‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 148 sur 183 · I. Voir Sti.vf.>s. ojo.rî/., p. -230--2;{H · texte numérisé non relu

I. Voir Sti.vf.>s. ojo.rî/., p. -230--2;{H

± WF.NCF.n, Oj). rit., |). î)S-î)9. Ce mouvement est très répandu eu Angleterre. Voir la llrrw du rli-rf/r frfnirniSyVi avril 19tt>, p. 173-180.

KvoLiiTioN 1)1 i.iiii:i;alismi;. 4m:j

devant ces faillites siuîcessivrs <lrs syslrrnrs passés, '\\\c, dans la |)syeh()l()}^ie. « On rsi conduil à n*connaitre, av(»cla (Im'oIo^jc di» notre rpo(|u<', (|iir h» bienfait du (Ihrisl, \r rcsiill.il suprrnic dr son (puvre de dévouement et de sacrilicr consiste en va (pTil produit un clian'^emcnt, je ne dis plus m Dieu, mais en riiomnie ; c'rsl îiotrc besoin inliFiic (pi'il satisfait. " Aussi vrut-il «< s'altai Ikm*... à ToMivrcî int< riciirc cpie Jt'sus-Clbrist aceoniplit en ses disei|)les, a[)r«'s rtre entré avec eux, pai- son ceuvre burnaine et au [)rix de ses soullVances, dans un rapport pc^rsonncl et vivant de médiateur* ».

lit Tauteur de consulter sutxessivement ce qu'il appelle a le témoi<^'nai;(» de la conscience », « le témoignage de Tliistoire », « le témoiyna<^e de la grâce ». l.a conscience manifeste un besoin de Rédemption et de purification que s(ud le (Ibrist a pu satisfaire. Non seulement, en elîet, il vient révéler la miséricorde de Dieu ; mais il apporte à l'âme coupable la purification ; il la délivre de ses convoitises, en lui infusant une vie nouvelle qui est la sienne. De cette destinée liumaine l'histoire nous montre le type dans la personne de Jésus, qui n'arrive à la résurrection que par la souffrance : pour donner à cette idée toute sa force, il faut se souvenir que 1 auteur admet la Kénose et Ja tentation réelle du Christ. Enfin la grâce nous atteste par l'expérience que le croyant trouve en Jésus la régénération et la paix, que la personne du Sauveur devient pour nous comme une seconde nature qui refoule nos instincts pervers et nous fait retrouver la communion avec Dieu-.

Tel estle concept de la Rédemption au nom duquel Fréd. Monnier écarte les thèses communes. N'est-ce

1. Fréd. yio^Mv n. Essai sur la Rédemption. Strasl)«»urs. 1^^*»"- P- 1^ et \\\<H.

2. Voir spécialement \). i7-'.J0. 59-GO. 71-73. 8I-S-2 et 8t)-89.

pas du plus pur Sclileiermacher?Colani ne s'y trompait pas. quand il signalait ce travail comme « un indice du mouvement qui s'opère parmi une catéi^'orie assez nombreuse et surtout fort intéressante de nos jeunes théologiens* ». Kt ce « mouvement )> n'(Hait pas près de s'arrêter.

Aujourd'hui la théologie libérale de la Rédemption n'est pas seulement professée par quelques initiateurs solitaires ou soutenue dans les écoles d'avantgarde. De plus en plus elle s'affirme partout et, au dire de ses partisans — qui prennent peut-être leurs désirs pour des réalités — l'avenir lui réserve des succès croissants quiprépareatle triomphe complet.

L'histoire du dogme de la Rédemption n'est sans doute pas achevée, puisque rien ne s'achève ici-bas. Mais l'on peut dire que la théologie devra renoncer désormais à imposer à la chrétienté des conceptions vieillies, qui, par les images impropres et les parallèles injurieux sur lesquels elles reposent, blessent la conscience morale sans satisfaire le sentiment religieux... C'est l'amour qui a été la cause suprême de la Rédemption, comme il en a été le fruit béni... C'est en allumant dans le cœur de Thomme la sainte flamme de l'amour que Dieu lui fait vaincre le péché... Un principe de vie nouvelle a été implanté dans l'humanité par Jésus-Christ : il consiste dans l'obéissance parfaite, dans la communion complète et intime de pensées, de sentiments, de volonté entre l'homme et I)ieu. Dans la crise douloureuse qui la précède, dans les dispositions nouvelles qui l'accompagnent, le péché est

I. T. Coi.AM, dans la Jicrur de l/iéolotjic, I. XV (I8:i7). p. o-li*. La lereiision, qui est des plus cloi^iouscs. n'occupe pas moins de dix ])ai,'es, p. a-2*>-yi5.

i:VOM Mon 1)1 uniiiuLisMl*:. iH:>

pai'ilodiir, cxpiù, c'cst-à (lire i\ la fois puni t't en'acr... ("(vsi \):\v la |)uissaiK'(' de r.iiiioiir dont il nous a aiiiH'N (|U(' le» ( lii'ist veut n'alisrr rciir. coiniiimiioii en nous et parmi l(*s hoinmos... Sa mort nous iiionti'r à «picl ;;ran(l \)v[\ nous avons vtr rachotrs... Après le spectacle de Li vie sainhunent «ihiussante ri (lèvout'M* du Sauveur, il lallait encore relui de son sacrilice à la croix de (lol- .i;otlia... pour nous l'aire* haïr \v. péché manifesté dans toute

a noirceur et |)our nous l'aire connaître le prix de ranioiii-

ippai'U dans sa di\ iîir luaiitt'' '.

Si

i.c |)roorannue, es<(uissé en 1881 par l\ Liclitenhcroer, se réalise tous les jours davantage, avec diverses varianl(»s, dans (diaeun des pays |)r()lestants.

L'Alleniatrne est toujoui's la terre classicpif du libéralisme le plus hardi. ( Miel(|ues lliéoloirlens, à la suite de IMleiderei', s'en tiennent au pur rationalisme : Jésus nous sauve parce que, dans sa vie et dans sa morl, il est la personnitication vivante de la loi du bien-. Mais le ])lus ^-rand nond)re continuent le mysticisme de Schleiermacher suivant hvs lio-nes de Uitschl : M. Ilarnack est le représentant le plus brillant et le plus connu de cette théologie nouvelle, qui réduit tout le christianisme à la révélation du Dieu-Père*'^. Tous ont ceci de commun qu'ils prétendent restaurer le pur livangile, déiiguré à la suite de saint Paul par le dogmatisme intempérant des confessions chrétiennes : les conclusions les plus radicales delà critique néo-testamentaire et de l'histoire des dogmes sont les postulats de leur système théologique. Kt nous ne mentionnerons que pour mémoire

I. K. ricnTCNRKUOF.a, art. Rrdcinplion, loc. cit.. p. 150-lM.

-i. Voir K. Staap., op. cit., p. -238--241.

3. Sur le premier entliousiosmo provoque i^ar la tliéoloiïie de iUtsohl, on peut cousu lier H. Pi KNiF.r,, Thcolo(ji.<chcr Jnhrcsbericht. 188-2. p. ii,^:^\ 1883, p. 27-2: 188'», i).a04: surrécolè ritschllenne actuelle. K. STA.vn, p. -2:i!-2rir;. ne M. narnack. il faut lire surtout Dos Wcseii 'les Christcntious. Leipzig. 1000. \^. 91-11.%.

la jeune école religionsgeschichtlich.ponv qui l'Evangile s'absorbe dans l'universelle évolution religieuse, ou le monisme philosophique, systématisé par Hartmann, qui oppose lV/^^^050^e'/7'(? requise par la raison à Vhétérosotérie professée par les doctrines théistes '. Ces systèmes n'ont plus de chrétien que le nom et la théoloo^ie n'a rien à voir avec ces formes ambitieuses de l'incroyance scientifique.

Dans les pays de langue anglaise, les mêmes principes aboutissent à de semblables résultats. L'ouvrage de George Barker Stevens, de son vivant professeur à Yale, que nous avons souvent utilisé comme source de renseignements historiques, se termine par une vaste synthèse de la conception libérale^. Jamais sans doute le sujet n'avait été présenté avec autant d'ampleur et d'élévation. Il ne s'agit plus de justice : la Rédemption est l'œuvre de l'éternel amour ; et son action ne s'exerce pas sur Dieu, mais tout entière sur les hommes. La vie et la mort de Jésus font éclater l'horreur du péché ; mais aussi elles manifestent au plus haut point l'amour divin : dans son mysticisme, l'auteur y voit une révélation concrète de la souffrance que nos fautes causent à Dieu de toute éternité. Mais cette révélation décisive délivre nos âmes du péché, nous rend l'espoir du pardon et par là nous permet de reprendre avec Dieu des relations filiales. Et si l'on ajoute que tout cela est dit avec cette religieuse gravité, cette onction solennelle, qui caractérisent la pensée anglo-saxonne, il est permis de croire que la théologie libérale de la Rédemption a produit là son chef-d'œuvre.

Avec le liévérend J. (Campbell, le ci'lèbre docteur de la New theologf/, nous ne trouvons même plus

\. Voir K. Staah, p. -257-2(>«».

"1. G. B. Stkvkns, <hj. cit., 3' partie, p.2Gi2-320. Pour un bref apen u, il suflil <\q voir les roncliisions de l'auteur, p. 532-536.

lOVOIM lln\ h|] I.IKIiUAIJ^MK. 487

C(i cliùlir miiiiimim «le sui'iMliii-rl «InM'heu. Non seiilemeiîl il ccarlc le dof^inc i'niii-;inl <l<; la Wrfovuio : mais (ouïes les Inrimilcs Ihrolnj^iciurs, rnrriic scrif»- Luraii'os, uv lui paraisscnl (|U(; des syriiholrs convrnlionnclsct iua(l(M|uals, (ju'il faut (îiit<MHlre en Jonction des idros uioialcs ou des sentinieiils <|u'ils su<^^èrcnt'. Ou seul riidlucucc; du j)ra«^^nialisiur' aud)iant ot toute sa théorie di; la Uj'drinptiou s'ins|Mre. en elïet, de cet esprit.

La loi constitutive de la d(^stinée liuniaine <;st (|ue chacun de nous soit en communion avec ses semblables et par là même avec Dieu; mais nous sommes, au contraire, portés à nous recliendier nousmêmes : cet égoïsme constitue le |)(''eh('\ ('ela étant, la Uédemption consiste à inoculer dans une humanité égoïste cet esprit de sacrilice, indispensable à raccomplissement de ses iins. Or jamais cette loi n'a rcc^'u une ])lus j)arfaite réalisation (pie dans la vie et la mort de Jésus, parce (jue jamais sacrilice ne fut plus pur, plus complet et plus comuumicatif -. V^oilà pourquoi nous disons que la Rédemption du monde est là; mais 1 auteur ajoute qu'elle est aussi, bien qu'à un degré moindre, dans Théroïsmedu soldat qui meurt pour sa [)atrie, de la mère qui se dévoue pour son enfant, du sauveteur qui brave le danger pour secourir ses frères. Aussi peut-il dire que tout homme croit d'instinct à la Rédemption, parce que ce mot de la vieille langue chrétienne n'est plus qu'un symbole pour traduire la loi providentielle du sacrifice moral. Kant lui-même n'avait pas réalisé une plus complète sécularisation du christianisme.

En France également, les théologiens libéraux oscillent entre le pur rationalisme, qui semble avoir

l. R. J. Cami>bkli., T/ic 7ieu' theoio<jy, Londres, 1907, p. HT. a. Voir spécialement p. 1,^9-140 et ITm-HM).

48S DËFOHMAÏIONS PROTESTANTES DU MYSTEllE.

la logique pour lui, et un vague mysticisme qui paraît encore nécessaire pour sauver quelques pauvres restes d'esprit chrétien.

Auguste Sabatier est essentiellement représentatif de la première tendance. Comme Albert Réville, que d'ailleurs il ne nomme pas, il commence par esquisser l'évolution historique du dogme de l'expiation, et son histoire est encore plus schématisée que celle de son modèle. Elle aboutit tout entière à proclamer le triomphe de ce qu'il appelle les conceptions morales sur les notions rudimentaires du passé. « Après avoir, dit-il, pensé la foi chrétienne, durant des siècles, mythologiquement ou catholiquement, ne serait-il pas temps de penser enfin évangéliquement les réalités évangcliques ^ ? » Cette conception prétendue évangélique est des plus simples.

L'œuvre de restauration dogmatique, ici, doit commencer par la restauration de l'idée du Dieu Père... Dieu n'a besoin ni de niédiation, ni de satisfaction... D'un bout à l'autre de l'Kvangile, le pardon des péchés est promis, sans plus, à la repentance et à la foi... La repentance n'est pas, sans doute, la cause de la rémission des péchés; cette cause est uniquement dans l'amour du Père pour ses enfants ; mais la repentance en est la condition indispensable et suffisante"^... L'œuvre de Jésus sera de réaliser dans Tindividu et dans l'humanité cet état de repentance dans lequel seul le pardon du Père peut avoir son efficacité. A tous les renoncements, à tous les elïbrts de sa vie sainte, Jésus ajoute ses souffrances et sa mort pour mieux manifester encore son amour et son dévouement et, par ce dévouement et cet amour, toucher enfin les cœurs que ses bienfaits n'auraient pas encore émus... C'est le plus puissant appel à la repentance que l'humanité ait jamais entendu... La croix n'est

1. A. Saiiatieiu op. cit.. |>. î>f). Cf. p. no-01. ± IhffL, j). 10i)-iOI cl lO'i.

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