A. Ha MM. iUid., |). ?:» -2() et .M
-i. John Scoll I.in(;ETT, The npirilunl pyinciplr of the otonemenf^, Londres, ISin, p. -2-20- -2S-2.
KVOIJITION 1)1. I/(>KTII(HM)\IK 547
se |)réoc(ui|)«' «If i(*|).'ii'ati«m r\ il cii clirrcJie le s«cnîl dans la sounussion aimaiilr à la volonté de Dinu. H Don volonlairc de la vir dr .{«'susn Dieu...; réparalioii en vimIu de la solidai'il('» >» : Icdies sont les lornudes où il n'suinc» sa doelriiK»^ Ml nous avons (Tautanl plus de raisons pour y souscrire» que la tliéolot^ie catholicpie n'a jamais ensei|^n<'' anirr chose.
Si l'on rapproi'lie niainUîiianl ces doctrines nouvelles, ou seuliMuenl la théolog"ie eonnnunc» décrite |)lus haut, de celle orthodoxie hrutale et rigide qui sévissait (Micore au dehut du \i\'' siècle, on voit combien est ^rand h^ chemin parcouru par la pensée protestante, (l'est (oujours l'expiation pc'n.àle qui demeure la conc(*ption dominante; mais, de bonne heure, les mtMllenrs tlK'olo^^'-iens se prc'occupent d'en ('^^arter les formes extrêmes, puis d'en spiritnaliser raj)j)lication. D(Jà même quelques-uns sentent l'insuihsance du principe et s'elïorccnt de le subordonner IVancliement à Télément moral de Tceuvre rédemptrice : en quoi, sans peut-être s'imi douter, ils reviennent à renseignement le plus authentique de rKglise-mère.
Quel avenir est réservé à ces tendances diverses V 11 est bien dillicile de le prévoir. Troublés par le choc de tant d'opinions diverses, plusieurs théologiens d'outre-Manche se réfugient dans un agnosticisme impuissant-. Ailleurs, il semble qu'un effort continu tende à faire prédominer les conceptions de plus en plus sages et traditionnelles du mystère : mais les protestants eux-mêmes, comme il arrive à
i. (i. Fii.Ln.HET, Prccisdc DotjnKilitjKe. Cenève et Paris. lîK-i. p. 53. Cf. p. 39, 40 et i4. Du moins il semble que l'aiiteiir parle dune réparation objeclive et transcendante. Ce qui pourrait en taire douter, c'est que. dans une étude antérieure, il entendait la réparation dans un sens purement historiciue. Voir La mort de Jcsi's. dans la Ht'vv.e rhrctf'enne, 18î>3, p. -283-311 et 30-2-37'..
-2. Voir LiniUTT. op. cit.. p. »88-iOS.
qaelques-uns d'en faire Faveu, ne sauraient échapper à l'angoisse d'une certaine confusion.
Quel est, parmi nous, le dogme traditionnel de l'expiation? je serais en peine de le dire. Il me semble que toutes les explications et les formules que le passé a essayé de donner du grand fait de Texpiation, sont plus ou moins en ruines dans nos esprits ; et que nous nous en tenons pour la plupart, dans nos prédications et dans notre pensée, aux termes scripturaires ^
Et c'est pourquoi, par ses tâtonnements mêmes et ses incertitudes, non moins que par le progrès général qui la détache tous les jours davantage de ses anciens errements, l'orthodoxie protestante contemporaine rend hommage à la majestueuse et large unité de la théologie catholique.
J. cil. Bois, Revue Ihèologique. 1889, p. i>. Cl'. .T. Gindraux, op. cil., p. 26-2 : « A première vue, il semble parfois qu'il n'y ait dans la suite des systèmes et des idées cju'un chaos. Certains points se dégagent pourtant à la longue de la mêlée d'opinions. » Comme s|)écimcn de cette « mêlée », pacifique non moins que confuse, voir The atonemcnt. A clérical Symposium, Lomlres, 1883, et The atonemeni in modem religions thought. A theological Symposium^, Londres, 1907. Les deux Banquets ont été étudiés par nous dans la Revue du clergé français des L'i avril et i*"^ mai 191-2.
COXCIJ Sl()\ CIINKUALI^
Mainlonaiil la ccmclusion la plus «crlairn' (|ui r(;ssort peut-i'tre de cet exi)osé n'est-elle pas «pie le problème de la Ilédeinptioii est posé mnins par ceux qui nient 1(* mystère (pu» par ceux nui rallirmenl .^ Pour justilier ee domine au leyard des preinids, c'est le christianisme tout entier ([d'il faudrait établir au préalable, comme système du monde surnature, dont la Rédemption forme la clé d(» voùt(\ En attendant, tout ce qu'on peut bnir demander, c'est de respecter une croyance, dont ils ne peuvent apprécier convenablement ni la sig'nilication, ni la raison d'être. Mais il appartient aux interprètes du dogme de ne pas rendre impossible cette tâche apologétique par des conceptions inacceptables pour la raison et le sens moral.
Forts d'une commune foi. catholiques et protestants en ont, chacun à leur manière, cherché l'explication; Ihistoire peut suivre aujourd'hui la direction différente de leur pensée et constater les résultats de leur effort théologique. Or notre conviction, au terme de cette enquête — et nous voudrions l'avoir fait partager à nos lecteurs — est qw seule ri^glise catholique a su garder efficacement le
:>r)0 CONCLUSION GÉNKRALK.
dogme de la Rédemption el en fournir une interprétation satisfaisante.
Il n'est pas, dans le christianisme, de vérité plus fondamentale que la Rédemption. Toujours les croyants ont adoré en Jésus- Christ Fauteur du salut et de la vie: dans sa vie et dans sa mort saintes, ils ont reconnu la réparation de leurs péchés. Ces idées sont tellement dans le patrimoine chrétien que les plus fervents adeptes du libéralisme doctrinal les retiennent encore, même quand ils en transposent le sens.
Mais cette foi générale en la Rédemption a toujours eu, dans rKglise, les contours précis d'un dogme : elle signifie la restauration de Tordre surnaturel. C'est dire que le péché ne doit pas être seulement compris comme un état subjectif de misère, mais aussi comme un désordre devant Dieu. Encore n'estil pas question d'une faute quelconque : il s'agit précisément de la faute originelle, due à la déchéance du premier père, qui privait toute sa descendance de la grâce sanctifiante et de l'héritage céleste. A cet immense désordre l'Incarnation du Fils de Dieu est venue porter remède, et c'est par là qu'elle devient rédemptrice. Qu'il en résulte nombre d'avantages appréciables même au regard de l'expérience et que la réparation collective sapplique également aux fautes de chacun, cela n'est point douteux. Mais tel n'est pas son but premier : essentiellement la mission du Christ-Sauveur est la contrepartie du péché dWdam; elle vient renouer la trame du plan providentiel, en rendant à l'humanité ses droits perdus à la grâce divine et lui donnant le moyen de refaire ses destinées surnaturelles.
Ce point est déjà de première importance. Les protestants, (jui n'ont jamais distingué l'ordre naturel de Tordre surnatui'el, ont été amenés, leur
CO.X II SlnN (.KNKIUI.IC ri5l
niyslicisiiic sul)jrctivislr aid.iiil. ii rlincli^îr dans lu (•.(Miscioncc individiirlle toiilr la n*.ilih* du péclié et dt' la U«'d('Mi|)li<)n. ihi\\ s a;4i.she, avrc, Ich orthodoxes, dr I iinpprssinii du in.d (|ni cHt (M) noiiH et do rungoissc (|in s'onsiiil devant riniplacablr condamnation divine; (ju'il soit (jurstion, siiivard les nnaîie«»s plus délicates du lil)<''ralisn)e, d'é^oïsnir intlilIV-rent ou d'ignorance devant l'éternel amour, le péché est toujours caractérisé par une inversion plus ou moins o-rande (1(^ notre nature nioral(\ ('/est donc la cjmscienci» humaine (jui en ressent le ptdds et sollieile la Rédemption comme un besoin. Mais c'est égalemenl le bienrait sensihhî du «liristianisme que de lui oiïrir Tassuranee du pardon, en même temps que des ressources nouvelles de vie.
La pensée moderne a fait bon accueil à cet immanentisme et volontiers certains historiens glorilienl la Héforme d'avoir, à l'encontre de l'ancienne orthodoxie, transformé la ri'vél.ition chrétienne en une foi vivante et, par là même, retrouvé le sens de la religion personnelle'. Quoi qu'il en soit de ces éloges tendancieux et des critiques imméritées qu'on adresse à la foi traditionnelle, il est certain qu'il y a quelque chose de séduisant, au premier abord, dans une théologie où la part principale est faite à Texpérience religieuse, où la Uédemption. en particulier, devient comme une sorte de drame psychologique, dont chacun peut revivre les péripéties et constater en soi le dénoùment. Mais ces avantages précaires sont largement rachetés par un défaut capital : c'est que. sur ce terrain expérimental, il est bien diflicile d'échapper au libéralisme agnostique ou incroyant, qui réduit toute la Rédemption à l'action bienfaisante
i. Voir H. R. Mackimosii. T/te doctrine of the person of Jésus Cln-ist, Ediinboury:. l*>l-2. p. -230-2i(i.
du Christ sur nos âmes et déclare inadmissible autant qu'inutile toute signification objective devant Dieu de son œuvre salutaire.
L'Eglise catholique s'est refusé la satisfaction illusoire de rendre tangible le mystère ; elle lui conserve son caractère transcendant, garanti par l'autorité de la révélation divine, et, par conséquent, si elle se prive du secours delexpérience, elle échappe à toutes ses difficultés. Sans doute la foi en la Rédemption est riche en conséquences pratiquée: mais à condition d'avoir en dehors de nous et de nos chétives constatations tout l'essentiel de sa valeur, de garder sa place lointaine et mystérieuse dans cette histoire surnaturelle du monde dont il a plu à Dieu de nous faire entrevoir quelques secrets.
Cette conception dogmatique de la Rédemption entraîne des conséquences sur la manière d'en comprendre la réalisation historique. Le protestantisme, quand il entreprend de systématiser ses doctrines, en arrive à présenter comme une nécessité absolue l'Incarnation, la Passion et la mort du Fils de Dieu. Pour la théologie catholique, au contraire, ce sont autant de moyens, admirables certes et bienfaisants au delà de toute expression, mais qui n'ont rien d'indispensable. Dieu, en effet, aurait pu rendre aux hommes leur destinée surnaturelle comme il la leur avait donnée une première fois, c'est-à-dire par un acte gracieux de sa volonté. Mais, de même que la grâce avait été perdue par l'humanité, il a voulu qu'elle fût reconquise par elle; comme la perte avait été collective, il a voulu que la Rédemption fût également universelle dans sa portée ; et parce que cette déchéance demeurait une faute, il a voulu que la restauration prît le caractère d'une réparation.
Voilà pourquoi Notre-Seigneur Jésus-Christ a été constitué par rincarnation chef du genre humain,
coNf'ij sioN (;i:m:iui.i:. 55:1
Jilin ([iie, dans sa pcrsomic sainlr et par la \rilii dr s<;s mérites, rinmianit»' n'parAt sa l'aulcî et rrlroiivàl, avec l'amitié divine, la <;rA((; et la vie surnaturcdles. A cet égard, il est vrai dr dire cpie le h'ils de Dieu a pris la place des pécheurs, en ce qu'il r<rid à Dieu pour nous ce (pn^ nous nr piMivions lui offrir sullisamnient et (|u'il en obtient |)our notre; compt(î ce «puî nous ne mérilions j)lus de recevoir. Mais il faut se <^'arder de cette substitution pseudo-juridi(|ue, ima- <»iné(^ par la do^matiipie |>r()t(\stîinte, rpii aboulii'ail à nous dispenser de tinit clVort personnel, soit dans 1 observation de la loi divine, soil dans la réparation de nos péchés, sous prétexte (pi'une fois pour toutes le ('lirist a rempli ces devoirs à notre place. Dans la conception catholiipie, le Christ, pré'cisément parce (pi'il est notre représentant, exige que nous marcliions à sa suite et son œuvre rédemplrice consiste à nous en donner les moyens.
Quelle est donc Tœuvre cpie le Sauveur accomplit de la sorte en notre nom et à notre profit? 11 a salisfait pour nos péchés, il nous a mérité la grâce du pardon et de la régénération. Non pas qu'il ait fallu faire à Dieu on ne sait quelle absurde violence; mais en ce sens que le Père céleste, qui, poussé par son amour, voulait nous rendre les biens que nous avions perdus, a voulu les rattacher à Tceuvre du Verb(* incarné.
Cette œuvre comprend la vie et la mort de rHomme-Dieu telles que nous les voyons dans l'Evangile, celle-ci n'étant en quelque sorte que le résumé synthétique et la consommation suprême de celle-là. La soutï'rance physique et morale y occupe une grande place; et cette douleur imméritée de Tinnooent était l'expiation de nos péchés, dont par là notre Sauveur portait la peine. Dieu voulait ainsi, jusque dans cette œuvre de suprême amour, rendre plus
expressives les délicates exigences de sa sainteté et sa juste réprobation du seul mal qui soit, le mal du péché.
Mais la théologie catholique ne fut jamais assez étroite et superficielle pour s'arrêter uniquement à cette considération. Silo Christ n'avait point souffert. il ne nous aurait pas moins rachetés parla perfection de son amour, qui offrait à Dieu l'hommage parfait auquel il a droit et qui seul peut lui être agréable. La souffrance ne peut avoir de valeur que généreusement acceptée ou librement voulue, c'est-à-dire parce qu'elle est l'occasion ou la preuve d'un plus grand amour, d'une plus mag^ianime obéissance. Parce que ces sentiments étaient portés dans l'âme du Christ à leur plus haute expression, sa vie et sa mort saintes rendaient gloire à Dieu; parce qu'il les offrait au Père commun pour lui faire oublier les fautes de ses frères et solliciter leur pardon, cette vie et cette mort réparaient notre péché et nous obtenaient la grâce du salut. V' oilà ce que l'Église catholique entend et a toujours entendu sous le nom de satisfaction et de mérite du Christ.
L'un et l'autre nous sont applicables et appliqués. A vrai dire ils sont déjà nôtres, parce que le Christ nous représente tous virtuellement; mais, pour en bénéficier d'une manière effective, il faut le libre concours de notre activité, qui nous associe, par la foi et les œuvres, aux sublimes dispositions et à la vie sainte du Sauveur. Alors — mais alors seulenient — c'est-à-dire si par lui nous faisons tout ce qui dépend de nous, nous pouvons nous n^clamer de ses satisfactions et de ses mérites pour compenser devant la divine justice le déficit de nos péchés. Plus que cela, nourrie et transformée par son esprit comme par une sève nouvelle, notre humble vie peut fructilier j^our la vie éternelle.
CONCLUSION GKNKUM.I:. 655
Telle est, en l'csmin*, i.i doctrine (•.•ilholi<|iir «Ir l.i ll(''dempti(Mi. Des ju|^(»s iiiipurliaiix, mais (|iii navont la ccHUprefuIre alors mriiH' «pi'ils ne ra«lo[)lerït pas. en ont reconnu la supei-iorii»' sur la coneeplion prolestante. (^)u'il nous suilisr de citer le témoi^naj^c peu siispcel du llcvtTend .1. (lainplxdl.
Au teui])s de l.i U'éforintî, la ([uestion de l.i Kédcinption lut l'objet. d«' eontrovtu'scs considrrahlcvs et, :lans l'imstunl)l(% les KéfoiMuateurs fanant moins raisonnables que les catbolicpies, comme c'est hî cas dans une certaine mesure {lo aontr crirtil) encore aujourd'bui. La doctrine catbolique romaines d(^ la satisfaction ^\st une bien meilleure expression de la vérité {<i murh hfttev slntemonl) que les aftirmationsconventionmdles des Protestants suri' t (euvrc accomplie » et le reste'.
Celte théolo<;ie arrivera-t-elle jamais à rallier toutes les inttdligences croyantes 'r' On voudrait les- ])érer; mais il est dil'licile de le croire. Trop d'habitudes intellectuelles et aussi de préju<;és séparent sur ce point les croyants des deux Kgdises. Après les avoir si longtemps heurtés, il semble que les protestants soient devenus incapables de comprendre les catholiques, alors même qu'au fond ils en arrivent à professer la même doctrine. C'est pourquoi les tentatives que nous avons signalées au sein de Forthodoxie resteront sans doute aussi éphémères qu'elles sont isolées et, dans l'ensemble, le protestantisme continuera, comme par le passé, à ne rendre à l'Eglise que Thommage involontaire de son malaise.
Du moins appartient-il aux catholiques de bien connaître et défendre cette doctrine, dont l'excellence s'est imposée au robuste bon sens de certains adver-