E. DE Pressknsé, op. cit., p
428 DEFORMATIONS PROTESTAINTES Dl MYSTERE.
erreur sont également funestes pour la vie chrétienne. En un mot, le système socinien se présente comme une sorte de religion naturelle, d'où sont bannis tous les éléments spécifiques du christianisme. C'est là qu'il faut voir l'explication de son succès momentané auprès de toutes les écoles rationalistes, mais aussi la cause de sa faiblesse et de sa décadence. Parce qu'il mutile la révélation divine, il n'est pas capable de s'imposer aux âmes religieuses, dont son moralisme appauvri ne parvient plus à satisfaire les besoins.
Autant la dogmatique des sociniens est aujourd'hui discréditée, même auprès de ceux qui suivent de plus près leurs traces, autant l'histoire moderne met d'empressement à signaler l'importance et à recueillir les résultats de leur œuvre critique. Ici, ce serait le succès complet et, par là même, la victoire définitive de la raison et de la conscience morale contre les errements de l'ancienne orthodoxie. Tel est le sentiment d'A. Réville.
Leur théologie a quelque chose d'insuffisant pour le cœur, d'arbitraire pour la raison. Elle a d'ordinaire un admirable pressentiment de tout ce qui est à faire, mais elle le fait gauchement et mal. En revanche, elle est irrésistible dans ses négations. La dialectique socinienne, fine, serrée, impitoyable, s'attaque au dogme orthodoxe, l'entoure de ses replis multipliés, finit par le disséquer et par le laisser gisant sur le sol, éparpillé, réduit en poussière, au point qu'on en est à se demander comment il a pu si longtemps vivre et maintenir son prestige ^
i. A. Kkville, op. cit., |). 88.
LK KATIONALISMK S()( I.MKN. i29
A. Sabatier n'est pas moins eiilliousiastcî.
Les socinicns liront, adinirahlcmcnt Imi* iiH''ii<T «In (Irmolissiuirs... Ils ont rendu à l.i conscitMK'ci clirtUicuine un inaj)i)r(H'ial)l(^ service, non seulement (»n taisant éclat(M' les contradictions internes de Taneienne doctrine, mais en faisant sentir à tous l'insuflisance et l'incompatibilité radicales des notions juridi(|ues pour traduirr le caractère de Tceuvre du Christ... ( "(;st pour cela <jue cette critique niar([ue un moment essentiel et décisif d;ins l'évohition de la doctrine dont nous suivons l'histoire'... Où (»lle avait raison évidemment, c'est dans la destruction des fictions juridiques créées par l'ancienne théorie. Elle n'a pas été réfutée sur ce point et ne pouvait l'être, parce qu'il était impossii)l(^ de restaurer les axiomes de l'ancien droit germanique ou romain-.
Tous ces jug-ements sont on ne peut plus exacts et pour notre part nous y souscrivons volontiers. Seulement, nos auteurs entendent par là que la dialectique socinienne a ruiné le dogme catholique si vigoureusement organisé par saint Anselme, alors qu'en réalité c'est uni([uement contre l'orthodoxie protestante qu'elle a dirigé ses coups. De ce fait Socin lui-même semble avoir eu comme un obscur sentiment, lorsqu'il écrivait : « ... Co^iio\>eiani hic plurimum sndgo erratum faissCy idque non sine niaxinia tnni Dei Chrisiique ipsius obscuratione, tuni çe/'o aninniriun iacturay inter cos phaesertim qui sese uh Eccicsia ronid/ia scp(U'(is>e/'(i/ff^. » Aurait-il ménagé davantage la doctrine catholique, s'il l'avait connue/ Ce n'est pas probable. En tout cas, aucun de ses lecteurs ne saurait s'y méprendre : ce n'est pas un seul moment la théologie de saint Anselme ou de saint Thomas, c'est la dogmatique protestante qu'il a