‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 138 sur 183 · Voir Bauk, ibid., p. 478-505 et · texte numérisé non relu

Voir Bauk, ibid., p. 478-505 et

2. Cf. Rkmlle, op. cit.. p. 106 et A. Sabatier, op. cit., p. 88.

3. F. LicHTENBERGF.n, SLTi. Rédefnptiou . dans Encyclopédie des sciences religieuses, t. XI, p. 147.

que et le sentiment, le tout plus ou moins appuyé sur l'Ecriture, la théodicée et Texpérience religieuse, étaient tour à tour invités, suivant les goûts de chacun ou les courants à la mode, à fournir leur concours. La Rédemption, sans doute parce qu'elle est de tous les mystères celui qui touche le plus à la pratique, fut comme le champ clos où se heurtaient les systèmes, et peut-être le terrain d'expérience où ils essayaient leur valeur. Même des théologiens orthodoxes crurent pouvoir accueillir sur ce point des conceptions nouvelles et funestes, en réalité, pour l'antique foi.

Il est résulté de tout cela un ensemble protéiforme de doctrines, qu'on désigne communément sous le nom de libéralisme. Nous garderons à notre tour ce vocable — faute d'un meilleur — mais en remarquant qu'il s'agit moins d'une école proprement dite que d'une tendance générale, qui d'Allemagne a gagné tous les pays protestants.

Au milieu de cette variété, qu'on pourrait presque dire infinie, de systèmes souvent fort vagues, un trait spécifique établit une certaine unité : c'est Topposition aux vieilles formules et, en général, à tout système qui prétend expliquer la Rédemption comme œuvre objective. Sur le terrain ainsi déblayé, non seulement de la théologie orthodoxe, mais du dogme traditionnel lui-même, s'élèvent des théories plus ou moins séduisantes, qui ramènent toute l'économie rédemptrice à un fait d'ordre historique et humain, avec une propension de plus en plus marquée vers un mysticisme plus favorable à la piété qu'à la précision. De ce vaste mouvement théologique, autant qu'il est possible de s'orienter à travers une littérature abondante et complexe, nous voudrions du moins retenir les grands traits qui dessinent la courbe de son évolution ^

1. si ce travail sur lo protestantisme moderne n'est pas trop in-

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Kn AllcMnaj^nc, \c (Ic'hul du xi\' siècle lut in;n'<jué par uîi (leploicnuînl de spéculation pliil()S()plii(|ue dont l'inllucnce se fait encore sentir sur la |)ensée nu^Jerne. Ce qucce mouvenicnl présenta de s|)écial, surtout à Toriginc, ce l'ut la pnHculiou de soumettre à des lois rationnelh^s rinté<^rité du savoir humain, y compris l(^s laits du christianisme, que maîtres et disciples n'hésitèrent pas à absorber dans des synthèses hardies ipii rapp(dlent la Gnose antique. Le dogme de la Rédemption devait recevoir un contrecoup de cette spi^culation intrépide, en même temps qu'il lui fournissait un contingent ^

Kant le premier a, suivant l'expression très juste d'A. Kéville, « donné Texemple d'établir entre le dogme chrétien et sa doctrine philosophique une sorte de parallélisme, duquel devait résulter que la religion exprimait, sous une forme symbolique ou dans des faits historiques, ce que la raison du philosophe obtenait scientifiquement- ». Le philosophe de Kœnigsberg s'applique, en effet, à transposer les vérités chrétiennes en langage rationnel.

Il représente l'homme moral divisé entre le bon et le mauvais principe. Le mauvais principe lui vient de ses propres fautes et aussi des défaillances

complet, nous le devons aux indications et bienveillantes eomtnunicationsde MM. Camille Rabaud, président du Consistoire de Castres, et Edouard Rabaud, président du Consistoire de Montauban. Qu'ils veuillent bien trouver ici l'un et l'autre Texpression de notre reconnaissance.

1. Voir sur ce mouvement F. E. Wenger, Le dogme de la Rédemption au XIX^ siècle, Montauban. ISoT. et Baur, op. cit., 3« partie, p. 50îi-743.

'2. A. Ukville, op. cit.. p. 10-2.

héréditaires; mais sa puissance n'est pas irrésistible. Car le bon principe, ou loi morale, fait sentir son appel. Nous sentons que cette loi morale est catégorique, c'est-à-dire sans exceptions possibles, et absolument exigeante ; à ce titre, elle réclame toutes nos forces et, s'il le faut, tous les sacrifices. Si donc l'âme a cédé au mauvais principe, elle peut et doit se retourner vers le bon : ce qu'il y aura toujours d'imparfait dans la conduite effective sera compensé par l'intention, et le tout de la vie morale consiste à rectifier nos intentions directrices.

Pour ce motif, il faut se mettre sans cesse devant les yeux la loi morale et se conformer à ses exigences. Cette loi morale n'est-elle pas l'idéal de l'humanité et l'image de Dieu même, c'est-à-dire la fin en vue de laquelle Dieu a créé toutes choses? Sans cesse elle descend du ciel sur la terre, quand elle se manifeste à chacune de nos consciences pour nous élever jusqu'à elle. Et si nous voulons la personnifier, d'instinct nous nous la représentons sous l'image d'un homme saint qui souffre tous les sacrifices pour obéir à la loi du devoir. C'est ainsi que la philosophie retrouve l'Incarnation et ses effets salutaires.

De même arrive-t-elle à concevoir la Rédemption. Car, dès son retour au bien, l'homme trouve dans son passé quelque chose d'irréparable ; ses fautes le rendent débiteur par rapport à la loi, et ses bonnes actions présentes, parce que déjà dues, ne peuvent acquitter ces arrérages : il reste donc passible d'un châtiment. Mais ce châtiment, qui n'a pas eu lieu avant la conversion, ne saurait à bon droit s'exercer après; car l'homme converti est moralement un autre homme. Il reste que ce soit donc au moment de la conversion. En effet, par là même qu'il change de vie et se met au service de la loi, l'homme nou-

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veau .icccplc «le soiiHiii' jkhii' r.incicfi ; il se siibsliliKî à celui-ci pour subir la pcîiiie (ju'il niérile.

Ainsi, bien ([ue p/n/sif/ncînoif... l'honiine nouvr.m demeure» U) uu'îuie hounnc^ coupable ri doive, eoninie tel, ôtre jugé devant un tribunal moral, et par suite aussi par lui-m('»m(\ — dans son intention nouvcdie..., il n'en est })as moins un autn^ ///o/v/Z^'/y^c/t/ aux yeux d'un juge divin pour (pli rint(Mition vaut l'action; et cette intention adoptée j)ar lui av(»c toute la pureté (ju'elle avait dans le Kiis de I)i(Hi, ou (si nous personnilions cette Idée) ce Fi/s (le Dieu lui-môme se substitur à lui, et aussi à tous ceux (]ui croient (})rati([uement) en lui, j)our ])()rter le poids de leurs l'autc^s, est le Sanvrur (pu satisfait par ses souffrances et par sa mort à la suprême justice et V Avocat qui fait qu'ils peuvent espérer de paraitre justifiés devant leur juge, pourvu que (dans cette fac'on de voir, on se représente cette souiïrance, que le nouvel liomme doit accepter, sa vie durant, en mourant au vieil liomme, comme une mort qu'a soulVerte, une fois pour toutes, U) représentant de l'bumanité '.

Et si tout cela manque de clarté, on y aperçoit du moins que le Christ innocent des Evangiles, acceptant de souffrir pour les fautes qu'il n'a pas commises, devient un pur symbole de la destinée humaine telle que peut se la représenter un philosophe. « C'est donc à Kant, peut-on dire avec Wenger, que revient l'explication symbolique de la mort de Jésus-Christ... Il conserve les formules chrétiennes, soit par accommodation, soit en leur donnant un sens philosophique ; déiste pour le fond, il se crée pour la forme une espèce de symbolisme de dogmes *-. »

Le plus étonnant après cela, c'est que des théologiens se soient trouvés pour adapter à l'orthodoxie

1. Em. Ka^t, La religion daiis les liinites delà raison, traduction A. ïi'.KMESAY(,UEs, Paiis, 1913, p. 86-87. Cl. p. 9:i-98.

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