‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 157 sur 183 · F. BoMiAs, ibid., p. î)(J · texte numérisé non relu

F. BoMiAs, ibid., p. î)(J

-2. F. GuKKs, Le sacrifice de Christ, (;enève, 1867. Voir surtout p. :h-81.

H. H. P()///,Y, Histoire du domine de In Rédemption, Paris, 18(>8: spc- «ialcnienl p. 180-184.

't. Meklk d'Auiucnk, oi>. cit., p. 15-27.

o. Voir en particulier . F. Bastioe, Exposé du dogme de la Rédemption, Montauban, 18(i<). p. .'i-i-.'iU; A. Roiif.kt, La Rédemption objective, >1oiitaul)aii, I87'i, p. in-j2.

KVOLirio.N ni' loi; I linhoMi Ml

|)eché cl «le Injustice virulicilivc (|iii cxi|^('. la satisraclion |)énal(% l'ail dos sacrifices san|^laiils (|iii la prcparcnt, tcinoi^naj^es scri[)luraircs(|iu la mmiti-cnl rcaliséo, ron/uDtntitr do la couscitMicc clirt'liciirH» qui (Ml o'oùtc les iVuils j)ar" la loi.

\'«)ilà I)icn, dans ses Irails csscnlicls, l'orthodoxie rcforint^e des \vi'' cl wir siècles. (Cependant on a pu reniarqu(»r çà cl là (jiK^hpu^s I races de lét^ères restrictions ; surloul il est visi!)le (juc les formules iniprccis(^s du mysticisme \ icrment à propos cstompei- d'unc^ ombre discrète les allirmations tro]) brutales. Des adversaires perspicaces ont attiré I attention sur ces indices de fléchissement, témoin M. le professeur Durand, qui relève et commente ce passa^Cfe de Louis HnrniiM-. un des ])rédicaleurs du Réveil :

Dtans un de ses sermons imprimés, il s'cx})rime eu ces termes : « La peine due au pèche, c'est la malédiction, un opprobre et un supplice éternels, l'abandon de Dieu, une double mort. » Et l'orateur ne recule pas devant cette monstrueuse assertion : « Voilà ce qui est venu sur l'àme sainte et juste de notre miséricordieux Rédempteur î.t» Et moi, je dis : voilà qui est clair, précis, et, semble-t-il, non moins clair, non moins précis que les anciennes formules. Cependant le même prédicateur théologien, dans le même discours, nous laisse entrevoir le fond de sa pensée. En effet, il continue comme suit : < Oui, Jésus reçoit en son àme, autant que cela se peut et autant qu'il le faut, la sentence que nous méritons. » Autant que cela se peut ! vous doutez donc que cela se puisse tout à fait!... Autant qu'ille faut! vous n'êtes donc pas très sur que la justice éternelle l'exige pleinement î... Je vous en félicite ; mais enfin que voulez-vous dire par là? Cela est bien vague et cela ne saurait évidemment ])as nous suffire '.

1. L. DnwND. Etude sur la Rédemption, dans la Rert/r de théologie et fie philosophie, 1889, p. 347-;v»8.

512 DEI ORMATIONS PKOTËSTAINTES DU MYSTERE.

Maintenant qu'est-il advenu, dans ces derniers temps, de cette forme d'orthodoxie? 11 serait difficile de le dire exactement. (1. B, Stevens assure qu'on n'en trouve plus trace dans la théologie de langue anglaise ; les renseignements fournis par MM. les professeurs Kaftan de Berlin et Ménégozde Paris lui permettent de porter le même jugement sur la France et l'Allemagne ^ Peut-être une enquête plus étendue réserverait-elle à cet égard quelques surprises. En tout cas, la vieille doctrine des premiers réformateurs a suffisamment survécu au cours du dernier siècle pour être considérée comme l'une des principales directions de la pensée protestante moderne ; mais ce succès même, joint à de trop réels défauts, allait provoquer contre elle un mouvement de réaction où elle devait sombrer.

Comme on a pu le voir, l'orthodoxie classique repose tout entière sur la notion de justice vindicative : le Dieu juste devait punir les pécheurs d'un châtiment éternel; il ne veut ni ne peut leur pardonner qu'après avoir réalisé dans la personne de Jésus-Christ une peine équivalente. Et il n'est pas douteux que ce principe ne communique à tout le système, outre la piété sentimentale dont l'éloquence peut le revêtir, un véritable caractère de rigueur et de simplicité. Mais ces qualités abstraites deviennent plutôt des faiblesses au regard du théologien. En effet, comment pourrait-on penser sérieusement

1. Stevens, op. cil., p. 18G. note .'i. Cependant, d'après une communication ultérieure, l'auteur rcjirodnil un article du ton le plus archaïque, publié dans Le trmoifinaçie par M. le professeur Vancher de f'aris. Voir éijalement p. 1f)7. notei.

KVoLiiTioN i)i: i.()i;iiioi)()\ii; r,i3

à ce Dieu liraillécnlrt' sa jiislice et sa miscTleonJe. oblij^é de punir avant <!(» pardonner, tout à la fois assez dur pour rra|)p(*r son l'ils innocenl et assez facile pour lairr nrA((i aux coupahhîs moyennant cette elïroyal)le formalité? (lomment se représenter unejusti('(» aussi (»xi^*ran(e et aussi sommaire, sans que la raison et le cieur en éj»r()iivriit un «'^-al mouvement de révolte?

La théol()*;'i(» |)roteslante n a pas iminquiî d apercevoir ces difficultés et de les trouver insolubles. Cependant IMcriture n'enscigne-t-elle j)as la gravité du péché et la nécessité du châtiment, la souffrance expiatoire et même la malédiction du Christ? On ne pouvait renoncer de sitôt à une eonslruetion doctrinale où s'était abritée depuis longtemps hi piété comme la théologie de la Réforme. Si le principe en paraissait ruineux, ne serait-il pas possible, au lieu (]c sacrilier le vieil éditice. de le consrdider en lui donnant une base plus large et plus sûre? Plusieurs théologiens ont cru trouver dans la théorie gouvernementale de Grotius le fondement cherché.

J. Macleod Campbell, (jui relève cette forme nouvelle de calvinisme parmi les théologiens de son temps, en caractérise ainsi qu'il suit les principaux traits distinctifs.

Premièrement la Rédemption a été faite pour tous les liommes et non pour les seuls élus. Deuxièmement, la nécessité de l'expiation n'est plus fondée sur les exigences de la justice distributive individuelle, qui exige, suivant les lois nécessaires de la nature divine, que chacun reçoive la peine méritée : elle ressort de cette justice rectorale et publique qui oblige Dieu, comme gouverneur moral de Tunivers, s'il étend sa miséricorde sur les pécheurs, à le faire d'une manière qui sauvegarde les intérêts de son gouvernement n'joral. Troisièmement.

pour ce qui concerne la nature de Texpiation, la souffrance du Christ n'est plus considérée comme une punition identique ou équivalente à celle que méritaient les coupables, mais comme la substitution d\autres souffrances qui ont pratiquement le même résultat dans le gouvernement divin ^

11 s'en faut que tous ces traits soient toujours également fermes : le troisième point en particulier souffre de notables exceptions et plusieurs présentent encore volontiers les souffrances du Christ comme identiques, ou à peu près, à celles que méritaient les pécheurs. Mais ce qui demeure caractéristique du système, c'est que la notion de loi y est substituée à l'idée de justice ; sans se demander s'ils font autre chose que réaliser une abstraction, ses partisans répètent que satisfaction devait être et a été donnée cà « la loi ». Par là, ils évitent de mettre en conflit les attributs divins et de prêter à Dieu une inexplicable dureté vis à-vis des pécheurs comme vis-à-vis de son Fils ; mais ils conservent ce qui leur paraît être l'essentiel de la Rédemption : la satisfaction par la souffrance. A les entendre, Dieu est comme un bon prince, porté à l'indulgence, pourvu que s'affirme la loi par lui posée ; et la mort du Christ a précisément pour but de satisfaire à ces exigences : ainsi, sur cette base d'aliure plus philosophique, peuvent se reconstituer les traditionnelles maximes de l'expiation pénale. Voilà pourquoi cette forme nouvelle d'orthodoxie a rallié nombre de théologiens, d'abord et surtout en Angleterre'^, puis en France.

On en pourrait déjà signaler quelques infiltrations jusque chez les tenants du calvinisme classique. « 11 faut, écrit M. J^astide, que Dieu se soumette le pre-

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