Voir BoMKAs. op. cit., p. o9-î
4. BoMFAs, ibid., p. 108. Wenger est à peine pUis modéré : Balanrant toujours entre la subjectivité et Tobjectivité, dit-il. Scbleiermacher n'est ni orthodoxe ni rationaliste » (p. 05).
472 DEFOKMATIONS PUOTESTANTES DV MYSTERK.
Ceci soit pour bien montrer que Schleiermacher, quoi qu'aient pu en dire certains panégyristes inattentifs, appartient à l'école libérale, et moins encore par les critiques très vives qu'il a dirigées contre les conceptions « magiques » de l'orthodoxie que par le système qu'il propose pour les remplacer. Mais, en introduisant la piété dans la théologie, il n'en a pas moins brisé les vieux cadres du rationalisme, qui se contentait surtout de négations, et dirigé la pensée des moins croyants vers un mysticisme subtil, où la Rédemption garde du moins sa place comme phénomène caractéristique, bien que tout subjectif, de l'expérience chrétienne.
Un autre grand maître de la pensée religieuse en Allemagne, Albert Ritschl, a largement contribué à précipiter ce mouvement dans la théologie moderne' .
Pour lui, le Christ est essentiellement notre Rédempteur, parce qu'il est le révélateur du Dieu-Père. Car Dieu est amour, Famour invincible et permanent, et l'homme se trompe quand il se croit l'objet de l'inimitié divine. Son péché n'est, en réalité, qu'une faiblesse et Dieu est tout prêt à lui accorder le pardon. Les maux de la vie ne sont pas des châtiments, mais une conséquence fatale de lamarche du monde, toutau plus des corrections paternelles pour nous ramener à Dieu. Toutes ces vérités, obscurcies dans la conscience humaine, ont été, au contraire, présentes et vivantes dans la conscience filiale de Jésus, cependant que sa vie tout entière en était lesplendide commentaire.
C'est à ce titre qu'il nous sauve, parce qu'il nous rend la confiance et l'amour; il n'est pas venu réconcilier Dieu avec les hommes, mais les hommes
1. A. RvvscuL, Die Le/ne von dcr Iiecht/'erli(jan(j leiul Versôhnung^, Bonn, 1880. Le tome troisième est consacré tout entier à la construction doctrinale. Voir, en français, i:. Bertrand, Une nouvelle conception de la Rédemption. Paris, 1891, p. 2-> 149.
KVOIJUION 1)11 LIlUOKALISMi:. 473
avec Dieu. Sa mort, ,i ccl é^-ard, n'a point de signilication spéciale; mais (;lle couronne ['(euvre (Je sa vie, en ee (pi'elh; nous oJÏVe un e\eni[)h». de la plus parfaite communion reli<;ieus«' ave<' Dieu dans les ])lus dures épreuv(»s. L;i loi initie chacpio chrétien aux méuK^s s(»ntimenls, et c'est en C(dn ((ue consiste notre Rédemption, (lomme SeUlei<M'maclier, Ilitsclil enseigne d'ailleurs (\no cette grâce ne saurait étn^ appropriée quepar l'intermédiaire del'hlglisc : ce qui l(Mir vaut à (ous deux le reproche de catholicisme.
On voit (|ne Uitschl n'est pas moins éloigné que Schleiermacher de l'orthodoxie et delà foi traditionnelles, que sa théologie est également d'inspiration tonte mysticpie et su])jective. Mais il a l'avantage sur celui-ci de faire plus de place n l'exégèse et d'éviter recueil du pantliéisme; si l'on joint à ces deux qualités une simplicité plus grande, on s'explique le prodigieux succès d'un système, où l'on a pu voir, non sans raison, le conlluent de toutes les tendances philosophiques et morales du xix^ siècle *.
Du reste, si Ton fait abstraction de leurs modalités propres, les deux doctrines tendaient vers le même but. d'émancipation et de transformation doctrinale: c'est dans ce sens qu'elles ont agi, comme deux forces conjuguées, sur toute la théologie postérieure.
Vers le milieu du dernier siècle, l'école de Strasbourg s'employa à faire passer dans le protestantisme français les résultats de la critique et de la nouvelle théologie allemandes. Un groupe de travailleurs
1. Voir H. SciiOKN, Les origines historiquct; de la théologie HitsefiL Paris, 1893.
vigoureux et entreprenants mena contre Torthodoxie un assaut dont les conséquences durent encore : le dogme delà Rédemption fut un de ceux qui reçurent les premiers et les plus rudes coups.
En 1845, le D' Bruch, doyen de la Faculté de Strasbourg, publiait en allemand, sous forme de lettres, une série de réflexions sur les questions religieuses, qui dessinent une sorte de dogmatique populaire; moins de deux nns après, l'ouvrage était jugé assez important pour être traduit en notre langue par un pasteur de Nîmes ^ L'auteur s'écarte et de l'incrédulité de gauche, qui se déguise sous les formes savantes du panthéisme, et deTorthodoxie de droite rivée aux anciennes formules. « Entre ces deux extrêmes », il veut se placer dans cette catégorie moyenne de « chrétiens qui, pleins d'intérêt pour la religion et sincèrement attachés au christianisme, mais attentifs à suivre le mouvement de la science moderne, ne peuvent pas entièrement s'accommoder de toutes les formules dans lesquelles le xvi^ siècle a essayé de renfermer et d'enchaîner les croyances^ ». C'est le programme môme de libéralisme.
Une de ces formules dont Fintelligence moderne doit s'affranchir est la conception ecclésiastique delà satisfaction vicaire : le D"" Bruch ne lui consacre pas moins de quatre lettres^. Sans doute il reconnaît que la mort du Sauveur fat un moyen providentiel de succès dans la fondation du royaume spirituel. Il était venu pour délivrer les hommes de la servitude de la Eoi et du péché : sa mort sanglante eut, à cet égard, toute la fécondité du sacrifice volontaire;
i. V. BkijCii, Cliristianisme et foi chrétienne^ traduction A. Ca- /,AU\, Nîmes, 1854 et 18:»'). Mais il ressort de la préface que la traduction paraissait en articles dans Y Echo de la Réforme dès 1847.