Voir ihid., p. %'n-'t'id
i. lOicL, p. 479.
r>. G. Kuo.MMh'L, L" })sijrh<jl(igie du pardon, dans lUudes ntorale.s et relir/icufics, Ncucliàlcl. 1913. p. ;2'i8-3J7. Les mrmcs idées sont déveiMppt'Csr;./- ;>t'o/r.s'.so dans le cours encore inéditdu (Iclaiit ()r<)resseur. Voir une crili<|uc par P. Kai;i.i,. dans la Revue de Ihèolonic cl desquestions rrlxiiew^fs, l9(Ki. n" i, |>. -289-313.
i;\(>i.i HUN i)i: i oimiounMiv r.'ii
ainsi (jiir (hnis l.i l^hilosafthir Jr lu Croû', oITt'rto naguènî an |)ul>lic |>i(Mix |)ar M. Jules Ciindraux * : Tun cl rautro soiiliciinrnl rrAlr id('M' pour I<î nioius (Hraugo que la soulTianciî <lu (llirist est la soulïrancr (le Dieu. Mlle ins|)ire encore la meilleun» Ihéolof^io aiij^licane, tciuoiii l'exposilioii «lislinj^uee de lAfo/irnient qu(* doimait 1(î D' Lyllellnn (Jans le Ln.v nntndi |)ul>lie par !<» Ki'véï'ond Gore-.
Il semble, eu un mot. que, dans r<'nsemble, les lhéolo*j^iens orthodoxes se rallient à celle forme mili*^ée d(^ Tt^xpiation; mais d^jà, dans ce cadre classi([iie, on voit s'iulroduire, à l'occasion, des conceptions plus neuvt^s.
Tous les systèmes étudies jusqu'ici ont ceci de commun, au milieu de bien des nuances, que la souffrance du Sauveur apparaît comme le terme dernier et donc réiément essentiel de rceuvre rédemptrice. Quelques théologiens cependant ont compris qu il faut aller plus loin, et Ton relève çà et là, au moins sous la forme de tendances isolées, des théories qui nenvisagent plus la Passion qu'à titre secondaire et comme un moyen, plus ou moins accidentel, au service d'une fin supérieure.
Jules Bovon la met en rapport avec la régénéralion morale de 1 homme. En vertu d'une psychologie spéciale, qui identifie le péché avec la domination de
1. .1. C.iNDR.Mx. oi). cit., p. 149. l«>0-irn, -207. Voir au eliapitre vies nombreuses citations d'auteurs modernes, spécialement Fvllot. p. -2(>6--270.
-2. A. L\TTELTo>', The Atonement, dans C. Gorf. Lux mundi, Londres. 1^' édition 1881), 10<^ édition 1800. p. 27r;-3ia.
542 DEFORMATIONS PKOTESTANÏES DU MYSTÈIŒ.
la chair, il aboutit à cette formule de Tœuvre rédemptrice : « 11 faut que l'homme meure et qu'il revive en mourant. » L'humanité ne pouvant accomplir cette expiation, le Christ, solidaire de notre race jusqu'à la résumer en sa personne, la réalise en son nom.
Il meurt au nom de tous après un ministère liéroïque de sacrifices ; il subit la mort physique avec toutes les horreurs que la souillure humaine lui inflige... 11 savoure, comme s'il y avait participé lui-même, l'amertume de la faute collective de Thumanité^
On reconnaît le mysticisme de l'école libérale. Mais il y a ceci de particulier que l'auteur ne veut pas y reconnaître une affliction pénale, ni une satisfaction quelconque : ce sacrifice est le symbole de celui que l'humanité pécheresse doit accomplir et, par la solidarité qui nous unit au Christ, il en devient le principe.
Sa mort, représentative pour les hommes en général, devient véritablement expiatoire pour les disciples... Là vraie peine de nos rébellions, c'est de rompre avec la vieille nature : le Christ nous a frayé la voie en ce qu'il sollicite à le suivre quiconque veut revenir à son Père-.
Où l'on voit que l'auteur, sans nier la Uédemption objective, est plutôt préoccupé d'en saisir la portée psychologique et la répercussion dans les âmes. Si cette tendance devait prévaloir, l'orthodoxie protestante tendrait les bras aux formes mystiques du libéralisme de gauche et l'on peut prévoir que ne tarde-
1. J. BnvoN. Dogmatique chrétienne, Lausanne, 1896. t. 11. p. 7;U't 7,*).
'2. Ibid., p. 8'i-8o. Cf. p. 7«) : < C'est rimmanité môme qui satisfait eu Jésws aux exii,'enccs souveraines de la sainteté. »
rail pas a loinhrr, au (Icli-iniciil dr I.i i'»i l.i IVi Ir barrière de mois (|iu h^s sépare cmcorr
D'aulnes luMircuscmrnl mil chcrclh* le rmoiivcdlrincnt i\r la lln'olo^Mr dans dr.s voirs |>lns sures. Les conrérences (Ioihk'm's à (leiirvc m \H~\i par le pasUMir Louis (llioisy caractérisent, à ret écrard, uuedinîctioii interessaide.
Sans doute, suivant la plus aucieim»' tradition prol(»slante, Lauteur lient (pie le Christ a jiorle le poids de la colère divine; il le présente, en formules très appuyées, u comme le condamné de Dieu, le f^rand condamné de Thistoire » ; il lui ailrilMie, avec des réserves dont on ne manquera pas d'apprécier Limportance, ^^ la mort de lame vpion^we par si/mptilliie » et dit formellement que « Jésus a goûté 1 horrible angoisse de Lenfer... piw F ardeur de sa ro/ffpassio/i » L Mais — et c'est ici qu'éclate la dilTérence des points de vue — dans sa pensé j, tout cela n'était qu'un moyen, une condition préalable, pour permettre à Jésus d'exercer en notre faveur une intercession elticace. où il faut voir le dernier mot de son œuvre.
Une pareille obéissance u'est-elle pas une intercession en faveur de la race rebelle représentée \)'di' ce Prince de robéissance?... Dès l'origine, les hommes de Dieu ont rempli cet office d'intercession auprès de Dieu. C'étaient des pécheurs pourtant que ces hommes... Or si, malgré leurs propres faiblesses qui faisaient que les intercesseurs eux-mêmes avaient besoin d'une intercession supérieure, ils ont pu arriver à un tel degré de puissance, calculez la puissance dont est capable le Fils de l'homme, en qui il ne se trouve aucune ombre de révolte ou d'égoïsme... Souverain sacrificateur, seul de son espèce, il a intercédé pour les pécheurs du monde entier... Mais il
1. L. Cnoisv, Le but de la vie, la hèdemption, p. \\o eJ t32-l;i3. CI. p. X'i'l et 138, où il est question de « goûter l'Iiorietir de labandoii de Dieu ».
;,U DÉl OUMATIONS PROTESTAMES DU MYSTERE.
a offert plus que des prières où son âme se versait tout entière; il a cherché et trouvé une victime de bonne odeur... : cette victime, c'est lui-même ^
Cette idée dune médiation réconciiiatrice. ainsi exposée oratorio modo, ne pourrait-elle pas devenir le principe d'une systématisation théologique? Dé- ])arrassée des vieux impedimenta de Texpiation pénale, il semble qu'elle nous remettrait dans la pleine réalité de llncarnation d après la foi et lEvangile, qu'elle nous permettrait de comprendre Tœuvre rédemptrice du Sauveur.
En elîet, l'humanité coupable, retenue par la juste conscience de son péché, n'osait ni ne pouvait s'approcher de Dieu: ses meilleurs actes de repentir lui paraissaient insuflisants pour retrouver la grâce perdue. Mais le Christ est venu comme médiateur; parce qu'il était agréable à Dieu, il a pu intervenir pour les coupables, et désormais, non seulement la confiance est revenue, mais le pardon est assuré à quiconque se réclame de son nom. A cet égard, la dignité de sa personne est le titre décisif qui fonde sa médiation; mais qui ne voit que les mérites de sa vie et l'héroïsme de sa mort au service du Père sont comme une nouvelle source de crédit devant Dieu et devant les hommes? Un système ainsi conçu paraîtrait suffisamment lié et non moins conforme aux lois de la conscience morale qu'aux données fondamentales de la foi. Par surcroît, ne semble-t-il pas que, dans cette théorie hautement morale et spirituelle, la théologie catholique doive reconnaître le meilleur de son esprit et de son langage ?
Or, lesquisse qui précède ne fait que résumer la l)rocliure récente el déjà remarquée d'un théologien
1. L. CiioisY, ibid., p. 1-27 et 1 '*'*-! 48. L'auteur se défend, du resie, (le savoir comment le sacrifice de la croix agit sur Dieu, p. 15(i-l.'.7.
i:\uiriin\ i)K i.oiiriioiM>\iK. %v»
îillcmand, le D' \\ «i/el, (|ui sVtahlil ri s«* înainlicnl sur ce lorrain nouvrau, ('«^aloriinil distant des (îx- Irrmes de droite <'l de j^anchc '. (llic/ nous aussi. M. Ilonri Rois, professeur a Monlaulian, s ««st ap- ])li(|ué à faire ressortir la valeur moral»* de la vie cl (le la mort du (llirist — un (ihrisl, il <;st vrai, bien amoindri et (|ui ne sort «^'•u<T(î d(* Ihurnanit*' - saintel*' (jui le rend agrealde à Dieu et lui donne le droit d intervenir eflieacemeiil en notre laveur'-.
Que si néanmoins eette th('u}rie un peu extrinsé- (Mste paraît plus aple à faire com|)rendre les eiïets de la mort rédempirie»' (pi'a en dee(»uvrir la raison intime, voiei des Ihéologiens qui nous invitent h ehercher ce motif dans rélément réparateur qu'elle renferme. Dans une thèse laborieuse, pr('>sentée il y a un demi-siècle à la Faculté de Strasbour<^, A. Hamm exprime déjà, par réaction contre Torlhodoxie ollicielle, sa pensf^e personnelb' ainsi qu il suit :
Jésus-Christ, en étant le .lusle, la justice personnifiée et donnant l'exemple d'une vie de dévouement et d'obéissance sans bornes, a accompli une justice que l'homme devait, mais par suite de ses péchés ne pouvait pas réaliser. L'olïrande de sa vie sainte et juste, de son dévouement et de son obéissance jusqu'à la mort et dans la mort même, constitue le caractère expiatoire de la vie et de la mort de Christ, ("est dans cette sainte expiation, dont le mérite doit être intini parce qu'elle est l'œuvre d'une telle personne, qu'est fondé le salut des hommes*^.
Et l'auteur d'expliquer, en effet, que ce nest pas la
1. D»^ Wet/ki.. Gnnidlinicii der Versohniingslehre-, Leipzig. V.^m. Voir s|)écialement p. 7-24.
"2. H. Bois, La personne et Vœiivre de Jésus, Ortiiez. IIKMJ. p. T'»-TT et 83-88.
3. A. Hamm, Essai sur la satisfaction ricaire, Strasbourg;, 18*;». p. 17-18.
54r, DEFOUMATIONS PROTESTANTES DU MVSTKP.E.
peine qui sauve, mais Texpiation, et que l'expiation réside tout entière dans le dévoûment et la volonté do celui qui loflre. C'est pourquoi le Christ, « grâce à sa personne divine et à son obéissance infinie, s'est acquis aux yeux de Dieu un mérite infini. Par sa mort expiatoire, il a fourni un équivalent immense dépassant de beaucoup Fimmensité de nos péchés ». Tn peu plus loin, l'auteur parle d' « un excédent de mérites », et tout cela constitue une « satisfaction complète et entière à la loi divine^ ». Mais c'est toujours l'obéissance et l'amour qui en sont la base : la part essentielle est attribuée à l'élément moral.
Avec plus d'ampleur et de pénétration, John Scott Lidgett a consacré tout un beau volume à dégager ce qu'il appelle « le principe spirituel de la Rédemption ». Car il ne s'agissait pas seulement d'esquiver la peine, mais de réparer le- péché; et ceci ne peut se faire que par un amour qui reconnaisse l'amour divin, soit en lui-même, soit dans la justice du châtiment qu'il inflige. Ainsi donc c'est l'amour méconnu de Dieu qui demande une satisfaction et elle ne peut lui être fournie que par l'amour filial de son enfant. Jésus, notre représentant et notre chef, a réalisé ce parfait amour à travers toutes les épreuves de sa vie et surtout par cette mort cruelle que lui ont imposée les circonstances historiques de sa mission. Ce fut la preuve suprême de son obéissance; car, plus que personne, il en a goûté l'horreur comme peine du péché. Mais il Ta acceptée avec l'amour le plus filial, et c'est pourquoi son obéissance compense devant Dieu la désobéissance de notre race-.
De semblaljles principes s'affirment dans la Dogmatique de M. le professeur Fulliquet. Lui aussi, il