Isaïe, vu, 14. — 2. Genèse, xii
if oyez tes œvwres du Seigneur, les prodiges qu^il a opérés sur la terte. » ^ Mais vous voyez les effets de cette prédiction : « Le Seigneur m* a dit : Tu es mon fils, je t'ai engendré aujourd'hui. Demande-moi et je te donnerai les nations pour héritage, et la terre pour empire, » 2 Vous n'avez pas vu s'accomplir îa prophétie sur la passion du Chriut ; « Ils ont percé mes mains et mes pieds, ils ont compté tous mes os ; ils m'ont regardé et considéré attentivement, ils ont partagé mes vêtements, el ils ont tiré ma robe au sort. » Mais vous voyez de vos yeux raccomplissement d'une autre prophétie qu'on trouve dans le mémo Psaume : « Les peuples les plus reculés se souviendront du Seigneur et se tourneront vers lui ; toutes Us nations se prosterneront devant lui. A lui appartient V empire et il régnera sur tous les peuples. » * V0U8 n'avez pas vu s'accomplir la résurrection du Christ, prédite dans le Psaume*, etoù le Christ lui-même parle ainsi du traître et de ses persécuteurs : « Ils sortaient dehors et parlaiefit tous contre moi ; tous mes •ennemis murmuraient contre moi, tous méditaient ma perte ; ils ont formé un complot contre moi. » Et en même temps pour montrer qu'ils ne peuvent rien en faisant mourir celui qui doit ressusciter, il ajoute : a Celui qui dort ne pourra-t-il pas se réveiller?» Et peu après quand il a prédit du traître précisément ce que raconte l'Évangile : « Celui qui mangeait mon pain, s^est élevé avec insolence contre moi ; » c'est-à-dire, il m'a k)ulé aux pieds, il ajoute : a Mais vous, Seigneur, ayez pitié de moi et ressuscitez-moi, et je rendrai à mes ennemis ce qu'ils méritent. » Tout cela s'est accompli ; le Christ s'est endormi , il s'est réveillé, c'est-à-dire il est ressuscité, comme il le dit dans une autre prophétie du Psalmiste : « Je me suis endormi et j''ai été plongé dans un-
1. Psaume xlv, 3. — 2. Psaume 11, 7-8. — 8. Psaume xxi,17- 19 ; 28-29. — 4, Rsanrae xl, 7-11,
sommeil profond^ ^et je me suis réveiUé^ parce çae U Seigneur est mon appui. » ^
Vous ne l'avez pas vu, mais vous voyez son Église avec Taecomplissement de cette prédiction : « Seigneur, mon Dieu, les nations viendront à cous des extrémités de la terre et diront : Nos pères ont adoré des idoles men' songèreSj et qui ne pouvaient rien. » * Bon gré, mal gré, vous êtes témoins de ce changement, quand même vous penseriez que les idoles ont eu, ou ont encore quelque pouvoir ; il n'en est pas moins vrai que les peuples en foule les ont abandonnées, rejetées, brisées comme dos vanités, et que vous les entendez dire : « Vraiment nos pères ont adoré des idoles mensongères qui ne pouvaient rien ; si l'homme se fait des dieux, voilà que ces dieux ne sont rien »... Vous n'avez pas vu les choses qui se sont accomplies pendant la vie du Christ ; mais vous voyez celles qui sont maintenant sous vos yeux dans l'Éghse. Les unes et les autres ont été prédites, comme nous vous le montrons ; mais nous ne pouvons pas éga* lement les mettre sous vos yeux, parce que nous n'avons pas le pouvoir de faire que le passé redevienne le présent. Mais de même que nous croyons aux sentiments de nos amis, que nous ne voyons pas, d'après les indices que nous voyons, ainsi l'Éghse que nous voyons maintenant est la garantie du passé et de l'avenir, pour toutes les choses que nous ne voyons pas, mais qu'elle nous montre dans les hvres, où elle est prédite elle-même.
Et d'ailleurs quand même nous n'aurions pas dans les prophéties tous les témoignages que nous avons sur le Christ et sur l'Éghse, comment ne pas croire, quand nous voyons que le genre humain a été éclairé tout à coup d'une lumière divine ? Quand nous voyons les faux dieux abandonnés, leurs statues brisées partout^
1. Psaume iii^ 6. — 2. Texte composite, qui réeume assez bien Isaïe Lvi,
leurs temples détruits ou convertis à d'autres usages ; quand nous voyons extirpées ces vaines superstitions qui s'étaient enracinées dans le cœur du genre humain, et que le seul vrai Dieu est adoré par toute la terre ? Et cette révolution s'est faite par un seul homme, qui a été un objet de moquerie, qui a été pris, lié, flagellé, souffleté, couvert d'opprobres, crucifié, mis à mort ; ses disciples qu'il a choisis comme des hommes sans lettres, sans science, parmi les pécheurs et les publicains, pour leur confier l'enseignement de sa doctrine, ont annoncé sa résurrection et son ascension ; remplis du Saint- Esprit, ils ont fait retentir la prédication de l'Évangile dans toutes les langues qu'ils n'avaient jamais apprises. On les entendit. Les uns crurent à leur parole ; les autres n'y croyant pas devinrent furieux contre ces prédicateurs. Les fidèles combattirent jusqu'à la mort pour la vérité, sans rendre le mal, mais en le souffrant, et ils furent victorieux en recevant la mort sans la donner. Alors le monde s'est converti à cette religion ; tous les cœurs ont embrassé l'Évangile, les hommes et les femmes, les petits et les grands, les savants et les ignorants, les sages et les insensés, les forts et les faibles, les nobles et les gens du peuple, les puissants et les humbles ; alors l'Église s'est répandue parmi toutes les nations, au point que pas une secte opposée à la foi catholique, pas une sorte d'erreur ne s'élève, assez ennemie de la vérité chrétienne, pour ne pas affecter et ambitionner de se mettre sous la protection glorieuse du nom du Christ ; et encore on arrêterait les progrès de l'erreur, si la contradiction n'était pas une condition de vie pour la saine doctrine. Comment le Crucifié aurait-il pu faire ce grand changement, s'il n'eût pas été Dieu, sans parler ici des prophéties ? Mais ce grand mystère de la foi chrétienne ayant été prédit par les prophètes dont la voix était la voix de Dieu, et s' étant accompH conformément à
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Toracle divin, quel est Thomme assez insensé pour dire que les Apôtres ont menti en disant que le Christ était venu, comme les prophètes avaient annoncé qu'il viendrait ?... Quel est Thomme assez aveugle ou assez opiniâtre pour ne pas croire à nos saints livres, qui ont prédit la soumission de tout l'univers ?
Pour vous, mes frères bien-aimés, qui possédez cette foi, ou qui commencez à la recevoir comme une nouvelle semence, faites qu'elle se développe et grandisse dans vos cœurs. Les temps que les prophètes avaient prédits de si loin sont venus ; les promesses que nous avons pour l'éternité s'accompliront aussi. Que personne ne vous séduise, ni les païens avec leurs vanités, ni les juifs avec leurs faussetés, ni leo hérétiques avec leurs subtilités, ni les mauvais chrétiens qui déshonorent la foi catholique, et qui sont d'autant plus nuisibles qu'ils sont des ennemis domestiques... Et pendant que le filet qui est jeté dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons est ramené sur le rivage, comme parle l'Évangile, sépalez-vous de ceux qui sont mauvais, séparez-vous de cœur, non de corps, en corrigeant ce qui est mauvais, sans rompre les filets de la sainte Église ; éprouvez votre foi, sans paraître vous mêler aux réprouvés, afin qu'après avoir été séparés sur le rivage, vous trouviez la vie éternelle au lieu de la damnation.
La doctrine du péché orlgineL {De gratia Clcristi et de peccaio originali^ lib. ii, cp. 24 sq.)
La foi chrétienne consiste proprement dans la cause de deux hommes, Adam et Jésus-Christ. Par l'un nous avons été comme vendus pour être esclaves du péché ; jpar l'autre nous sommes rachetés de cet esclavage. Par l'un nous avons été précipités dans l'abîme de la mort ; par l'autre nous avons été rappelés à la vie» Si l'un nous il p«rdtti éii faisant »tt tobhtêî H non cdle» d« ^m Cp^^,'*
266 LES OGCIDERTAUX
teur, l'autre nous a sauvés, en faisant non ta volonté, mais celle de son Père, qui Pavait envoyé, Cst il h' y a qu'un Dieu et qu'un médiateur entre lès hommes, le Christ-Jésus qiii est homme. Nul autre nom sous le ciel n'a été donné aux hommes par lequel nous devions être sauvés. Et c'est en lui que Dieu a confirmé la foi de tous, en le ressuscitant d'entre les morts. C'est pourquoi sans cette foi, c'est-à-dire sans la foi en un seul médiateuir entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ qui est homme, sans la foi, dis-je, en sa résurrection que Dieu a départie à tous, résurrection à laquelle on ne saurait ajouter créance sans croire également à son incarnation et à sa mort ; sans la foi dono en l'incarnation, la mort et la résurrection de Jésus-Christ, les anciens justes n'auraient pu être purifiés de leurs péchés, devenii* justes, êtrepuri^ fiés par la grâce de Dieu. Voilà ce dont la! vérité chrér tienne ne permet pas de douter, soit à l'égard des justes dont les saintes Écritures font mention, soit à l'égard de ceux sur lesquels elle garde le silence, mais qui Ont existé ou avant le déluge, ou depuis le déluge jusqu'au temps où la loi fut donnée, ou pendant le temps même de la loi, non seulement parmi les enfants d'Israël, comme furent les prophètes, mais même hors de ce peuple, comme fut le saint homme Job. Car le cœur de ces justes était purifié par la même foi au médiateur et la charité était répandue en eux par le Saint-Esprit, qui souffle où il veut, sans être précédé d'aucun mérite, mais produisant lui-même tout ce qu'il y a de mérites en j nous. Car la grâce de Dieu ne serait plus une grâce si elle n'était pas donnée gratuitement...
C'est pourquoi ceux qui prétendent que, dans quelque âge du monde que ce soit, la nature humaine n'a pas besoin du second Adam pour la guérir, sous prétexte qu'elle n'a contracté aucune souillure dans le premier Adam, ceux-là ne soulèvent pas une question au sujet
de laquelle on peut douter ou se tromper sans blesser la foi, mais ils se montrent ennemis de la grâce de Dieu, en s' écartant de la règle de la foi par laquelle noua sommes chrétiens. Qu*est-ce qui peut donc les porter à louer la nature humaine de ces premiers temps, comme moins souillée que celle de nos jours, par la corruption des mœurs ? Ont-ils oublié qu'alors les hommes étaient plongés dans de tels désordres, qu'à l'exception d'un seul homme fidèle à Dieu, de sa femme, de ses trois fih et d'autant de belles- filles, par un juste jugement de Dieu, le monde entier périt dans les eaux du déluge, comme la petite terre de Sodome périt par le feu du ciel ? Depuis donc que par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et qu ainsi la mort a passé dans tous les hommes, par celui en qui tous ont péché \ toute la masse de perdition est tombée au pouvoir du démon qui a perdu Adam. Personne donc, personne n'a jamais pu, ne peut et ne pourra être délivré que par la grâce du Rédempteur.
Aussi bien la souillure du vice d'origine demeure dans les fils, même de ceux qui ont été régénérés, tant qu'elle n'est pas purifiée chez eux par le bain de la régénération. Car celui qui a été régénéré ne saurait communiquer cette régénération, mais c'est le vice de sa naissance qu'il transmet. Ainsi donc, soit qu'il s'agisse d'un infidèle criminel, ou d'un fidèle absous, l'un et l'autre ne peuvent engendrer que des enfants criminels, mais nullement absous, de même que les semences non seulement de l'oHvier sauvage, mais encore de l'olivier franc ne produisent que des ohvicrs sauvages. C'est pourquoi la première naissance tient tous les hommes sous le coup de la condamnation, s'ils n'en sont délivrés par la régénération. C'est le démon qui nous y tient, c'est le Christ qui nous en délivre. C'est celui qui a trompé Eve, quf