‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 150 sur 183 · Ibid.. p. 110. Cl. p. 11 il · texte numérisé non relu

Ibid.. p. 110. Cl. p. 11 il

4D0 DÉFORMATIONS PHOÏKSTAjNTES DU MYSTERE.

Telle est la doctrine que Sabatier alïirme être celle du pur Evangile et qu'il oppose, de ce chef, à l'orthodoxie, dont il affecte de ne connaître que les formes excessives créées par la Réforme.

Un semblable état d'âme et un enseignement identique se retrouvent dans lés écrits de M. Eugène Ménégoz. L'auteur avoue qu'il a longtemps professé l'orthodoxie avec grande consolation; mais il en a été retiré par une meilleure intelligence de l'Évangile. Car saint Paul n'est qu'un théologien, avec qui on peut discuter « comme avec un collègue, très vénéré, mais non infaillible » : l'Evangile est la parole de Dieu qu'il faut accepter avec foi. Or Jésus n'y enseigne jamais la nécessité d'une expiation quelconque ; toujours le pardon est promis au seul repentir. Sa mort s'explique par la solidarité qui Tunit à un monde coupable et semble avoir pour but (( avant tout » de nous réconcilier avec cette loi mystérieuse qui nous impose la souffrance ^

A ces considérations superficielles dont un incroyant se contenterait, d'autres théologiens ajoutent quelques notes plus mystiques. Louis Durand semble d'abord tout ramener au repentir. « Voilà, dit-il. la seule satisfaction qu'exige le Saint des Saints : il ne peut pas exiger moins, mais il n'exige pas davantage. » Et si la mort de Jésus est nécessaire, c'est, en dernière analyse, comme « moyen de nous séparer de nous-mêmes, de nous donner la vraie repentance et la vie ». Mais l'auteur veut aussi qu'on tienne compte que cette mort est le jugement et la condamnation du péché.

1. E. MÉNKGOz, La mort de Jcsus et le dogme de l'expiation, Paris, VM> (Extrait de la Revue de théoto(/ie et des questions religieuses . Voir spécialement p. 8, i2-i(>, 2-2-ii:i, 36 et Ai. CoiisuJter du même auteur Pardon et Jvstice, Paris. 1007.

liVOLDTION m LlhKKALISMi: V.M

L;i tr'a,i;iqu(' destiiiLH; du Saiiv<Mir (I.uj> >)<m ]i.i8s;tgc au uiilicMi d(\s liou)uitis a mis au m'arul joui' la vraie nature (lu péché, SCS C()nsé(|UCMU'(\s extrùmcîs, son caractère de n''volt(î et d'iiiiuiitié contre la loi saintr, contre la vcr-ité et contre Dieu.

Ainsi la H('HJenii)lion reste morale dans sa nature; mais elle serait u en mémo temps et par cela même positive, historique, objective^ ». Kt l'on voit (|ue cette objectivité ne signilie pas une action par rapport à Dieu : nous restons dans les lignes essentielles du libéralisme.

Voici enfin, d'après un de ses ade])tes, le professeur Auguste Bouvier, la place de l'école mystique (Mitre la théorie orthodoxe traditionnelle et la théorie libérale.

A égale distance des deux théories précédentes, mais plus tlottante parce que moins extrême et cherchant à réunir des vérités diverses, se trouve ce qu'on pourrait appeler la conception éthigue-mf/sliqne. Ce qui la distingue de la première» c'est qu'elle rejette l'idée de l'intinitude dans le péché et dans la condamnation, l'idée d'une transaction céleste entre Dieu le Père et le Fils, en un mot (ju'elle ne se meut pas dans un ordre surnaturel, mais dans l'ordre naturel et historique. Seulement le drame du salut elle le voit et l'étudié moins dans la lutte extérieure entre Jésus réformateur et les pécheurs de son temps que dans le fond même de la conscience et du cceur de celui qui s'est manifestement proposé d'être le Sauveur de ses frères. Elle voit en lui une douleur profonde causée à son àme sainte et unie à Dieu par le spectacle de la culpabilité et des misères d'une humanité pécheresse. Dans cette douleur elle aperçoit une condamnation toute morale du péché, un reproche au pécheur, une vertu qui l'amène au repentir et à la

1. L. DiRAND, Elude sitr la Rhiemplion, dans la Revue de thcoloyie et de philosophie, juillet 188«J, p, 341. 3:)7, 359 et 3t)o.

'*9> DKrOUMAÏlONS PROTESTANTES DU MYSTÈRE.

vie religieuse et sainte. La notion centrale est ici celle de la sympathie mise en relief par Schleiermacher. Les évangéliqiies y ont ajouté celle de la solidarité ^

Ici encore, comme tout à Tlieure chez Louis Durand, la notion caractéristique est Li condamnation du péché. Ce postulat de la loi morale se réalise lorsque Jésus consent par sympathie à la souffrance et à la mort qu il n'avait pas méritées. En effet, « Jésus souffre ou par le fait de, ou au sujet de, ou à cause du péché de l'humanité, c'est-à-dire que son àme s'afflige de l'état de péché et, par suite, de misère où il voit l'humanité^ ». Il devait fatalement souffrir par le fait de sa présence dans un monde pécheur, et d'autant plus qu'il était le représentant de l'humanité ou l'Iiomme-type ; mais cette douloureuse solidarité il l'a embrassée par amour et dévoùment, rendant ainsi un hommage, d'autant plus parfait qu'il était plus saint, à cette loi de l'ordre moral que le péché entraîne la souffrance. Dans ce sens, on peut parler d'expiation et de satisfaction, mais en ajoutant que les mêmes sentiments et les mêmes actes doivent se reproduire en chaque pécheur. Il y a par là même réconciliation, mais de l'homme avec Dieu; et Dieu nous réapparaît alors propice et favorable : c'est la propitiation.

Voici enfin les conclusions de l'auteur, où ap])araissent à l'évidence le sens et le caractère tout naturaliste du système.

S'il y a erreur dans la formule orthodoxe, il y a des éléments vrais dans le sentiment qui Fa engendrée. Le péché est un désordre : l'ordre ne peut être ramené dans le pécheur que par une crise douloureuse. Jésus

1. A. BouviF.K, Dogmf'dfjne chrc'fiennp, nuvro posthume i>ublice par Edouard Momet, Paris. 11)03. l. H, p. 10'2-I9;i.

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