‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 156 sur 183 · J. Mai;TIN, op. cit., p. 98. Cl. p. i · texte numérisé non relu

J. Mai;TIN, op. cit., p. 98. Cl. p. i

'2. Ibid., p. 109-1 JO. C'est l'auteur qui souligne.

3. Voir par exemple Km. FecxUiire, Essai sur la Rédcnidion, 1830,

008 DÉl ORMATIONS PROTESTANTES D{] MYSTERE.

piation était nécessaire et qu'elle a été réalisée par le fait que le Christ « acte puni à notre place », qu' « il a supporté la malédiction comme l'équivalent de la mort et de la malédiction que nous devions souffrir ». L'auteur reproduit même la vieille distinction entre l'obéissance active et passive.

Il a pris sur lui notre péché et en a souffert toute la punition. Il s'est sanctifié pour nous, il s'est soumis à la loi pour nous, il a obéi pour nous. Et en vertu de cette union, ses souffrances sont celles que nous devions souffrir, elles les remplacent; son obéissance nous appartient et devient nôtre '.

A Strasbourg, Eugène-Edouard Courvoisier parle de la « collision », de 1' « insoluble opposition », qui existe entre la justice et la miséricorde; il tient cjuc le Sauveur a été « fait malédiction pour nous », jusqu'à éprouver « l'angoisse poignante des délaissements de Dieu ». Car « Jésus s'était substitué par son amour inQni à la place des pécheurs ; il avait pris sur soi la coulpe qui reposait sur eux et il en sentait tout le poids ». Une des thèses finales est ainsi conçue : « Cette mort était nécessaire, parce que seule elle pouvait nous délivrer des conséquences du péché, c'est-à-dire de la malédiction de la loi qui nous donne la mort'-. » Et si l'on objectait qu'il s'agit là de simples étudiants, il serait facile de répondre que leur doctrine n'en reflète que mieux l'enseignement des maîtres.

Plus important est le témoignage de François l^onifas, qui devait mourir professeur à Montauban.

<|ui s'aUache sculciiiciit aux (riiils du niy.slère, cl G. L. Wild, Exi»osé du dofjtne de le rrcoiiciliation, Slra.sbourg:^ 18;{î), (|ui se coulentc de lairc sans autres précisions l'apologie de saint Anselme.

I. L. BoissoNNAS, Thrses sur l'expiation, Genève, 18i5, p. 5, 17 cl -29.

-• CoLKVoisiEn, np. rit.^ p. 10, 31, r>V. Cf. p. V6-W.

i^voLiriioN hi: i/oirrnonoMi:. .,•»♦»

Il csl vrai (|u<', dans sa tln'so sur 1 expiation, celui- <'i «'cartc FidiT d Un ronllil riilrr 1rs allrihiils divins, et ceci est un in-oi^ics ; mais il n'm proIVsscî pas moins In théorie ahscdur de la suhslilulion prnah*. <]ni lui pai-ait l'cssoilir dr ri'lci'ilui'c ri (pTil devait l)ienl(M après, dans un (Mivra^'"C célrhrr, opposer a Scidoierniacher.

Ce (pli constitue pour nous réicnient essentiel et suprc^'iue de l'expiation, cNvst... le cli;«tinient siMifl'ei-t à cause du |)éehé des honunes... Christ est devenu nialc'*diction ptair nous, c'(\st-à-<lire maudit et eli.Uié à notrr place. Le saint et le juste, le l'ils de Dieu même, devenu non seulement péché, mais malédiction! Quel redoutable mystère! Quelle elTrayante parole! VA (pu ne croirait blasphémer en la répt'tant, s'il ne parlait après saint Paul?... La scène de Gethsémani n'est que le prélude de celle du Calvaire... .lésus éprouve l'abandon, l'éloi^^nementde Dieu, qui détourne un instant sa face de lui; or c'est là ce que le salaire du péché a de plus terrible. Aussi peut-on dire qu'à ce moment suprême Jésus iroùta le breuvage de malédiction que nous d(*vions boire éternellement*.

Il n'en fallait pas moins fournir à la justice « une satisfaction... permettantau Dieu saintde pardonner le péché ».

Le Christ par amour pour nous s'est associé à l'éternel dessein d'amour du Père ; il a revêtu notre humanité pour prendre notre place: par sa vie sainte et par sa mort sur une croix maudite, il a payé à la loi divine la double dette d'obéissance et de châtiment que nous lui devions; dés lors, la loi est pleinement satisfaite, et Dieu peut pardonner au cn^yant... Que si l'on demande :

1. F. BoNiFAS, Élude sur Vexpiatiod. Montauban, 1861. p. 46, 5-2 cl 83. D'ailleurs, l'auteur reconnaît que TÉvangile n'est pas décisif (p. 85) et que « le mol de cJiàliinent n'est pas applicable à la mon de la croix » 'p. 88'.

510 DÉl ORMATIONS PROTESTANTES DU MYSTERE.

Christ a-t-il souffert l'équivalent de la peine que nous devions souffrir? Nous répondrons : Non, si l'on entend par là une balance rigoureusement exacte entre les souffrances du Christ et la somme des souffrances de tous les réprouvés. Oui, au contraire, en ce sens qu'à un moment donné, et avec une intensité infinie, Christ a connu la malédiction divine, c'est-à-dire l'abandon de Dieu, ce qui constitue l'essence même de la mort et des souffrances éternelles. C'est, comme on l'a dit, une identité de quale et non de quantum^ c'est la même coupe, mais Christ n'a fait qu'y tremper ses lèvres ; c'est la même malédiction, mais il ne l'a sentie qu'un instante

(Quelques années plus lard, l'orthodoxie jugea bon de manifester ses principes, à Fencontre des conceptions libérales développées par E. de Pressensé; elle le fit avec un remarquable ensemble.

hmile Guers intervint ati nom de l'Écriture^; B. Pozzy, au nom de la tradition protestante*^; Merle d'Aubigné au nom de l'une et de l'autre, dans une remarquable conférence qui peut passer pour l'exposé le plus succinct et le plus complet du système^'. Diverses publications scolaires reproduisent ces doctrines dans les années postérieures^. Tous développent les mêmes thèses : absolue nécessité d'une satisfaction, insuffisance du repentir sans l'accomplissement de la peine, substitution du Christ à l'humanité coupable pour recevoir à sa place le châtiment et la malédiction. Chez tous aussi se rencontre la môme série d'arguments : notion rigide du

Page 1