Ibid., V, 4-6, p. G7-G
îl. Ibid., V, 8, p. 69-70.
Dans ce passage s'affirme la conception capitale de Grotius, et l'on a pu voir que c'est une préoccupation sociologique qui préside pour lui à tout le plan de la Rédemption. Un exemple pris dans la littérature classique sert à illustrer sa thèse. Au dire des anciens historiens, Zaleucus, qui régnait à Locres, avait prescrit que tout adultère serait privé de ses deux yeux. Or, son propre fils s'étant rendu coupable de ce crime, toute la ville, par considération du père, sollicitait son pardon. Zaleucus cependant résistait : à la fin il se laissa vaincre ; mais il s'arracha d'abord un œil à lui-même, puis un autre à son fils. Grâce à cette admirable combinaison, la loi était satisfaite en même temps que Famour paternel . Ainsi Dieu a sauvé le pécheur, sans compromettre la loi qui condamnait le péché.
En effet, ce plan juste et sage s'est réalisé. Grotius prouve par l'Ecriture que"^le Christ a vraiment porté la peine de nos péchés; contre les objections philosophiques et exégétiques de Socin, il maintient qu'il y eut satisfaction véritable. La satisfaction d'ailleurs ne s'oppose pas au pardon; car celui-ci provient de l'autorité, et la satisfaction, lorsqu'elle est fournie par un tiers, doit être agréée par le supérieur : elle est, en termes de droit, une solutio reciisabilis^. Ainsi voit-on comment Toeuvre du Christ garde sa valeur et respecte en même temps les initiatives de la bonté divine.
Grotius interprète ensuite sans difficulté, d'après les mêmes principes, les textes scripturaires qui parlent de propitiation divine, de rédemption, de substitution, d'expiation et de sacrifice (ch. vii-x). Dieu est apaisé en ce sens que la mort du Christ