‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 135 sur 183 · A. Sahaïieu. op. cit.. p · texte numérisé non relu

A. Sahaïieu. op. cit.. p

Grotius a beau invoquer les distinctions de la casuistique légale à Teffet de démontrer que la notion du châtiment ne comporte pas qu'il soit subi par le coupable; il a beau chercher des précédents, avec cette promiscuité d'argumentation qui lui est familière % dans les pratiques pénales des sociétés antiques ou môme dans le droit romain. L'idée du châtiment pour l'exemple relèvera toujours d'une politique et d'une morale également rudimentaires; son application à la mort du Christ serait tout simplement révoltante. Il y a, en vérité, plus de piété et de grandeur dans la thèse protestante; quels que soient d'ailleurs ses défauts, on y sent du moins l'horreur tragique du péché, tandis qu'ici le dernier mot du Calvaire serait dans une mesure de simple police.

Toutes ces objections sont décisives contre le système primitif de Grotius," qui, dans son désir d'équiparer la loi divine aux lois humaines, n y montre guère autre chose qu'un décret arbitraire destiné à garantir le bon ordre — ce qu'un critique appelle justement « a statutory conception of t/ie law'^ ». Conscients de cette faiblesse, ses modernes disciples ont essayé d'y porter remède, en entendant la loi divine dans le sens de loi morale absolue. VX l'idée est meilleure, sans perdre son caractère essentiel de vain formalisme ; Réville a fait bonne justice de cette nouvelle iiction.

Qu'est-ce que la loi morale distincte de Dieu, si ce n'est une abstraction pure ? Comment admettre que la loi morale ait été satisfaite par la punition d'un innocent? Quel sentiment de l'inviolabilité de cette loi puis-je retirer d'une théorie qui contredit le principe même de

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