‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 147 sur 183 · Ibid., p. IM · texte numérisé non relu

Ibid., p. IM

'é. Ibid., p. i;vj.

480 DÉFORMATIO^S PI\OTESTA^TES DU MYSTÈRE.

aussi pour classer l'auteur de ces belles pages mystiques au premier rang des théologiens libéraux. Dans la suite, la Kevue donna encore sur Texpiation quelques études du pasteur Trottet, qui insiste sur ridentification mystique de Thumanité au Christ ^ Bien inférieures pour la vigueur de la pensée et le relief de Texpression aux travaux de Colani, elles semblent, autant qu'il soit possible d'en saisir la doctrine confuse, obéir à la même inspiration théologique; mais elles n'y ajoutent assurément rien d'essentiel.

Une contribution plus importante et plus neuve fut fournie à la théologie nouvelle de la Rédemption par les « Etudes historiques et dogmatiques » d'Albert Réville. Tandis que Colani s'était maintenu dans le domaine théologique et rationnel, celui-ci aborde l'histoire du dogme. Christian Baur et les historiens allemands qui continuent sa tradition en avaient amassé les matériaux; Réville ne lit que les leur emprunter à larges mains, mais pour en faire une construction bien française d'harmonie et de clarté. Son ouvrage est ainsi le premier spécimen de ces brillantes synthèses, où l'histoire se distribue en périodes régulières et progressives comme des théorèmes, cependant que quelques textes bien choisis donnent à tout l'ensemble une illusion de vérité.

De ce point de vue philosophique et peu exigeant sur les faits, tout se simplifie. Il appert que le développement de la théologie rédemptrice a passé par trois phases successives : mythique, juridique, éthique ; et naturellement les deux premières appartiennent à un passé désormais disparu, tandis que la troisième, bénéficiant des longs efforts antérieurs et instruite

I. .1. I». liioiiKi. Do fa vie et de l^cuvre de Christ, ibid., t. VI (1853 . p. -204-2-2.'$. Cf. ibid., p. -2(KJ-*2<;7. NOir encon* du même auteur. De Veccj,inlio,i. ibid.. r. XV ,18.%T), p. iriT-H.*; et iT7--20-2.

KVOMTION hi: I Mil lui IsMIv /«Hl

par leur insnllisanco, a sriilr pour rllr l'avoinr. Sur le terrain ainsi (I(''l)lay('î dcîs virillcs înasurrs (l()t^mali(]iu's, railleur l'sl à l'aisr pour «'lever un bel éJilico nH)(l(»rne, suivant les meilleurs [)lans de Sehleierinacluu'. Vniei les trois llièsos où il résume son syslèine.

I. Dieu est lo saint Amour immuahle, (|ui veut conti nuellement notre saintett'*, et par elle notre honhour.

II. — Le péelié a pour tripler enns('(pienee : T de transformer le s(Mitiment de l'amour de Dieu en sentiment d(^ justice riu-oureuse; 2" <rassujettir riiouiuie à un doul()ur(Ui\ v\ humiliant esclavage, dont il ne peut se délivrer lui-nu>me: 3" d'inspirer le déses])oir moral en t')tant à riiomme jusqu'au désir de lui résister...

m. — A cette triple eoiis(''qu(Mi('r du jiéclM', riloninie ( lirist, par le saint amour dont sa vie, couronnée par sa uuM't, otVre le déploieuuMit continu, oj)pose une triple action sur toute- ànie entrée en coniniiuiion avec lui. V 11 ranime la foi au bien comme à la vraie nature et destinée d(^ riioninie; 2'' il comuiuniciue une énergie n<»uvelle capable de détruire proiiressivement le pouvoir du })éché sur nous ; 3" il fait réapparaître l'amour de Dieu dans toute son évidence... \'oilà pourquoi le Clirist est le Rédempteur, le Libérateur, celui (^ui, en se donnant luimême à travers la souffrance et la mort, nous enlève avec puissance au péché et nous fait vivre en Dieu de sa vie sainte et bienheureuse'.

Une fois de plus il ressort que la théolog-ie nouvelle de la Rédemption se réduit à une analyse psychologique, plus ou moins ingénieuse, de l'expérience chrétienne. La variété proposée par Réville n'avait pas, à cet égard, moins de valeur que les autres et n'eut pas plus de succès ; mais il en est autrement de

l. A. lU.vii.LE, op. cit., |). Ii>8-l*t0. l/aulcur se rattai^lie liii-inêine à Schloionnaclier, mais émet l'espoir de le compléter à l'aide des «1er- 11 i ers travaux, ibid., p. HV2.

.82 DÉFOIIMATIONS PROTESTANTES J3U MYSTÈRE.

son esquisse historique, qui a été souvent exploitée et plus encore imitée dans la suite.

Avec non moins d'unité dans les principes inspirateurs et autant de diversité dans les applications, un mouvement tout semblable se déroulait dans les autres pays, dont les principaux représentants sont, en Angleterre, Denison Maurice et Benjamin Jowett, aux Etats-Unis Bushnell etClarke^ Il serait sans intérêt de poursuivre en détail l'examen de systèmes où Fcquation personnelle tient trop de place. Mieux vaut constater la répercussion que l'orthodoxie ressentait parfois de tout ce mouvement doctrinal ; quelques publications françaises nous fournissent à cet égard des indices significatifs.

Devant la Faculté de Montauban, F. E. Wenger, dont nous avons souvent cité la précieuse thèse, comme ébloui par le défdé des systèmes dont il a retracé révolution, ne sait plus aboutir pour son propre compte qu'à un pragmatisme agnostique, où s'évanouissent toutes les formules précises.

Tout chrétien... doit reconnaître dans la Rédemption un fait, un mystère, si l'on veut. Mais ce fait objectif n'est pas l'essentiel, nous devons l'embrasser par la foi... Que m'importe de faire de vaines recherches sur le mystère de la formation du grain de blé, si j'oublie de me procurer le pain nécessaire à la subsistance, et si je souffre de la faim? Il en est de même pour toute l'apparition de Christ, qui est une rédemption mystérieuse. Ce qui nous importe avant tout, c'est de nous approprier ce salut que le Rédempteur nous offre ^.

A Strasbourg, Frédéric Monnier n'est pas moins frappé parles « variations incontestables » de la tradition dogmatique et il ne voit plus de ressource,

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