CHAPITRE IV
SYSTEMES iMODERNES : EVOLUTION DU LIBERALISME.
Jusqu'au xix^ siècle, écoles et théories sont restées en présence, dans le monde protestant, telles à peu près qu'on vient de les décrire. Avec le mouvement de \ Aufklàrung en xVUemagne, avec le déisme en Angleterre, le rationalisme prenait une extension croissante, sans guère modifier le point de vue socinien ^ : la conception d'un Christ modèle de vertu et martyr de sa cause suffisait à contenter son idéal. L'orthodoxie, de son côté, continuait d'appuyer sur l'Écriture les mêmes thèses d'expiation pénale et de substitution absolue. TôUner, en 1768, entreprit de contester le caractère substitutif de l'obéissance active du Christ; c'était une grosse brèche dans le vieil édifice luthérien. Mais, dans la controverse qui s'ensuivit, la théologie allemande défendit et affirma les doctrines classiques ; tout au plus a-t-on remarqué la place de plus en plus grande que les apologistes du vieux dogme font à la théorie gouverne-
1. « En Allemagne, où se concentre désormais avec une intensité prodigieuse le mouvement philosophique et th-éologique. Steinbart. Eberliardt, Barhdt, Henkc, lloeffler etc. attaquent le dogme orthodoxe avec passion, et restent au-dessous du socinianisnie dans renseignement (ju'ilslui opj)Osenf. >• A. Révillf. op. cit., p. 98. Cl. Bair. op. cit., p. 505-530.
KVOLI MON DU l.lhKHALISMK iV»
nuMitalr de (irolius'. \\\\ im'inr l('in|).s, les s<'Ct<;s dissidtMitos (''chaul1'ai(Mi( I.i \}'irU'> maladive de lours fidèles par une considération exclusive <le8 aspects niîitéricls de la Passion cl crevaient C(» que les protestants de tout(^s nuances s'accordent à llétrir sous le nom d(» « théologie du san^^'^ )>.
Il faut îittendre, poni' apercevoir un rlianp^emenl apprécial)l(% la s(H'ousse j^^t'nt'i'.dc imprimée à la pensée religieuse par la i rilicpie du dernier siècle'. Dès le début, les positions anciennes en lurent bouleversées.
Au sein dr la théologie moderne règne une grande (liv(^rg(MU'e de vues, d'explications et de foi*niules, au gré de la dépendance de ses représentants de tel ou tel système philosophique, de tel ou fel parti religieux. Le faisceau est à jamais rompu t^t les interprétations les plus diverses se donnent une lihre carrière, non sans trahir souvent de pénibles efforts et sans offrir prise à des malentendus ou à des équivoques, dans le but de concilier les formules traditionnelles avec les idées modernes et de satisfaire aux exigences du sentiment moral et de la conscience religieuse 3.
De cet immense effort qui a renouvelé la philosophie et Texégèse, l'histoire des dogmes et la théologie, le plus clair résultat fut d'abord une recrudescence de difficultés contre l'orthodoxie, qui ne put y échapper qu'au prix de notables transformations. Mais, non contente de critiquer, la théologie de gauche entreprenait de comprendre le mystère, et, tout aussitôt, le rationalisme de Socin devenait insuffisant.
Pour le compléter ou le remplacer, la métaphysi-