G. B. Stevens, op. r//., p
KVOLUTION DE LOIVIIIODOXIK. :>03
On ajoute mémo (|U(' la salisfa(:ti(»n l'ut slrictem(»nl ('•(luivalente; car, l)ien ijuc liiiic dans le temps, la soullraiici^ du (IhrisI i'(*(;()il du chef de sa divinitc"' unr valeur iidinie, qui lui pcrnu^l de C()ni|)enser le cliiUiluent éternel dv. tous les pécheurs. Dans ces thèses outrancières, les réformateurs des xvr" et wiT sièç clés auraient reconnu sans |)cinc l'esprit non moins que la lettre de leur ensei^iuîuient '.
En Allemagne, si le rationalisme avait entamé un moment les positions de l'orthodoxie, celle-ci n'avait pas lardé à se n^ssaisir. Jetant un regard sur la théologie d'outre-Kliin, Merle d'Aubigné écrivait en IS07 :
Maintenant la majorité des théologiens de cette terre savante nous paraît professer la doctrine de rexpiatioii dans sa vérité et sa plénitude scripturaire. On peut eu citer plusieurs qui appartiennent peut-être pour certains points à des écoles dilîërentes, mais aux cours desquels afflue de toutes parts la foule de la jeunesse studieuse, et qui, dans des écrits considérables et justement considérés, ont établi avec fermeté les principes des Écrits Saints sur ce dogme fondamentiil : le docteur Beck de l'Université de Tubingue ; les docteurs Delitsch et Thomasius, de l'Université d'Erlangen, le docteur Philippi, de l'Université de Rostock, le docteur Julius Muller de l'Université de Halle, et bien d'autres encore. On doit aussi rappeler la grande école orthodoxe dont le docteur Hengstenberg, de Berlin, est le principal représentant et celle des anciens luthériens, écoles ... qui renferment probablement la majorité des ministres évangéliques de l'Allemagne ou du moins de la Prusse -.
On jugera du ton de cet enseignement par les
1. A la suite, l'auteur relève les mi;mes doctrines chez les théologiens écossais Smeaton et Crawibrd. Voir p. 187-190.
2. Merle n'AiBiCNK. Uexpiation de la Croix. Paris et Genève. 4867, l). a-4.
thèses suivantes dont nous empruntons l'énoncé au grand ouvrage, toujours classique, de Tliomasius.
Le grand bienfait de la révélation chrétienne est la conscience que nous avons d'être réconciliés avec Dieu, c'est-à-dire le sentiment que notre coulpe est enlevée ou pardonnée. Cette réconciliation est le plus grand besoin de l'homme et ne peut se faire que par un acte libre de l'amour divin. Or cet acte divin n'est possible que moyennant une satisfaction préalable, c'est-à-dire un châtiment : Dieu ne pouvait donc, ni ne voulait, remettre la coulpe de l'humanité pécheresse sans accomplir en même temps la satisfaction requise par sa sainteté.
Ces deux choses, satisfaction par l'accomplissement de la peine, c'est-à-dire la condamnation à mort, et rémission de la coulpe par un pardon plein d'amour, paraissent s'exclure ; de cette double exigence il résulte une antinomie dans la conscience du pécheur, un conflit en Dieu lui-même. Ni le pardon pur et simple, ni le châtiment des coupables n'en fournissent la solution : il faut recourir à un troisième moyen qui est l'expiation, c'est-à-dire l'intervention d'un tiers qui assure la délivrance des coupables en donnant satisfaction aux droits de la justice ^
Tels sont les théorèmes que l'auteur développe méthodiquement par la raison et l'Écriture, et qu'il prend soin d'appuyer sur les docteurs de la Réforme ; l'appel réitéré à la conscience est le seul aspect nouveau de sa démonstration, le point oii se traduit Tinihience de Schleiermacher.
Il ne lui reste plus qu'à montrer ensuite par les faits que le Christ a réalisé ces conditions : sa sainteté et son libre dévouement en font l'agent de notre
1. r,. TiioMAsius, Christi Persan un<l Werk^^" édition par F. J. WiMcn, Kriangcn, 188S, l. Il, p. '-'M^.
KVoiJirio.N Dic L()iiiii(H)()\ii, :.o:.
réconciliation, (icci (ir'iil ;i son aMivrc; nirnic, qui est toute (le soulVraiicc lant dans sa vie» que dans sa mort. Or il sent (juc ccltr piilnr iinin<*Titçc est l'exécution sur lui (Tiin jui^riurnt divin, (|iii atloird son point culminant dans l'abandon tra«^M(|ne d(î la croix. Il faut aussi t(Miir comple de sa personne : parce (pi il est le Dieu l'ait lioinine, il peut agir comme le représ(*ntant de Tlmmanile et accpiittcr sa dette. Ainsi trouvons-nous l'expiation et la satisfaction re- (piises : la soulTrance du l{édempt(nir r(i[)ond à la peine méritée par nous; son ahandon sur la croix est l'équivalent réel de notre mort éternelle. I/une et l'antre réalisent notre réconciliation avec Dieu, et (m l)i(ni uumik^ la r('Toneilialion de ses attributs opposés ' .
N'ers cette époque, la tbéorit» nouvelle de l'expialion proposée par Ihdmann d'Iùdangen fournit à l'orthodoxie l'occasion de s'anirmer. Une controverse s*ensuivit, où prirent part les principaux théologiens d'Allemagne, coalisés en un suprême effort de défense autour des vieux symboles'-. La même doctrine préside à Timporlante étude de Wolfgang Frédéric Gess, souvent citée et utilisée en France"^: on la retrouve encore de nos jours, avec un luxe particulier d'érudition biblique et philologique, dans les deux volumes du surintendant Ivolling, destinés à établir le caractère pénal [Siiaflciden] de la mort du Christ '. Tout ce qu'on peut relever de nouveau dans cette reprise des vieilles formules, c'est une plus
I. IbkL, p. 37-113. La malé(^iclion du Christ en croix est spécialement dc'veloppoe p. oô-:i9.
'2. Sur cette controverse, voir C. Weizsafxkeh, dans Johrbv.cher fôr <leuUche Théologie. 18:)8. p. i:i4-!88.
3. \V.. F. Gess, Zur Lehre von >ler ]'et'S!(ihinin(j, même périodique, I8:i8. p. 713-778 et 1859, 407-:>-2(i.
'i. W. KoELLiNG, Die Satisfactio vicaria, Gùtersloh. 1807 et 181*'J spécialemeirt t. I. p. 197-221 et t. II, p. G(î, 80, 337 et 331.