Prelace du traducteur, 1. 1, i>. in
S. F. Hklcii, t. Il, lettres i\-xin, p. 10()-15{).
l'VOUlTION hl! LIHKHAIJSMK. ,75
(»ll(» a <'t(' ViMihio i\ cr tilr(3, (Tiin (Mnnniiin .irnoiir, par le Père et le h'ils. IMus (|ue C(îla, on peut parl(T(J(; r('(leinpli()ii vl de iM'eoueiliation ; mais il l'ant >< srparer avee soin Tidée vraies de la loi'nie dont ellr s'ôst rovètiie ». Aussi lautenr (mtreprond-il mie vive critique de rortliodoxio eonrante, soit au nom d(î riMM'itnr(\ (pli al leste fpic la |{<''domplion est une initiative^ de Tamour divin et que la mort du (Jirist n'était pas nécessaire, soit au nom de riiisloire, qui révèle les « opinions successives de rKor-liscî sur ce point '> '. Sa p(Mis<'M^ |)ersofinelle est (jue la mort du Christ a reconcilié les hommes avec Dieu et non pas Dieu avec les liommes.
La. mort de Jésus nous donne la certitude et nous garantit en même temps, de la manière la plus positive, que Dieu est réconcilié avec nous et que le pécheur repentant peut avoir confiance dans la griVce divine et dans le pardon de ses péchés... L'amour de Dieu se révèle dans la mort de Jésus d'une manière plus claire, plus saisissante que partout ailleurs. Que Dieu ait arrêté de relever par Jésus riuimanité déchue; qu'il ait manifesté dans son Fils la plénitude de sa puissance et de sa sagesse ; que par Christ il ait annoncé, dans une pureté parfaite, les vérités les plus sublimes; qu'il l'ait envoyé pour être le t,ype accompli de la grandeur morale, — c'est beaucoup, oui, beaucoup! Mais n'est-ce pas plus encore que Dieu ait laissé souffrir et mourir comme un malfaiteur Têtre le plus pur que la terre ait jamais porté...? Comme la mort de Jésus est le point le plus saillant de son œuvre de salut tout entière, c'est aussi la révélation la plus sublime de l'amour intini de Dieu. La croix de Christ est le plus beau signe de rAlliance de grâce que Dieu a bien voulu faire avec les hommes. >«'y verrions-nous pas le gage le plus rassurant de sa bonne volonté à notre égard -?
!. Bkucii, (hi(f., letti-es \ et \i, |). IIT-Iii. 2. IhicL, p. 14(» et 148-149.
476 DÉFOUMATIONS PUOTESTAMES DU MYSTERE.
Pour établir cette thèse, l'auteur s'appuie spécialement sur FEvangile, d'où il assure que l'idée d'expiation est absente. L'enseignement différent de saint Paul et des Apôtres n'est qu'une adaptation nécessaire aux conceptions du temps. Dans cette doctrine et dans les arguments qui l'appuient, les directions essentielles du libéralisme étaient déjà tracées.
Si telle était la conviction des maîtres, on ne s'étonnera pas d'en retrouver l'écho dans les travaux des élèves. En 1849, un jeune lauréat de la Faculté, G. Blanck, suit pas à pas Fexégèse, riiistoire et la théologie du D' Bruch, pour aboutir comme lui à voir dans la mort du Christ seulement « une preuve éclatante de l'amour infini et de la bonté extrême du Seigneur * ». Un peu plus tard, un autre candidat entreprend l'apologie de la doctrine socinienne, y compris le rationalisme qui caractérise sa conception de la Rédemption ^.
Mais la théologie nouvelle allait bientôt rencontrer deux représentants d'une autre valeur, en qui s'incarnerait le double mouvement de critique théologique et historique dont on a constaté les premières manifestations.
En 1850, Timothée Colani prenait la direction de la célèbre Reçue de théologie^ qui allait servir d'organe, pendant quelques années, à la jeune école de Strasbourg. Bientôt lui-même ne tardait pas à porter son attention sur le problème de la Rédemption.
Rarement critique plus incisive a été faite des thèses orthodoxes. Non seulement il relève ce qu'il y a d'étrange dans Fidée d'exiger une expiation du pécheur converti, comme si le repentir ne suffisait
1. G. Bi.ANGK, Examen de la valeur dogmatique de la mort de Jfsus-Christ, Strasboiiri;, IH^iî), p. 15.
-2. Henri Ampiioux, Essai sur la doctrine socinienne, Strasbouri;, 18:>0. Voir «spécialement p. 59-78.
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pas pour i'(Mi(lr(i au ('-()U|>al)l(" la paix avec, l)i('u, ou si la poiue pouvait rln^ scpaiuM^ do rétat (1(; p(''cli('' ([ui la niorilo : autant <li; liclions juridi(pics inac(o[)tal)l(;s pour la conscienoo. Mais ciicoro, allant plus au fond du prohlruio, il montre (pic la peinci pai* (dlo-mrnu' so saurait rien expier : les lois humaines se contentent, faute de mieux, de ces sanctions «grossières; la loi divine a dc^ plus hautes exigences.
A iv^garder l'application de ces principes dans le système orthodoxe, il apparaît que Jésus n'a pu soulTrirtouti^s les peines méritées par les pécheiirs et surtout que, telles (pielles, ses souffrances ne sauraicMit être satisfactoires au s(»ns prétendu. Comment la mort de .Jésus pourrait-elle avoir une influence réconciliatrice sur Dieu, puisque c'est Dieu lui-même (pii nous Ta envoyé? Ou bien voudrait-on admettre cet absurde dualisme entre la justice et la miséricorde, entre le Père qui exi^-e la satisfaction et le b'ils qui la fournit ' ? Sans être entièrement neuve, cette critique est des plus pénétrantes ; il faut même la dire décisive contre les formes extrêmes de Torthodoxie. Il est à remarquer seulement que Colani n'impute ces défauts qu'au système luthérien, tandis que la théologie calviniste lui paraît plus proche de son propre mysticisme ^.
Car toute l'œuvre de rédemption et de réconciliation se passe dans Tcime humaine.
En définitive, ce dont l'homme a besoin pour son salut, ce que Dieu peut faire pour lui, c'est que le bien prenne une vigueur et un attrait capables de contrebalancer rintluence prépondérante du mal, c'est (pi'une révélation miséricordieuse vienne dissiper les ténèbres et les an-
1. T. CoLAM, De la coulpe et de Vexpiation, clans Revue de t/iéoloifie, t. V (185:2), p. oi-58. et encore Examen de la notion orthodoxe '<1h salut, ibid., p. 13i)-i;n et 138-144.
'2. Voir De la foi et de la révélation, ibid., t. HI (1851), p T-KJ.
478 DÉFORMATIONS PROTESTANTES DU MYSTf^RE.
goisses accumulées par les péchés dans nos consciences. Le mal no sera surmonté dans l'homme que par l'amour pour le bien, et cet amour ne peut être éveillé que si Dieu nous aime le premier ^
Telle est précisément l'œuvre réalisée par Jésus - Christ. Non seulement il nous montre en acte la sainteté parfaite — jusque-là cette action tout extérieure serait plutôt décourageante — mais il lui donne, par la contagion intime de son amour, un attrait assez puissant pour subjuguer nos cœurs.
Lui, la loi morale faite chair, il se substitue à la loi morale abstraite. Lui, l'expression de l'amour divin, il remplace dans nos cœurs l'image du Dieu irrité. Et ce qui donne à son œuvre une inébranlable garantie, c'est que nous le savons, à n'en pouvoir douter, un avec son Père 2.
De cette révélation d'amoui^ qui remplit toute sa vie, la mort sur la croix est le terme; mais sa valeur n'est pas d'ordre différent.
Sans la mort de Christ son œuvre ne se fût point conservée, et elle ne se fût point conservée parce qu'elle n'aurait pas été assez puissante sur les cœurs pour y vaincre le péché. La mort de Jésus est seule la manifestation parfaite de tout ce qui est en lui... Christ cherche un moyen matériel de prouver à tous qu'il est leur Sauveur, un moyen infaillible de les convaincre ; il cherche ce qu'il peut sacrifier de plus grand et de plus précieux, et il donne sa vie pour nous prouver qu'il nous aime. Il n'a point d'autre but que de nous forcer de l'aimer en nous forçant de reconnaître (ju'il nous a aimés. C'est là la puissance rédemptrice qui est dans sa mort^.
1. T. CoLAM, l'Aude fies faits moraiix relatifs me saint, ibid., t. IV (1852). p. 277.