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SYSTEMES CLASSIQUES : LE LEGALISME DE GROTIUS

Entre rorthodoxie protestante et le rationalisme socinien, la théorie de Grotius occupe une position intermédiaire. Non pas que le célèbre jurisconsulte ait voulu, ni peut-être cru, fonder un système nouveau; ses préoccupations conservatrices s'accusent jusque dans le titre de son ouvrage : Defensio fidei catholicae de salis factione Christi^ . Mais en réalité il n'est pas douteux que son apologétique ne s'inspire d'une conception spéciale et très caractérisée, qui le laisse aussi loin — amis et adversaires en conviennent aujourd'hui sans peine — des doctrines traditionnelles, dont il a l'air de prendre en main la cause, que des théories d'extrême gauche qu'il entreprend expressément de réfuter.

On a dit que ce traité serait dû aux querelles intestines qui ravageaient, dans les premières années du xvii^ siècle, l'Eglise réformée de Hollande. L'auteur, que ses sympathies arminiennes faisaient accuser

1. Public à La Haye c*n 1(>17, l'ouvrage a été souvent réimprimé de|)uis. Nous citerons l'edilion classique de .loachim LAN(;r, Leip/ig, n.'iO. Une traduction anglaise, accom()agnée d'une introduction historique et de notes tort importantes, a été éditée récemment en Amérique par le I)"^ K. H. Fostkr : A dcfence of the catholic faith œncerninf) the sdtisfartion of Christ, Andover, 1889 : nous aurons roccasion de l'utiliser |>lus d'une lois dans la suite.

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cl(» sociïii.'iinsme, aurait voulu s(^ lucltn; à couvert m marquant son opposilion à I'uih» dos llirsc»s fondanuMilalcs (1(^ Socin. Sans pocoui-ir i\ crllr. hypotlirsc, la sincérité de sa foi et le caractère particulier iU) sa i'ormation tliéoloj^'-ique e\pli(|ucnt les diver|^enceH doctrinales (pii s'allirment dans cet ouvrapi-t» : rimporlance du sujet sullisait à nioliver la j)(d<'mi(|ue.

Quoi (|u'il en s«.il de l'intenti(»ii mili.ilr qui a piv»voqué son orij^ine. Tu^uvre tout entière de (irotius est dirij^i'èc contre rauteur du />c (liristo scrvalorr. I .es notions tIi('M)lo<;'i(pi(^s el sui-lout rexé<^èse d(; Socin sont passées au crihle par un critique courtois mais implacable, qui a visiblement le souci de ne pas laisser le moindre détail sans réponse. Cette r<'»futation relègue au second ])lan 1 ex|)osé direct, qui semble n'intervenir qu'à titre subsidiaire. A cette métbode la pensée de Grotius emprunte quelque chose déplus impersonnel; mais elle en garde aussi cet aspect fragmentaire, où Ton a pu voir, non sans motif, une explication de ses défauts et de ses lacunes.

Car de ce traité, en apparence si peu systématique, un système pourtant se dégage, où l'on retrouve, avec l'empreinte générale du milieu, la tournure d'esprit propre à son auteur. Elevé dans la religion protestante, Grotius entend la Rédemption suivant les traditions de la Réforme: mais son intelligence, appliquée de bonne heure aux études juridiques, en a gardé comme un pli inctïaçable : Thomme de foi, en devenant théologien, demeure toujours un homme de loi. Aussi la théologie rédemptrice de Grotius estelle marquée par une application complète et logique au mystère chrétien des idées, du langage, des procédés en cours chez les juristes; et ce qui fait Toriginalité de sa tentative est aussi peut-être ce qui en l'ait la faiblesse.

Tel quel, le système de Grotius devait exercer une

grande influence, qui s'étend plus d'une fois sur ceux-là même qui l'ont ignoré ou qui l'ont combattu; aujourd'hui encore, malgré les critiques dont il est l'objet, il demeure une source toujours exploitée de la dogmatique protestante. D'où la nécessité de l'exposer avec quelque détail et d'en examiner avec soin la valeur.

(( Avant d'entreprendre cette discussion, écrit Grotius en tête de son traité, nous poserons tout d'abord la thèse que l'iiglise a tirée des saintes lettres et qu'elle a défendue jusqu'à ce jour d'une foi inébranlable; on verra clairement par là ce qui la sépare du système de Socin. » Voici donc, dans les termes mêmes de l'auteur, cette catholica sententia^ dont l'importance est ainsi mise en relief dès la première page.

Deus, motus suabonitateutnobisinsigniterbenefaceret, sed obstantibus peccatis quae poenam merebantur, constituitut Christus, volens exsua erga homines charitate, cruciatus gravissimos et mortem cruentam atque ignominiosamferendo, poenas penderet pro peccatis nostris, ut, salva divinae iustitiae demonstratione. nos, intercedente vera fide, a poena mortis aeternae liberaremur ^

Tout le système de Grotius est en germe dans ces quelques lignes. On remarquera que, pour lui, la Rédemption consiste à exempter le pécheur des peines dues à son péché. A cet effet, les supplices et la mort du Christ tiennent lieu du châtiment éternel mérité par les coupables : c'est le point de vue protestant de la substitution pénale. Cependant lo

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