‹ Le dogme catholique dans les pères de l'égliseChapitre 93 sur 150 · Cantique, i · texte numérisé non relu

Cantique, i

IK DOGMK. 9

chaire où enseignait Ambroise, Tévêque de Milan, qu* Augustin devait rencontre!* la certitude pour son intelligence et le calme pour son cœur. Dans la nuit de Pâques, le 25 avril 387, Augustin recevait le baptême ; sa conversion fut complète. Renonçant au monde et aux succès qu'il y pouvait encore rêver, le néophyte se retire dans une de ses terres d'Afrique, à l'abri de toute préoccupation mondaine, absorbé par les études religieuses et les bonnes œuvres. C'est là que le peuple ^'Hippope vient le chercher pour en faire l'auxiliaire d'abord, puis le successeur de l'évêque Valère (396).

Évêque, Augustin fut bientôt mèïé à toutes Içs graves questions qui agitaient alors l'Église d'Afrique ; ce sont elles qui inspireront désormais toute son activité littéraire. C'est la controverse donatiste d'abord, qui malgré tous les écrits, toutes les démarches d'Augustin menace de s'éterniser. Puis le manichéisme, qu'il connaît bien pour y avoir séjourné quelque temps, sollicite à son tour l'attention de l'évêque d'Hippone et d'autant plus que la propagande mçinichéenne faisait en Afrique d'incontesta^bles progrès. Mais après av^àr défendu la liberté humaine contre cette hérésie, voici qu'il faut maintenant rabaisser cette même liberté humaine qu'exaltent au détriment de la grâce divine les sectateurs du moine irlandais, Pelage. Désormais c'est la controverse contre \es Pélagiens, contre leurs négations du besoin de la grâce, contre les sophismes accumulés par eux pour démontrer la droiture foncière de l'homme, c'est cette controverse qui menace d'absorber toutes les forces vives d'Augustin. La déchéance primitive, ses funestes et durables conséquences pour l'humanité tout entière, le besoin absolu de la grâce prévenante pour remédier à l'humaine faiblesse, à son impuissance radicale quand il s'agit de faire le bien^ chutant de questions sur lesquelles Augustin fixe pour jamais, la théologie de l'Église. Son génie inquiet le pousse plus loin encore ; il essaie de sonder le redoutable problème de la miséïicorde et de la justice divine, justifiant gratuitement ceux que Dieu prédestine au salut, abandonnant les autres à la masse corrompue, digne seulement de mépris et de châtiment. Sur ce dernier point l'Église catholique hésitera à

suivre jusqu'au bout la raideur dialectique d'Augustin. Et pendant que ces difficiles questionis préoccupent le docteur <î*Hlppone, l'Empire Romain commence à s'écrouler sous lès cbtips des barbares ; on accuse le Christianisme d'être la grande cause de la décadence romaine. Augustin reprend la plume et dans cette admirable synthèse qui s'appelle la Cite de Dieu, il trace à grandes lignes la plus éloquente et peut-être la plus vraie des philosophies de l'histoire .Les jours de l'Empire Romain étaient néanmoins comptés. Les Vandales venaient d'envahir l'Afrique, semant partout la ruine et la désolation. Hippone résista longtemps à la vague montante, Augustin n'eut pas la douleur d'assister à l'entrée triomphale de l'ennemi dans sa chère église, il mourut durant le troisième mois du siège, le 28 avril 430 ; il avait 76 ans. Nous avons indiqué les grandes lignes de l'œuvre colossale qu'il a laissée à la postérité ; les trois controverses que nous avons signalées en constituent la majeure partie ; il faudrait pour être moins incomplet faire mention des explications scripturaires qui commentent une grande partie de l'Ancien et du Nouveau Testament, des nombreuses homélies, faible reste de son activité comme prédicateur, enfin de l'admirable livre des Confessions, la perle des écrits d'Augustin, le seul qui nous fasse pénétrer au fond de cette âme mervtilleUfe, toute vibrante de génie, toute pleine aussi de douceur.

La foi, son caractère, sa nécessité ^ (De fide rerum quae non videntur ; passim.)

Plusieurs trouvent que la religion chrétienne est ridicule, qu'on ne peut pas l'embrasser, parce qu'elle contient non des choses que l'on peut voir, mais des choses qu'il faut croire sans les voir. Notre intention est donc de réfuter ces hommes, qui poussent la prudence jusqu'à ne pas croire ce qu'ils ne voient pas. Et si nous ne pou-

1. L'ouvrage auquel nous empruntons ce développeemnt porte éh sous-titre : t Où l'on démontre que les chrétiens nft sont pas coupables de témérité, mais louables dans leur foi, quand ils croient des choses qu'ils ne voient pas de leurs yeux. >»

vons mettre sous leurs yeux les choses divines que notts croyons, nous leur prouverons cependant que dans les choses humaines il faut croire des choses que l'on ne voit pas...

Otez en effet la foi, la confiance dans le domaine des choses humaines, ne voyez-vous pas que partout il y a trouble et horrible confusion ? Comment s'établira l'affection mutuelle, puisque l'affection est une chose invisible, si je ne dois pas croire ce que je ne vois pas ? Il n'y aura plus d'amitié sur la terre, puisque l'amitié repose sur une affection mutuelle. Or s'il n'y a plus d'amitié, il n'y a plus aucun lien dans les mariages, ni dans les familles, ni dans la société ; car l'union suppose l'amitié. Il n'y aura donc plus d'affection réciproque entre les époux, puisque l'un ne croira pas à l'affection de l'autre, ne la voj^ant pas. Ils n'auront pas le désir d'avoir des enfants, puisqu'ils ne croiront pas à la réciprocité de leur affection. S'ils ont des enfants qui grandissent, ceux-ci aimeront d'autant moips leurs parents qu'ils ne verront pas dans leurs cœurs les sentiments de la piété paternelle, parce qu'elle est invisible... Je ne vois plus que perturbation dans les choses humaines, si nous ne croyons que ce que nous voyons ; tout est renversé de fond en comble, si nous ne croyons plus à la volonté j des autres que nous ne voyons pas.

Si donc notre obstination à ne vouloir croire que ce que nous voyons, entraîne la destruction de toute concorde et la ruine de toute société humaine, jugeons de là combien la foi est nécessaire pour les choses divines quoique nous ne les voyions pas ; refuser de croire, c'est violer l'amitié, c'est surtout violer la rehgion, c'est le plus grand des malheurs.

Mais, direz-vous, quoique je ne puisse pas voir la bienveillance d'un ami à mon égard, je puis la découvrir à plusieurs indices ; tandis que vous voulez nous faire

croire des choses sans les voir, et vous ne nous donnez aucun signe pour les reconnaître. — Je prends acte en passant do l'aveu que vous faites, qu'il faut croire certGÛnes choses sur la foi de certains indices ; et ainsi il demeure constant qu'il ne faut pas refuser de croire tout ce qu'on ne voit pas. Nous rejetterons donc comme un faux principe, ce qu'on dit, qu'il ne faut pas croire ce qu'on ne voit pas. Or on se trompe grossièrement quand on pense que nous croyons au Christ sans preuves. Où trouverez- vous des preuves plus claires, que les prédictions que nous voyons accomplies ? Vous qui pensez qu'il n'existe pas de preuves pour vous obliger à croire sur le Christ les choses que vous ne voyez pas, remarquez ce qui est sous vos yeux.

Écoutez l'Église qui vous parle un langage maternel... « Regardez-moi, vous dit-elle, vous qui me voyez quand même vous ne voudriez pas me voir. Ceux qui vivaient en Judée du temps du Christ ont connu, comme témoins, sa naissance miraculeuse d'une vierge, sa passion, sa résurrection, son ascension ; toutes ses paroles, toutes ses actions si divines, vous ne les avez pas vues, et vous refusez d'y croire. Mais voyez ce qui est sous vos yeux, regardez, méditez ; il ne s'agit pas du passé, il ne s'agit pas de l'avenir ; c'est le présent qu'on met sous vos regards. Est-ce une chose vaine et légère, est-ce pour vous un miracle nul et sans importance, qu'au nom d'un crucifié le genre humain tout entier marche avec détermination ? Vous n'avez pas vu l'accomplissenuent de ce qui a été prédit sur la naissance humaine du Christ : « Voici qu'une vierge concevra dans son sein et enfantera un fils. » ^ Mais vous avez vu l'accomplissement de la prophétie faite à Abraham : « Dans ta postérité seront bénies toutes les nations. » ^ Vous n'avez pas vu les miracles du Christ qui ont été prédits : « Venez et

Page 1