont ses ornements, où existent ces cinq qualités ou notes *, qui doivent la désigner. La première c'est l'existence d'une chaire, et d'une chaire où il y ait un évêque ; autrement la seconde
i. Psaume xlix, 1. — 2. Psaume cxii, 3. — 3. Psaume xcv, 1-3. — 4. Parménien avait énoncé cinq notes en propriétés qui devaient signaler l'Église : la chaire, l'ange, l'Esprit, la fontaine baptismale, J« sceau.
note n'existerait pas, il n'y aurait pas Fange. Voyons donc où fut établie la première chaire, et qui s'y est assis. Si vous l'ignorez, apprenez-le ; si vous le savez, rougissez ; mais on ne peut guère vous laisser le bénéfice de l'ignorance, vous le sa\âez donc. Or se tromper sciemment, c'est un péché, c'est aux ignorants seuls qu'on peut quelquefois pardonner. — Quoi qu'il en soit, vous savez, sans pouvoir le nier, que c'est dans la \âlle de Rome, et à Pierre pour la première fois qu'a été attribuée la chaire épiscopale. C'est là qu'a siégé Pierre, la tête, le chef de tous les apôtres, (d'où son nom de Céphas), afin que par cette chaire unique, l'unité fût conservée par tous, afin que les autres apôtres ne défendissent point leurs privilèges particuliers, afin qu'il devînt dès le début schismatique et pécheur celui qui élèverait une autre chaire contre cette chaire unique et singulière.
Ainsi sur la chaire unique, qui est la première des notes, Pierre s'est assis le premier. Lin lui succéda, à Lin, Clément.
Suit la liste des papes jusqu'à Sirice le pape contemporain. Par les lettres de communion qu'il lui envoie, le monde entier se trouve uni également à nous dans une seule société ^. Mais dites-nous donc quelle est l'origine de votre Eglise, vous qui revendiquez l'honneur d'être seuls la Sainte Église.
ni. SAINT JÉRÔME.
De tous les Pères de l'Église latine, Jérôme est sans contredit le plus savant, d'une science quelquefo/s un peu hâtive, mais qui n'a pas laissé de faire grande impression sur les
1. Du fait que le monde entier est en communion avec l'évoque de Rome et que nous, les catholiques africains, nous sommes en communion avec lui, nous sommes par le fait en communion avec toutes les églises.
contemporains et plus encore sur la postérité. Né à Stridon, en Dalmatie vers 340, il est venu à Rome à l'âge de vingt ans pour y achever des études brillamment commencées. Il y trouva mieux encore que la culture profane, la conversion intérieure, et reçut des mains du pape Libère le baptême qu'il avait jusque-là différé. De Rome il se rond à Trêves, fameuse alors par ses écoles, on le rencontre ensuite à Aquilée ; puis pour des raisons restées inconnues Jérôme entreprend un long voyage en Orient, visite la Thrace, la Bithynie, le Pont, la Galatie, la Cappadoce, la Cilicie ; en 37311 est à Antioche. La vie érémitique avec son austérité et ses dures privations séduit son âme enthousiaste, il s'enfonce dans le désert de Chalcis, la Thébaïde syrienne, où il vivra cinq ans, partageant son temps entre l'étude et les exercices de la plus rude pénitence. Il ne devait point trouver dans la solitude le repos de son âme inquiète. C'était l'époque où les luttes théologiques remplissaient de leur fracas tout l'Orient, et le désert luimême en répercutait les échos. Ordonné prêtre par un des trois évêques qui se disputent le siège d' Antioche, Jérôme est forcé de prendre parti, et avec quelle violence, dans les querelles des moines du désert. Aussi est-il heureux de quitter la solitude en 379 pour répondre à l'appel de Grégoire de Nazianze qui essaie de restaurer à Constantinople la fortune du consubstantiel. C'est auprès du Théologien que Jérôme complète sa formation scripturaire et exégétique. En 382 il est à Rome, où il trouve auprès du Pape Damase le plus honorable des accueils. En Orient, Jérôme avait commencé l'étude de l'hébreu, et fréquenté les livres des meilleurs exégètes, on le pria de mettre ces lumières au service de l'Église d'Occident. La Bible latine n'était pas saris de graves défauts. Jérôme sur les instances du Pape entreprit de la corriger. Ce sera la grande œuvre de sa vie, niais il ne fit alors que l'ébaucher. D'autres soucis le retenaient : les personnes pieuses de Rome sollicitaient ses conseils, et suivaient sa^ direction, il fallait combattre ceux qui s'attaquaient aux idées chères à Jérôme. Bref la vie romaine co^^n?nçait à peser à l'ancien solitaire. La mort du pape Damase en 884 lui donnera pleine latitude pour reprendre un projet déjà ancien. En 386, Jérôme s'installe à Bethléem ; c*ést là, dans
là petite bourgade où naquit le Sauveur, à deux pas de la Ville Sainte où il mourut, que se passera la dernière période de la vie du grand savant. Elle ne fut pas tout entière employée aux travaux paisibles, traduction des livres saints et rédaction des commentaires où s'entassait le butin pris aux anciens exégètes. Des querelles théologiques d'une violence inouïe troublèrent parfois les pieux habitants des couvents de Bethléem. Origène que Jérôme avait assidûment cultivé dans sa jeunesse, était devenu le grand ennemi à combattre, et quand il fut ou sembla terrassé, d'autres adversaires vinrent s*offrir aux coups du vieux lutteur. Il bataillera jusqu'à ses derniers moments, toujours avec la même fougue, la même confiance en ses idées, la même bonne foi souvent surprise. Il mourut à Bethléem le 30 septembre 420.
Les Prologues à la nouvelle traduction de la Bible ^' L© Prologue casqué. (Prologue apologétique.)
Il y a en hébreu vingt-deux lettres, ce qu'atteste également la langue syriaque ou chaldaïque, laquelle est très voisine de l'hébreu. Cette dernière n'a que vingtdeux lettres, les mêmes que dans l'hébreu, mais écrites autrement. De même les Samaritains transcrivent le Peutateuque de Moïse, avec vingt-deux lettres, qui ne diffèrent des lettres hébraïques que par la forme et les accents. Et il est certain que c'est le scribe Esdras, docteur de la loi, qui, après la captivité et la restauration du temple sous Zorababel, a inventé les caractères dont on se sert aujourd'hui ; jusqu'à ce moment Samaritains
1. L'œuvre capitale de saint Jérôme est sa traduction nouvelle de l'Ancien Testament d'après le texte original, c'est-à-dire l'hébreu ou l'araméen. Cette traduction devait remplacer la vieille version latine faite d'après la version grecque, dite des Septante, et que saint Jérôme jugeait très inférieure. Mais les critiques ne manquèrent pas au traducteur ; on lui reprochait l'abandon du loxle traditionnel. Les prologues qu'il met en tête des diverses parties d« sa traduction ont pour objet de défendre celle-ci contre les attaques d« ses détracteurs.
et Hébreux se servaient des mêmes caractères. De même donc qu'il y a en hébreu vingt-deux lettres seulement, qui servent à écrire tout ce que l'on peut dire, de même il y a vingt-deux livres de la Bible ^, qui sont comme les lettres, les rudiments de la doctrine divine, qui vient instruire la tendre enfance de l'homme.
Le premier des livres s'appelle chez les hébreux Beresith, c'est celui que nous nommons la Genèse ; le second Elle smoth, notre Exode ; le troisième Vaicra, c'est le Lévitique ; le quatrième Vaiedabber, que nous appelons les Nombres ; le cinquième Elle Addabarim, correspondant à notre Deutéronome. Ce sont là les cinq livres de Moïse, ce qu'ils appellent la Thorah^ c'est-à-dire la loi.
La seconde catégorie, ce sont les livres des prophètes. Ils commencent par le livre de Jésus fils de Navé, qui s'appelle, chez les Hébreux Josué ben Nun. Ils continuent par les Sophtim, c'est-à-dire le livre des Juges, auquel s'ajoute Ruth, parce que son histoire se place à l'époque des Juges. Suit en troisième lieu Samuel, que nous appelons le premier et le second livre des Rois ; en quatrième lieu les Malachim correspondant à notre troisième et à notre quatrième des Rois ; en cinquième lieu Isdie, en sixième Jérémie, en septième leseciel ; le huitième livre est celui des douze prophètes, qu'ils appellent Thare Asra.
La troisième catégorie est celle des Hagiographes. Le premier livre est celui de Job, le second celui de David, c'est le livre des Psaumes avec ses cinq divisions ; en troisième lieu vient Salomon, qui comprend trois livres, les Proverbes, qu'ils appellent les paraboles ou Masaloth, l'Ecclésiaste ou Coeleth ; le Cantique des Cantiques qu'ils
1. Cette manière de compter, empruntée aux Juifs palestiniens, était toute^différente du mode de numération adoptée par les chrê* tieiis d'après les Septante.
désignent par les mots Sir assirim. Le sixième livre est celui de Daniel^ le septième Dahre aiamim^ c'est-à-dire les Paroles des jours, que d'un mot plus expressif l'on peut appeler la Chronique de l'histoire divine, ce livre correspond au premier et au second des Paralipomènes. Le huitième livre est celui d^Esdras, qui chez les Grecs et les Latins est divisé en deux livres ; le neuvième c'est Esther,
Il y a donc en tout vingt-deux livres de l'ancienne loi, à savoir : cinq de Moïse, huit des prophètes, neuf des hagiographes. Quelques-uns, il est vrai, comptent Ruth et Cinoth (les Lamentations) parmi les hagiographes, ce qui ferait vingt-quatre livres de l'ancienne loi. Ces vingt-quatre livres correspondraient alors aux vingt-quatre vieillards qui paraissent dans l'Apocalypse de Jean, adorant l'Agneau et offrant leurs couronnes en se prosternant, puis se tenant debout devant les quatre animaux qui ont des yeux par devant et par derrièi^e, c'est-à-dire qui voient le passé et le futur, et chantant sans se lasser jamais : « Saint, Saint, Saint, le Seigneur, Dieu tout-puissant, qui était, qui est, et qui va venir. »
Ce prologue des Écritures peut convenir comme un début casqué à tous les livres que nous avons traduits de l'hébreu en latin ; on pourra y apprendre que tout ce qui n'est pas dans notre traduction est à ranger parmi les apocryphes ^. Ainsi la Sagesse attribuée à Salomon, le livre de Jésus fils de Sirach *, Judith et Tobie ne sont point dans le canon. J'ai trouvé en hébreu le premier livre des Macchabées ; le second est grec d'origine, ce que le style lui-même suffirait à montrer.
1. L'Église catholique n'a pas admis cette distinction inspirée à saint Jérôme par sa trop grande confiance dans le canon des Juifs palestiniens. Elle a continué à considérer comme écrits inspirés les livres de la Bible grecque, que prétendait rejeter saint Jérôme.