‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 163 sur 183 · I. lùîd.. p. 311 et ai'i · texte numérisé non relu

I. lùîd.. p. 311 et ai'i

520 DEFOUMATIO.NS PROTESTAMES DU MYSTÈUK.

Sauveur sont nôtres, parce qu'en les accomplissant le Christ nous représente et nous invite par là même à les réaliser à notre tour '.

On voit que le D'' Dale trouve moyen de ramener autour du système de Grotius, dans une synthèse plus oratoire que théologique, les affirmations essentielles du vieux calvinisme sur la souffrance corporelle et spirituelle du Christ ; il les dépasse même, puisque la souffrance atteint la divinité. Cependant il y ajoutecette nuance intéressante que le châtiment objectif doit être subjectivement ratifié par celui qui le souffre : c'est étendre très à propos de Textérieur à rintérieur les exigences de la loi. Seulement, il est chimérique et absurde de transporter ces sentiments au sein de Dieu même; ici, le mysticisme égare la solide raison du théologien. Avec ce défaut en moins et la lucidité française en plus^ les mêmes principes gouvernent la théorie de l'expiation esquissée par Frédéric Godet.

Expier, c'est souffrir pour une faute commise, de telle sorte que Dieu puisse la pardonner... Dieu n'aecordera jamais à l'homme d'autre pardon que celui qui est propre à le relever, non à le dégrader. Et pour cela le pardon divin sera inséparablement lié à un acte de la conscience humaine condamnant le péché d*une sentence aussi sévère que celle dont Dieu le condamne luimême... Mais la conscience du pécheur' est oblitérée... Il faut donc une révélation nouvelle de la sainteté divine, et cette révélation ne peut consister que dans une souffrance qui mette distinctement sous les yeux du pécheur le châtiment que Dieu serait en droit de lui infliger, cette mort immédiate et sanglante, cette malédiction sainte, que provoque justement tout péché volontaire et personnel. C'est là la révélation que Dieu, après des siècles de tolérance, a donnée au monde, une fois

1. Dai.k, ibid., p. 3-2t) 3iO. Sur rahaiuloii du Christ, voir p. W-4S.

!■ \ (Ml I lM\ hl. I. '»K I IIODoMi: • i

j)(»ur tout(*s, |Mi' la croix dv. Jésus (Christ... lille déiiinntro, en clVct, vWo. attesta, cllo constate anx yeux do riioniino prchcni", U* suj»|)licc <|uc la jnsticc divine ('«tait cil droit (le lui infli.uoi'.

Voilà pour hl sîilisl';icli«»M nhjcclivc donnée à l.i i<»i dcjustico, avec les const'quenccs prdagogiqncs (|iii (Ml dccoiilcnl : c'est pnr et simple le système dn cliatiinenl exemplaire dV'vchqipc' par (iroliiis. Mais aussitôt railleur y ajontiî la ralilication subjective rj'd.inn'e j)ar une notion plus profonde (h? la loi.

Pour atteindre pleincnuMit son hut, cette dénionstration ne doit pas être purement passive de la part de celui en (pii elle est doiiiu'e. Celui-ci doit y prendi*e part et la consommer activement. L(^ médiateur en la souffrance duquel Dieu atteste aux yeux de tous son droit sur les pécheurs, doit acquiescer lui-même à ce droit redoutahle... Autrement sa soutVrance ne serait pas un réel hommage à la justice dont il est appelé à porter le poids. S'identiliant donc avec les hommes et avec leur péché dont son suj)plice dévoile le caractère criminel, il accepte d'être traité comme chacun d "eux mériterait de Tètre.

Il faut, au surplus, que ces sentiments deviennent les nôtres, et ceci a lieu par la foi qui nous identifie au Christ. Ainsi la substitution pénale se transforme en une double et mystique solidarité, la solidarisation volontaire et totale du Christ à l'humanité pécheresse produisant l'identification des coupables au Christ Sauveur '. Le pasteur Godet est revenu plusieurs fois sur son système, sans jamais le développer ex professa; mais on ne saurait méconnaître que l'inspiration en est puisée dans les

1. F. Godet, Commentaire sur VèpUre au.r Rom'u'n^'^, Paris, I88,i, t. 1, p. 370-37!2. L'auteur exposait déjà une semblable doctrine dans le BuUethi thêologique de janvier 18GI, p. 17-:i5.

522 DEFORMATIONS PROTfJSTAiNTES DU MYSTÈRE.

principes les plus outhentiques de Grotius, complétés par le mysticisme et la psychologie modernes.

Maintenant, que cette conception du châtiment exemplaire répugne à la justice comme à la tradition, rien n'est moins contestable. Et que cette loi dont on parle avec tant de solennité comme pour y soumettre Dieu lui-même, ne soit qu'une abstraction personnifiée, rien encore de plus certain. Ce sont les défauts inhérents au système légaliste de Grotius ; l'éloquence ou la subtilité de ses nouveaux partisans ne peuvent corriger le formalisme superficiel d'une telle théologie. Néanmoins, il y a là un effort appréciable pour sortir des impasses douloureuses où l'orthodoxie classique accule la raison croyante; en particulier, l'idée d'un hommage intérieur rendu à la loi, marque un progrès dans l'intelligence et la solution du "problème.

Ce progrès ne devait pas être perdu. Dégagée de l'appareil pseudo-légal qui ne faisait que l'alourdir, l'idée prise en elle-même est devenue la base d'une nouvelle théorie, celle-ci toute psychologique et religieuse, qui laisse encore plus loin les formules ofhcielles de la Réforme.

Il ne s'agit plus ici de restaurer l'ancien calvinisme sur un plan plus large, ni seulement de le retoucher par des amendements discrets. Toute une école s'est formée, qui afîiche, avec l'opposition la plus formelle à ces doctrines vieillies, l'intention de sauvegarder la foi traditionnelle : c'est l'école évangélique libérale, qu'on retrouve dans tous les pays protestants.

i-:\()n;ri()N m, i.oi;! iionoxn waa

En faco dos rrpivsfMitanls de roriliodoxic du |)n*inic»r jour, uiK^ teiid.'mcc plus lilx'ralc se d(''V('l(>pp(' p(îu à pou vi bien (\Ui\ dans les pays do laii^Mjc rrûiicaisc, elle ait suivi sa, propre voio, (dio so ti'oiiva d'accord in\ dôtlnitivc jxuir la dircHMioii ^n'Mioralo avec la i::rande rcolc r.\iu\^OM- (jiio libérali* do rAII«'nia,i;'no, (|ui avait dôploy*'' lo m(>rne clra[)(\*ui r\ Tavait servi ot illustrô j)ai* (les Iimvhux coîisidérahU^s... Los o\ai;('Tati()ns do la ^^^auclic* ont provocjuô oollos d(^ la droite ot, (Mitro oos doux (;xtrc''inos, Técole mystique et morale s'est })artout arfinnée avec une nett(»té croissante. Il t'aut. rcn-onnaitro, ])our (^tre juste, (piécette dernière écolo n'occupe pas une position siui})leniont intermédiaire ; elle est infiniment j)lus rapprochée de l'orthodoxie stricto dont elle rejette les formules (jue du rationalisme naturaliste, pareil qu'elle repose après tout sur la même base et qu'elle parle comme elle do la réalité objective do la Hédemption '.

Ainsi parlait, il y a un demi-siècle, un des plus brillants adeptes de l'école nouvelle, Edmond de Pressensé. C'est assez dire qu'il s'agit de théolocviens croyants, d'orthodoxes sincères, mais désireux de trouver une formule plus acceptable de leur loi. Tous s'accordent à rejeter le prétendu conllit des attributs divins, Tidée d'une satisfaction pénale requise par les exigences de la justice irritée, l'imputation juridique de nos péchés au Christ innocent qui devrait en porter la malédiction et la peine, et tout autant cette autre imputation, conséquence de la première, qui nous appliquerait d'une manière tout extrinsèque les mérites du Sauveur et nous relèverait de notre condamnation à raison de sa mort.

Unanimes pour détruire Tancienne construction protestante, nos théologiens le sont moins quand il s'agit de la remplacer; les systèmes les plus variés

1. E. Di. PnEssENSÉ, Essai sur le Oofjme Oe le. Rédemption (Extrait (Ui lifi.Ueliu t/iêologique), Paris. 18(h. p. 3T-'^8.

52i DEFORMATIONS PROTESTAMES DU MYSTERE.

se sont fait jour, dont la description serait aussi dilHcile que superflue. Entre eux du moins peut-on saisir cette commune tendance de présenter la Rédemption comme l'œuvre du divin amour, d'en voir la réalisation moins dans les actes ou les souffrances de Jésus-Christ que dans les dispositions de son âme, de substituer, en un mot, le point de vue moral au point de vue trop exclusivement juridique du passé ^

Ce serait le cas de signaler ici le mouvement théologique inauguré en Allemagne par Nitzsch et ?Séander, de décrire la controverse soulevée par Hofmann d'Erlangen. Soit que, préoccupés de considérations historiques, ils montrent en Jésus le martyr de Fobéissance, la victime du péché dont la malice semble s'épuiser en lui; soit que, plus portés vers le mysticisme, ils représentent le Christ entrant par avance dans la communion des péclieurs pour les l'aire entrer dans la communion de sa sainteté, les uns et les autres s'efforcent d'adapter à Torthodoxio les idées directrices de Schleiermacher. Mais ces auteurs et ces ouvrages, qui n'eurent pas d'influence directe sur la théologie française, sont aujourd'hui assez loin de nous pour que nous puissions nous contenter de cette simple indication -.

Plus important pour nous est le mouvement de la théologie anglaise. L'ouvrage initiateur et capital à cet égard fut celui que publiait, en 1855, John Macleod Campbell, sous ce titre : La nature de la Hè-demptioii ^. Malgré sa forme, que les Anglais eux-

I. Ce fait est soulijçnc avec coinplaisanc \ mais non sans e\ai^('raii(tn, par les liistoriens de gauche. Cl. Sahatikk, op. cit., p. 78-81.

'1. Pour plus de délails, voii- Jalacuikk, op. cit.. p. i8-:>0; K. df ri'.EssENsi., Op. cit., p. f>0-5ïi; et F. Liciitkmieugku, art. Ucdemplioa dans l'JfH'ifclopcdie (fcs sciencrs 7'cli{/ieuses, f. XI, p. 148.

I. .1. M. Camimw.f-l. T/ic nalurr of thr ctoncmenl, (i*^ édition on

KVOLlJllo.N 1)1. l/ull'IllohoXIK

inriîU's procl.imrni ohscuiN^ cl r«)riipli(|U<'r, il isl lu encore aiijimrd hiii <'l iio crssr p.is de i'nwr scnlir son inlluciicc. Après avoir (M'arir* avec inic rarr vij^uourla tliéolojrie cniii'anlc i\t' r(\j)i;ili«>ii. il arn\ rorimilcr son |)ropr(î systènic, (pii est aussi éloi^niMl Torlliodoxic vulj^airc (pu* du rîilionalisnic dr ^ancdir. D'aprrs lui, la llcdmiplion suppijsr llnrarnalioii, (M \r U('drnij)l('nr pciil rhc ( (•nsiijén», soit connue le messager de Dieu auprès des hommes, soil comme le reprf'senlant des liommes auprès de Dieu. \ (MUi dans un monde mauvais et lieurlr dr. toutes paris par le p<'rlie au cours de son existence, le (llirist (Ml ressenlit la plus vive douleur dans son ame pure; il en connu! la malice et le condamna de lout son conir : à ce litre, il ('tait l'expression des sentiments de Dieu à Tégard du péché. Mais en même temps, comme homme, il confessait devant son Père le péché de riiumanité et proclamait la justice du jugement divin qui le condamne. Son attitude est celle du parlait pénitent; il s'humilie, s'aftlige et se repent pour toutes les fautes des coupables : par cette ])arraite contriti(^n, qui a tous les caractères de la nôtre sauf la conscience d'une culpabilité personnelle, sa vie et sa mort ontune valeur expiatoire. Le Christ achève ensuite son œuvre de salut en offrant à Dieu son Père sa puissante intercession pour nous •. Ainsi la souiïrance du Sauveur n'eut rien de pénal, et la croix même n'intercepte pas en lui le sentiment tilial des faveurs divines ; mais l'une et l'autre réalisent cette satisfaction spirituelle qui seule convient au péché et sollicite à son tour notre cœur à de semblables sentiments -.

188G, réiniprim(^e en 1906. Voir son éloge dons Daif. édition anj^laise.

1. Ibid., )). lil-130. Sur riiiiervention du (lirist. \oir p. i;»7--2Uî<. '2. Ihiff., p. t>19-!23G. Cf. p. -2W--2:i5.

526 DÉFOUMATlOxNS PROTESTANTES DU MYSTÈRE.

(Quelques années après, les mêmes doctrines essentielles passaient dans le volume, plus facile mais non moins pieux, du Révérend Monsell, avec Tappui de nombreuses citations qui lui donnent un air d'anlliologie '. L'auteur avait longtemps enseigné à Neuchàtel ; sou ouvrage fut ainsi le canal transmetteur qui fit arriver dans nos milieux cette conception nouvelle delà Rédemption.

Du reste, dans les pays de langue française, le terrain était largement préparé par Faction religieuse de Vinet. Toutes les écoles veulent revendiquer pour elles le nom de Tillustre penseur. Les orthodoxes se souviennent volontiers qu'il reproduisit dans sa jeunesse les formules mêmes du Réveil et ils assurent que, dans ses derniers écrits, il s'est tout au plus contenté de les adoucir-. Mais les libéraux prétendent quil les a révisées et se réclament, non sans raison, d'une lettre où il écrivait, en 1844 : « Je ne puis croire à la substitution , la translation de la coulpe sur l'innocent est décidément contredite par nos notions morales*^. » En réalité, sans avoir de système proprement dit, mais parce qu'il était moraliste et prédicateur, Vinet a contribué plus que personne à porter les cœurs vers le côté spirituel de la Rédemption ; au regard des anciennes confessions, on peut dire avec A. Réville, qu'il a été « orthodoxe de bonne foi et hétérodoxe de tendance » '.

On cite d'ordinaire comme le spécimen le plus

l. R. W. MONSFXL, Tlœ Religion of Redemplion. I.a premicMC édition est (le 18(»(» ; nous a\ons sous les yeu\ une édition populaire, Londres, 19i)1. Voir spécialement la deuxième partie, p. 63-110. E. de Presseiisé disait de cet ouvrage « qu'il esl destiné à occuper une place d'honneur dans la théologie contemporaine » ([). 54). (.ïC. Ch. Bois, Reçue Ihrolof/iquc (de Montauban), 188î). p. -27, note 1.

-2. Voir J. AniKAND, La doctrine de la Rédemption dans Vinet (thèse de Montauhau), Toulouse, 1870, p. 10-28, a.-i-a7. Cf. Pozzv, p. 128- 1 il .

.'i. Kapp(jrté dans A. Sahatikii, op. cit.. p. 84.

i. A. Rkvilli:, op. cit., p. 109.

i:\()Li;ii()N hi-: Loimionoxii-:

coinplcl (le sa (loctriiKs son discours Hiir « Le li<i<*|r aciiovaiit l(îs soiilVrancrs <lu (llirist >». Drs I(îs pr»'inièrcs pa^cs, il s'cxpriiiir ainsi :

Voulez vousconsidériT en <'llcs-mriii(vs les soiilVranccs (lu Kils (le riiomiiKî? Il iTa pas soulTcrt tout cv. (pie peut soullVir un lils (l'Iionuno, puis(pie la haine, l'envie, la contusion, lo rouionls sont restés étranuers â son âme sainte; mais il a soulTcTt ce (pi'aucun lils (l'homme ne peut soulVrir, du moins au nu^me degré, puis(pie la vue (lu mal ne saurait fain» sur personne la mémo impression (pie sur celui (jui a les yeux trop j)urs j)our le voir, puis- (pie personne aussi n'a essuyé ni ne peut essuyer une aussi révoltante injustice... Que voule/.-vous donc faire ])our ajouter ipiehiue chos(* aux douleurs de Jésus? Lui l'aire suhir celles du péché? Cela ne se peut L

Il est certain que ce langage n'est pas dans le ton de la vieille orthodoxie. Si Ton ajoute (]u'à côté l'auteur rattache notre salut à toute la vie de Jésus et non pas à la passion seule, (|u'il insiste sur l'obligation de nous unir au sacrifice du Christ, sous peine de transformer le christianisme en « une triste comédie », on comprend quel principe de progrès théologique et moral la forte éloquence du pasteur suisse a jeté dans le protestantisme fran(;ais-.

A cette action tout évangélique et spirituelle d'Alexandre Vinet il faut ajouter Tintluence philosoplii(jue de Charles Secrétan, déjà réelle à cette époque, et qui devait être plus considérable encore sur la génération suivante. Ce philosophe est aussi un chrétien, et sa foi, encore bien que transposée.

!. A. ViNET, Ktudes i'vangt'U'ques, Paris, 1861, p. SO.

^. Ibid., p. 81 et î>7. E. de Pressensé cite de lui (p. 57\ sans rélérence, un passage où il s'élève contre « une réparation purement vindicative ». Sur la position générale de Vinet dans la théologie moderne et la tliéologie de la Rédemption en particulier, voir Astu. Les deux théologies nouvelles, Paris. 1802, p. Hû-ûTo.

inspire toujours sa philosophie. Lui aussi, il a contribué à faire ressortir le côté intime et moral de la Rédemption, au détriment de Textrinsécismr' juridique; surtout il a introduit dans l'explication du mystère cette notion de solidarité qui tient une si grande place dans la théologie postérieure '.

I^^dmond de Pressensé se fit, en France, l'interprète éloquent et convaincu de ces diverses doctrines. Les écoles traditionnelles lavaient un moment retenu; mais bientôt l'école évangélique libérale le conquit tout entier : son Essai sur le dogme de la Rédemption en fut comme le manifeste. Après une esquisse historique fort intéressante et que nous avons eu l'occasion de citer plus d'une fois, l'auteur entreprend une construction doctrinale sur les plans de Yinet et de Monsell. Il remonte jusqu'à la chute originelle, qui a fait entrer le péché dans le monde et la souffrance cjui s'ensuit comme sanction providentielle. Dieu cependant, par amour, veut nous accorder son pardon, c'est-à-dire détruire la puissance hostile du péché. Or, dans les conditions présentes, cet acte comporte le sacrifice volontaire de la douleur: mais qu'on n'y cherche pas je ne sais quelle équivalence.

Il n'est pas nécessaire qu'une proportion exacte soit établie entre la souffrance endurée et la faute commise. C'est là le point de vue strictement judiciaire que nous devons éliminer de la notion de la Rédemption... En ellemême et à elle seule la souffrance ne répare rien... Non, ce qui répare, ce qui expie, c'est le retour sincère du coupable, c'est la rétractation de sa révolte qui commence par l'acceptation du châtiment mérité. Cette rétractation implique donc une immense douleur; mais ce qui rend cette douleur réparatrice et expiatoire, c'est son caractère

I. Voir Paul Faucuf.s, I.n Tlvdempl ion d'après M. Sccn'trrn. Montaul);»ii, 1889, i>. 7-33.

KNoii rio.N i)i; I OUI n(M)()\ii; uvj

iiioimI, ce n'est pas son intensité. . I'<»ui' (ju'il en lut autrement, il faudrait ((iie la justire se séparAt de; raniour et (jiuî Dieu se pini dans nos dcmleurs.. . l'n saint repentir', nur saint<' innnolatioii, voilà le seul moyen de renouer l(»s li(Mis hrisés entre rhiunaniti'; et Dieu '.

Tels son! bien les seFilifnrnls <|iii s'exprirneni an fond de lonle conscience reh\L;icnse et (jur traduisait le syniholisnio expi'essil des sacrilic(îs; mais ils ne pouvaient être pleinement réalistes (pie par 1(î 1^'ils de Dieu. I/auleur admet 1 Incarnation et !a Kénose. (pii font du (dirist le représentant et le (dnd' de 1 linmanile. A ce titre, sa vie tout entière est r(''denii)trice, et par les soullrances imnu'ritees cpTil y rencontre, et par Tunion à Dieu qu'il y allirme.

.lésas s'est soumis à toutes les soullrances extérieures de l'existence... Il y a plus, il s'est associé aux soullrances physiques qui ne lui étaient pas personnelles... Dans cette condition malheureuse de la race humaine, il a reconnu et accepté le Jugement de Dieu. Mais il ne s'est pas moins identitié à la race déchue en ce qui concerne ses misères morales : il en porte le poids sur son cœur. D'abord, il en a immensément souffert... Mais il y a plus, il a ressenti dans toute son amertume l'iniquité humaine; il la sondée dans toute son horreur; il l'a vue telle que Dieu la voit; il Ta détestée, il l'a maudite comme si elle eût été sa propre iniquité... C'est précisément parce qu'il était saint c^u'il en a mieux éprouvé la honte; chaque jour il en a été abreuvé, il l'a confessée à son Père, il l'a repoussée; en notre place, à chaque heure de sa sainte vie, il a rétracté pour nous notre révolte impie. 11 n'a pas cessé d'être le grand pénitent de l'humanité-.

Ces dispositions du Christ Sauveur ont atteint leur apogée au moment de la Passion ; mais elles demeurent du même ordre. Gethsémani est la pré-

Page 1