ÏOLZAUD, p
2. Pour l'historique et la discussion des systèmes, voir Condamin, op. cit., p. ,>2o-345.
40 IU:VELATION J)U MVSTLIŒ.
d'un mot d'ailleurs excessif, « la nuit du légalisme ^ » . Il est certain que le peuple, corrigé enfin de ses vieilles infidélités par les leçons de l'exil, s\ittache avec plus de ferveur que jamais à l'observation ponctuelle de la Loi. C'est le moment où les institutions rituelles du Lévitique reçurent leur pleine application.
Les prescriptions qui étaient le plus chères au fidèle étaient celles qui devaient le maintenir dans un état de sainteté agréable à Dieu. Il s'instruisait à fond de la distinction entre le pur et l'impur; il mettait un grand zèle à observer les ordonnances qui réglaient son alimentation ; il tenait grand compte des souillures que certaines maladies, la lèpre en particulier, certains contacts, certains états, pouvaient faire contracter à l'homme et à la femme; s'il en était atteint, il se purifiait avec une exactitude rigoureuse-.
Pour ces divers manquements, l'Israélite venait offrir la victime commandée suivant un tarif proportionnel à sa faute, posait la main sur la tète de l'animal — comme on le faisait, du reste, pour les holocaustes et les sacrifices pacifiques — lequel était aussitôt égorgé : une partie du sang soigneusement recueilli servait à faire des aspersions et onctions sur l'autel ; le reste était répandu devant Dieu [Lévit., IV et v).
Tous les ans, le grand-prêtre procédait à l'expiation solennelle pour les péchés du peuple, suivant le rituel majestueux prescrit au Lévitique (cli. xvi). A ces diverses cérémonies la Loi assurait une efficacité réconciliatrice absolue; après chacune, on voit revenir comme un refrain la formule suivante :
1. A.-B. Biu ci:, A)jolo(/ctirs, Ldimlxmrg, 1892, \). -21S. '2. Toi /vnn, 0/1. cil., p. 1-2*i.
rm.i'AKAi ION n;()\ 11)1 M iKi.Li:. 4i
« ('/<'sl, ainsi (luc le ju-rlrc frr.i poiii' ccl Imuihiio I (expiation, ri il lui sera pardoiirn'. » Tout (:(îla c.onsliliiait Vrffnim!(t(i<> (//mis si i)i(Mi caractrriscitî par ri]pîli(' aux llchrciix ix. I.;); mais, romnic ht <lit encore ranicur ins|>ir<', \r rnumvcîllernont mcînc (]•• ces ohlal.ions ll\^st-il |)as la preuve de leur inipuissaneeV ^ Car il est impossible; que le sang d(îs taurinuix et des houes ot<' les p<*'elies >• x, l-''i).
Aussi TAnie israelite avail-elh; d'aulivs ressources (|ue ce vain l'ornialisme. C'est i\ ce moment-là, et (|uelle que soit d ailleurs lépoque de leur composilion, i\no \cs psaumes devinrent plus que jamais « \r livre do la piété juive ». Or i)lusieurs, et non des moins beaux, sont des chants de pénitence, chers (^ncore aujourd'hui à la piété chrétienne. Avant hî renouvelhunent solennel de Talliance, le peuple lit une confession publi(|ue de ses péchés {Nàhcni., ix, 2-3); à titre individuel, souvent le psalmiste se proclame aussi pécheur. « Ne te souviens pas. dit-il à Dieu, des fautes do ma jeunesse » [Ps. xxv, 7), et encore aujourd'hui il sent que sa misère est grande [ibid,, 11) : « mes iniquités s'élèvent au-dessus de ma tête » (Av. XXX VIII, 5). Aussi de son cœur angoissé s'élance cotte prière :
Heureux celui auquel la transgression est remise,
à qui le péché est pardonné!...
Je t'ai fait connaître mon péché, je n'ai pas caché mon
[iniquité, .l'ai (lit : J'avouerai mes transgressions à lahvé.
{Ps. XXXII, 1-5).
Mais, pour obtenir le pardon, il est inutile de multiplier les victimes. Le psaume li développe ce thème avec un accent renouvelé des Prophètes. Ce qu'il faut et ce qui suffit, c'est la conversion du cœur coupable.
Si tu eusses voulu des sacrifices, je t'en aurais offert;
mais tu ne prends pas plaisir aux holocaustes. Les sacrifices qui sont agréables à Dieu, c'est un esprit
[brisé :
0 Dieu! tu ne dédaignes pas un cœur brisé et contrit.
(Ps. Li, 15-19j.
A ces moyens individuels s'ajoute pour le pécheur la confiance qu'il puise dans la communion des saints. Plus que jamais s'affirme à cette époque la conviction d'une étroite solidarité spirituelle entre les membres de la communauté. De ce chef, les prières et les mérites des justes, vivants ou morts, sont conçus comme réversibles sur tous leurs frères ^ En particulier, la mort des justes a une grande valeur expiatoire. Le plus jeune des Macchabées le proclame en ces termes :
Mes frères et moi, nous livrons notre vie pour nos lois nationales, suppliant Dieu de devenir bientôt favorable à son peuple... et que sur moi et mes frères s'apaise la colère du Tout-Puissant, justement déchaînée contre notre race. {Il Mach.^ vu, 37-38).
Dans les livres non canoniques consacrés à ces martyrs du judaïsme, la même idée reparaît avec encore plus d'insistance.
ODieu, soyez propice à votre peuple et puisse-t-ilvous suffire le châtiment que nous souffrons pour eux! Faites que mon sang serve à les purifier (xaOdcpatov aTu.a) et prenez ma vie en compensation de la leur [k^-ci^Myo^ auTwv) 2.
Le biographe anonyme ajoute pour son compte que cette prière fut exaucée.
I. Voir WEnti;, Jiifhsrhc Théologie^, Leipzig, 1897, p. 2;)-2-;W-2. 3-26-;{30.
-2. / V Mark., M, is -2M.
PKKi'vnvrioN piu)viim<:ntiI':li.i:. »•:
Leur mort nous ;i ohtc^nu le triomplu» do nos eiiii<;mis, le cliAliiTK'nt (les tyrans (ît la j)nriti("ation du pcuph". Ils sont (lrv(Mius connue responsables par substitution des péchrs de la nali(Ui {(IxsKzp ivTÎ^J/u/ov y^Y''^^^^*? '^-^ Tou £Ovou;a(j.a(>i(a;) ; par les nu''rites(lu s.in^ de ces justes et de leur mort expiatoire (otà toO '/.aaTr^plou OavdtTOu ajitôvl, la (liviiK^ Providence a sauvé Israël pi'évaricateur '.
Par où Ton voit cpii' la pens<c juive n avait j)as en tièrement perdu de vue la doctrine exprimée au chapitre LUI d'Isaïe.
Kl ceci n'empAchail j)as Israël de tourner plus ardemment (pie jamais ses n»gai'ds vers 1 avenir, vers le jour impatiemment attendu où Dieu réaliserait enfin les promesses de bonheur faites à son peuple. Ce messianisme prenait du reste les formes les plus diverses, suivant la disposition des âmes; mais, si la masse se représentait de préférence un royaume terrestre et politique, il est indéniable que plusieurs en avaient une conception plus élevée. « Dans unf* portion du peuple, elles les espérances messianiques] éveillèrent le nationalisme religieux; dans une autre partie, au contraire, elles tournèrent les esprits à l'idée d'une rc'demption spirituelle-. »
Cette forme de piété apparaît nettement dans le cantique de Zacharie. 11 aspire à « servir Dieu dans la sainteté etlajustice tous les joursdesa vie « (Luc, I, 75). Dans la personne de son fils, il voit celui qui va marcher devant le Seigneur « pour lui préparer les voies et donner au peuple la science du salut, [qui consiste] dans la rémission de leurs péchés » iibid,, 77). On ne saurait dire quelle proportion ces âmes d'élite constituaient par rapport à Tensemble du peuple : tout porte à croire que leur nombre était plutôt