Romains, v
resserre les liens de cet esclavage ; c'est le Fils de Marie qui les brise ; c'est celui qui a séduit la femme afin de corrompre l'homme qui nous tient dans ses chaînes ; c'est celui qui est né de la femme pure du contact de tout homme, qui les rompt par la grâce. C'est celui qui a fait naître dans la femme le péché de la concupiscence qui nous tient captifs ; c'est celui qui a été conçu sans concupiscence dans le sein d'une femme qui nous rend la Hberté. Le démon en se rendant maître d'un seul homme, a soumis tous les hommes à son empire, et nous ne pouvons échapper à sa domination que par le secours de celui dont le démon n'a pu devenir maître.
Enfin les sacrements que l'ÉgHse confère et qu'elle tient d'une autorité si ancienne, que ceux-mêmes qui en regardent la pratique comme une feinte plutôt que comme une vérité, n'osent ni les blâmer ouvertement, ni les rejeter, ces sacrements, dis-je, de la Sainte Église, prouvent assez que les enfants, même nouvellement nés, ne peuvent être déhvrés de l'esclavage du démon que par la grâce de Jésus-Christ. En effet, outre que leurs péchés leur sont remis dans ce sacrement du baptême, qui n'a rien de trompeur mais qui est l'expression de la foi la plus pure, la puissance de l'ennemi des hommes est d'abord exorcisée en eux et ensuite chassée de leur corps et de leur âme par le souffle purificateur des ministres de l'Église, auxquels ils répondent par la bouche de ceux qui les présentent au baptême, qu'ils renoncent à la puissance de Satan et à ses œuvres. Tous ces signes sacrés et évidents, symbole de ce qui s'opère invisiblement dans ces enfants, font voir qu'ils passent des mains du très cruel ennemi qui les tenait captifs, dans celles d'un doux et divin rédempteur, qui s'étant revêtu de notre infirmité a enchaîné le fort armé afin de lui enlever ce qu'il possédait. Car ce qui paraît faible en
Dieu^ est supérieur non seulement à la force des hommes S mais encore à celle des anges. Ainsi en délivrant les petits avec les grands, Dieu fait voir, dans les uns et dans les autres, la vérité des paroles de Tapôtre ; que ce ne sont pas seulement les plus âgés, mais encore les plus jeunes qu'il arrache à la puissance des ténèbres, pour les faire passer dans le royaume de son Fils bienaimé.
La grâce, sa nécessité, sa nature. {De gratia CJiristi et de peccato originaU^ lib, i, pass. ^)
Pelage établit et distingue trois choses par lesquelles il dit qu'on peut accomplir les préceptes divins : le pouvoir, la volonté, Faction ; le pouvoir par lequel l'homme peut être juste, la volonté par laquelle il veut être juste, l'action par laquelle il le devient effectivement. Il reconnaît que la première de ces trois choses, c'est-àdire le pouvoir, nous est accordée par le Créateur de la nature et ne dépend pas de nous, mais que nous l'avons, quand bien même nous ne le voudrions pas. Il affirme que les deux autres, c'est-à-dire la volonté et l'action, viennent de nous et il nous les attribue de telle sorte qu'il n'admet pas qu'elles puissent venir d'autre part que de nous-mêmes. Eniin il prétend que ce que Dieu aide en nous par sa grâce, ce n'est ni la volonté, ni l'action qu'il attribue entièrement à nous seuls, mais seulement le pouvoir qui vient de Dieu et qu'il ne dépend pas de nous d'avoir ou de ne pas avoir. Comme si ces choses qui sont en notre pouvoir, c'est-à-dire la volonté et l'action, étaient assez puissantes pour porter l'homme à faire le bien et éviter le mal sans le secours divin ;
1. I Corinthiens, i, 25. — 2. Dans ce passage, saint Augustin expose avec netteté le système de Pelage et montre combien il est opposé à la vraie foi.
tandis que ce qui nous vient de Dieu, c'est-à-dire le pouvoir, n'aurait de force qu'autant qu'il aérait aidé, par le secours continuel de la grâce...
Pour parvenir à obtenir la protection de Dieu, il suffirait donc de courir vers lui, sans son divin secours ? Pour être aidés de Dieu en nous attachant à lui, nous^ pourrions donc sans son divin secours commencer par nous attacher à lui ? Qu'est-ce que l'homme pourrait alors demander de plus ? Qu'est-ce que la grâce elle-, même pourra lui donner par surcroît, puisque sans elle et par les seules forces de son libre arbitre, l'homme a pu devenir un seul et même esprit avec le Seigneur ? Je voudrais bien que Pelage m'expliquât ce qui a pu changer si subitement le cœur d'Assuérus, dont Esther, la pieuse épouse, avait la couche en horreur. Ce prince assis sur son trône éta,it revêtu de tout l'éclat de ]a grandeur royale ; l'or çt les pierreries brillaient sur tous ses vêtements. Son aspect inspirait la frayeur ; élevant alors ses yeux enflammés de colère, comme un taureau furieux, il aperçut la reine qui se tenait devant lui. Esther fut saisie d'effroi, la pâleur couvrit son visage, eJle s'évanouit et laissa tomber sa tête, sur une de ses fUles qui la précédait ^. Je voudrais donc que Pelage me dit si ce roi avait déjà couru vers le Seigneur, s'il avait eu le désir d'être gouverné par lui, s'il avait conformé sa volonté à celle de Dieu, et s'il était déjà intimement uni à lui afin de ne faire qu'un seul et même esprit avec son Créateur, et tout cela par les seules forces de son hbre arbitre ? Je voudrais que Pelage me dit, si ce prince s'était déjà donné tout entier à Dieu, s'il avait fait au Sieigneur le sacrifice de toutes ses volontés, et s'il avait remis son cœur entre les mains de Dieu. Il faudrait, je ne dis pas manquer de sens, mais avoir perdu tout à fait la raison pour penser cela d'Assuérus dans l'état o\^