‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 164 sur 183 · E. DE PhKSSENSI:, Op, <'•/.. 1\ T(i-TT t.'l · texte numérisé non relu

E. DE PhKSSENSI:, Op, <'•/.. 1\ T(i-TT t.'l

û. Ibid., [). OG.

530 nÉFORMVTIONS PROTESTANTES DU MYSTKUE.

paration et le Calvaire raccomplissement de son sacrifice.

La mort au-devant de laquelle il marche n'est pas simplement la séparation de l'âme et du corps, c'est pour lui la manifestation effroyable du péché humain... C'est en outre le salaire du péché, le signe de la condamnation, et cependant lui, le saint et le juste, doit l'accepter!... Comment s'étonner que l'acceptation d'une telle souffrance soit le sacrifice porté à sa plus haute puissance.... la rétractation décisive de la révolte?... Peut-on imaginer une rétractation plus entière de la révolte que le sacrifice du Calvaire? Le chef de l'humanité s'offre lui-même à la mort..., il reconnaît le droit delà justice divine et la sanction nécessaire de la loi... Pour lui seul la mort a eu toute sa terreur^ parce que seul il y a vu tout ce qu'elle a d'anormal et il y a reconnu le châtiment de Dieu.

Ce n'est pas tout : à la mort extérieure a correspondu la mort intérieure. Jésus n'a pas seulement expérimenté l'horreur de la mort, mais l'horreur du péché... Où l'aurait-il vu plus abominable et plus absolu qu'à la croix?... La crucifixion, c'est le péché lui-même développé tout entier... Dans ce crime il a vu effectivement tous nos crimes, dans ce péché tous nos péchés... Or il s'était fait la chair de notre chair, il s'était fait entièrement nôtre; il a souffert, non seulement de ce que son amour était méconnu..., mais il a souffert de notre honte, de notre perversité. Il a senti peser sur son cœur le poids de toutes nos iniquités, il a rougi de nos hontes comme si elles étaient les siennes..". Ce péché de l'humanité, il Ta détesté, il l'a maudit, il l'a confessé pour nous avec beaucoup de larmes. Il a fait plus, il l'a remplacé par l'obéissance absolue..., par le don sans réserve. Ainsi il a affirmé l'amour parfait dans la mort même. Voilà pourquoi cette mort a été la satisfaction de réternolle justice inséparable de l'éternel amour, l'expiation tout ensemble morale et réelle, la seule qui soit digne du Dieu qui s'appelle charité '.

1. Ihid., p. î)s et lOO-lo-i. cr. p. IIG : « Il s'est laiton (iuei(|iie sorto péché par ce repentir saint et ;;éncreu\ qu'il a éprouvé pour nous. »

KVoi.rnoN DK i/ninnoDOMK. .%3i

li rrsl,(» cepondiuil , puni* <|ii(' I^riiNrc tir. iH'drinpli(m soit a(;lirv('*r, (juc clmciin s'assiinilc» Icb srnliincnls (Ir notre frprésmlaiit ri modèle. SiiivaDt la loi-nnih^ |)roleslaiite, laiilem' lien! <|ue celle a|)proprialion se l'ail pai* la Ini, mais une foi (pii est une; eoiiversioii el une vie, la vi(» même Ai^ JésuR en nous. [U\ petit supplément ex<''i^''<''li(pH' raniène ensuite à C(îtt(^ inlerprélation psyc'liol(>»^ii|ue le< l«*\lrs dr récriture.

(a>tt(* œuvre |)atlM''ti<|ue et pieuse n«' devait point passoi* inaj^ereue. Dès son appai'ition. comme on l'a vu plus haut, V fessai s//r /^i Hrd('//ipf/o/f lut vivement combattu par les vieux orthodoxes. Surpris par cet accent nouveau el ( hoqués dans hnirs convictions les ])lus chères, (juelques-uns allèrent juscpi'à parler de rationalisuic ; la plupart cependant rendirent hommage à sa foi fondamentale et ne lui reprochèrent que son insuMisance à traduire h^ donnT' bil)li(|ue '. 1^. de Pressensédut ])eut-ètre à ces critiques, comme aussi au caractère mystique et imprécis de sa doctrine, de ne point faire école. Mais, de nos jours encore, il recueille de chaleureuses adhésions - et son action se fait sentir partout dans la spéculation théologique : un auteur récent assure qu'on a pu Taj)peler « ajuste titre, pour rinlluence exercée, un prophète moderne^ ».

En Angleterre, la tradition de Macleod Campbell et de Monsell ne s'est point davantage perdue. Elle revit dans le récent traité du D"" Moberly : Rcdemption et personnalité, une des productions les

1. (.r. Po/./Y. op. cit.. p. 15î)-l()l ot 17 4 ; Gi I i;s, op. cit., p. xji. 58 ss. MiKLK d'Aitri(;m-, p. 10 et î24; Bastide, op. cit., p. (».

± Voir P. Faugies, op. cit., p. 4i>. note 1. où il est dit de VEssai <> C'est là un des nieilleiirs écrits qui aient été ('Oiui)osés sur In Ko (leinplion. <

;>. .T. GiNDUAix. La Philosophie delà Croi.r, Genève (191-2,. p. iîr>a.

plus reiTîixrquables et les plus remarquées de la théologie anglicane contemporaine. Tout en se donnant pour tâche principale d'établir le raccord entre rœuvre objective et Tœuvre subjective du Sauveur, tout en faisant pour ce motif une large part à la psychologie et complétant, comme il dit, la révélation du Calvaire par celle de la Pentecôte, l'auteur, sur les points essentiels, Jie fait que reprendre et systématiser la thèse mystique de la « repentance » du Christ. Au nom et à la place de l'humanité coupable, le Fils de Dieu, parce qu'il est parfaitement saint, est le pénitent par excellence, dont la douleur intime réalise cette reconnaissance de la sainteté divine que requiert la véritable expiation, en attendant que son esprit inculque les mêmes sentiments à l'humanité régénérée ^

11 n'est pas besoin d'insistei* pour faire voir combien ces systèmes, à la fois semblables et divers. nous éloignent, tant de l'expiation brutale conçue par l'ancienne orthodoxie, que de la procédure pseudolégale imaginée par les disciples de Grotius. f.e péché est envisagé ici selon sa vraie nature spirituelle : il s'ensuit que l'œuvre rédemptrice est comprise avec plus de profondeur et de piété ; cette souffrance par compassion fraternelle et providentielle solidarité est sans doute la seule manière acceptable de comprendre comment le Clirist innocent a porté le poids de nos fautes. Cependant l'idée, si séduisante soit-elle, de présenter le Christ comme un pénitent n'est pas plus admissible au regard de la théologie

1. 11. C. ^lop.Ei'.LY. A/onement and PersorialUy^, Londres. 1!K)7; la 1'" édition est de lî>OI. Voir spécialement p. 10!) 13'i. L'auteur s'ex plique loni^ueinent sur ses rapports avec la pensée de Macleod Cainphell, p. 396- '*10. Pour la critique, du côté libéral, «onsulter H. U.vsii- DAij., Journal ofi/it'olof/ irai studios. 1902. p. ITS-^IS. et. du côtécon servateur, H. WF.w.n/.. T/tc ('.rj,osi/ot'i/ Titnrs. lî),')7, p. 4'<l-i47.

K\ OU rio.N 1)1-: Loiii ih)i)()\ii:. uha

<|ii'cll(' n'est justilicc |).ir IMvan^ilr. De |)lus, ces considérations ])sy('li()l();;i(jU('S, justes en elles-inenie*^, n\''|)iiisent i).'is la notion du ix-cIm', ni \v sens d(î la Uédeniption. L(» mysticisnie de nos théolo<^'iens n'est, en somme, (ju'une variét('' |)liis délicate de Texpiation pénale, doni le déficit demeure, au re^aid du tlié'O- ]o<j^i(Mi av(M'(i, même sous cette l'ofine si noldcmimt spirilualisée.

Mais autant il importe d'a[)ercevoir ces lacunes, autant faut-il pr(Midre soin de ne les point exagérer. J^^lles ne doivent pas nous rmpéclier de rendre liomm;ii;e au j^raud progrès réalisé par l'école évangélique libérale, comme aussi dru retenir ce <pril y a de viable pour rinterpnHation tliéologique <lu mystère.

On retrouve partout l'action de ces courants d'idées, diversement combinés et confondus, dans la théologie plus immédiatement contemporaine. Kt si ce fait rend de plus en plusdillicile un classement exact, il ne fait que mieux ressortir le mouvement général.

Un premier trait, aussi frappant qu'il est incontestable, est tout d'abord à relever : c'est l'abandon universel par les plus fervents orthodoxes des formules où s'était exprimée la foi de 1 ancienne Réforme •et que les théologiens du Réveil avaient plus ou moins restaurées. Il nest plus question de ce conflit <]ui déchirait TKtre divin en tendances contradictoires, ni de cette justice draconienne qui trouvait son triomphe dans la malédiction du Christ. Mais, non contents de cette abstention significative, et qui déjà serait un désaveu, la plupart des auteurs s'élèvent contre ces doctrines en thèses formelles : la critique

Ô3i DÉFORMATIO.NS PROTESTANTES DU MYSTÈRE.

de l'école évangélique libérale a obtenu gain de cause sur ce point.

Quand il s'agit de reconstruire, l'accord est moindre : au lieu de se rattacher à une école directe, les nouveaux théologiens se livrent à des synthèses éclectiques, où Ton retrouve en proportions diverses les éléments déjà connus. Mais la précision et la clarté ne sont pas d'ordinaire les qualités distinctives des doctrines syncrétistes, et la pensée protestante a de particulières ressources en fait de fluidité : c'est dire, une fois de plus, que notre essai de schématisation ne saurait être qu'approximatif.

Chez les écrivains de langue française, la note dominante semble être fournie par une conception mitigée de l'expiation pénale. Le péché méritait une peine : Dieu n'a pas voulu, tout en pardonnant, faire lléchir cette loi de justice ; mais il a permis que la peine des coupables fût payée par l'innocent.

D'après les conceptions de toute l'antiquité, juive et païenne, un innocent pouvait se substituer à un coupable pour en expier la faute. La justice, cette personnification morale, d'autant plus impitoyable qu'elle était plus abstraite, exigeait impérieusement une satisfaction... Seulement cette puissance impitoyable n'exigeait que le redressement du droit par le châtiment. Qu'un innocent s'offrît pour expier la peine à la place du coupable, et la Justice se déclarait satisfaite... Dans cette notion de la substitution, il convient de relever un point important : l'innocent qui expie la faute du pécheur n'est pas luimême, comme le coupable, l'objet du courroux de l'offensé, de celui qui le châtie... La peine peut être séparée du sentiment qui la dicte. L'aversion de l'offensé contre son offenseur ne se transporte pas sur le substitut; elle se change, au contraire, en sympathie pour l'innocence qui s'offre à subir le châtiment du coupable.

Ainsi fit notre Sauveur, et d'autant mieux qu'il

KVOMITION I>l I.OKTIIODOMK. :,35

nt'tail |)Ms un siniplr >ulistiliil. mais Ir rcpr«''S(»iitanl ilcvani Dion (le tout le i^cnrr Imiiiaiii. (i'csl pounjuoi il put s'oiïrirà [)ay('r uotir dottc ot l)i<'u v<Milut hion a<ifréor cet <''('liaii«j;'(\ " Le (llirist s'est donc livre au dernier supplie»; pour suhir, eu place; de riiuuianilé. la just(» coudauinatiou (pie eelle-ci avait nuTitée pour ses péeluîs. » Mais eu luèuie temps, c'(;st Dieu qui le livrait. « Jésus-Christ n'est i)as mort de mort naturelle; il a été mis à mort, il a été condamné et exécute... I^a mort du Messie a donc été un châtiment. Le Christ a souffert laeoudamnation qu'avaient méritée les hommes par huirs péchés. •• Telle; est la doctrine que M. Méué«^'oz relevait jadis dans saint PaulV Malgré l'évolution ultérieure de Fauteur vers h^ libéralisme, son nom est cité avec respect et son exégèse fait autorité dans l'orthodoxie eontemporaine. Pour corriger ce (|u'il y a malgré tout d un peu juridique dans le système ainsi conçu, on a recours à la solidarité. Cette loi providentielle, qui régit la vie des âmes non moins que le monde des corps, explique, sans qu'il soit besoin d'aucuns sévices, des souffrances de Jésus innocent, comme aussi le profit qui nous en revient. Si l'on ajoute que Jésus est entré volontairement dans notre monde pécheur, qu'une divine sympathie Ta poussé à identifier sa cause avec la nôtre, que sa parfaite sainteté lui a permis de reconnaître et de ratifier dans ses souffrances la condamnation divine contre le péché, ne voit-on pas qu'il y a moyen de compléter le vieux schéma de Texpiation pénale par le mysticisme des écoles modernes? Les deux études presque simultanées d'A. Matter et de Charles Bois sont le triomphe de cette stu^te d'éclectisme.

1. V.. MrNF.r.oz. Le pédic et la lU'iJernjtlînn (raj*r<s saint Paul. Pr.ris. 188-2. p. -2-25-2-2(i et -248-2:;o.

53G DEFORMAÏlOiNS PUOTESTANTES DU MYSTEUE.

A. Matter insiste avec beaucoup de force sur le caractère social du péché, qui réclame, par conséquent, une réparation du même ordre. 11 souligne également les exigences de la justice divine, en entendant qu'il s'agit, non plus de la puissance irritée qui brise le coupable, mais de la sainteté qui le justifie.

Quelle est donc la satisfaction légitime vers laquelle tend la justice de Dieu quand elle punit? Elle est satisfaite quand il y a réparation intégrale, et cette réparation se réalise par l'expiation, par elle seule... Que signifie liabituellement le mot expier? Il signifie : subir la peine, réparer sa faute en subissant la peine qu'elle mérite... Dès lors, l'expiation religieuse consiste à subir religieusement la punition que la justice divine inflige au coupable... L'expiation religieuse, c'est la réprobation divine religieusement subie, le poids, de l'indignation divine étant reconnu comme juste, étant approuvé et confirmé dans l'âme coupable... Cette réprobation intérieure, cette pieuse douleur est la vraie expiation ; par son caractère spirituel, elle correspond exactement au caractère de la sentence ^

Sous la terminologie classique un esprit nouveau s'est manifestement glissé; il inspire la réalisation du salut comme il en dessine le programme. Car riiumanité, précisément parce que pécheresse, ne pouvait fournir que rébauche de cette expiation spirituelle; mais notre Sauveur, à cause de sa sainteté, à cause de la fraternité de sang et de la sympathie de cœur qui l'unissaient à notre race, a fourni la réparation nécessaire.

Jésus-Christ a satisfait à la justice divine en expiant le péché de l'humanité ; en d'autres termes, il a assumé le péché de l'humanité pour assumer la réprobation di-

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